Deutschland über alles
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Ça recommence.
Une très vieille histoire.
Assortie de cauchemars, tous plus réalistes les uns que les autres.
J’entre alors dans mes années d’adolescence.
Des échanges linguistiques pour le germaniste que je suis censé devenir.
Un lycée situé à Münster, cité teutonne proche des Pays-Bas.
L’accueil dans une famille bourgeoise : vaste demeure, cossue, reflétant l’histoire de cette famille confortablement installée dans la vie sociale.
Une chambre destinée au gamin d’Ardenne, voisine de celles qu’occupent le frère et la sœur.
Un premier dîner, selon les conventions allemandes.
La lettre que j’écris à mes géniteurs, lettre fourre-tout dans laquelle je raconte, avec moult détails, mon cadre de vie provisoire.
Dont la description du portrait du papa de mon correspondant.
Portrait de plain-pied, martial, en grand uniforme de la Wehrmacht (ou de la SS ?).
Officier d’un grade que je ne sus déterminer.
Cinq ou six jours après l’expédition de ce courrier, mon père, Gabriel B, fit irruption à Münster.
Ordre me fut donné de « faire » mes bagages.
Cette irruption marqua la fin de mon premier séjour linguistique.
Gabriel B. qui avait pris le temps d’observer le portrait installé dans le grand hall d’entrée de la maison de mes hôtes me confirma dans le train de notre retour vers Charleville que le papa de mon correspondant avait été non seulement un officier, mais qu’il avait également appartenu à la SS.
« Il est exclu que tu fréquentes cet homme-là. »
Point final.
Nous étions en 1954 ou 1955, soit donc dix ans à peine après la fin de la Seconde guerre mondiale.
Münster était une ville qui exhibait encore (à sa périphérie ?) des cicatrices des bombardements que la cité avait eu à subir en octobre 1943.
Le papa de mon correspondant, dix ans après la défaite du nazisme, occupait dans une société en reconstruction une place de choix.
C’est du moins ce que j’imagine, aujourd’hui, en mon âge de vieillesse, par le truchement des souvenirs que je garde de mon séjour écourté.
J’avais été mis en contact avec un authentique représentant d’une Allemagne dont quelques personnages importants me prièrent, quelques années plus tard, d’admettre qu’elle s’était dénazifiée.
Le procès de Nuremberg n’en témoignait-il pas ?
Je narre ce souvenir lointain trois jours à peine après la victoire des néo-nazis dans le Land de Saxe-Anhalt.
Le souvenir d’un vieil homme qui n’a jamais cru que la dénazification ait accomplie dans les profondeurs de la société allemande.
Même s’il eut le bonheur de fréquenter des allemandes et des allemands qui brandissaient bien haut les étendards des combattants pour la paix et le désarmement.
Je regarde l’Allemagne d’aujourd’hui avec circonspection et même, pourquoi le dissimulerais-je, avec une certaine crainte.
L’Allemagne d’aujourd’hui qui entend redevenir la première force militaire conventionnelle en Europe.
Et qui s’en donne plus que les moyens.
Cette Allemagne dont je pressens qu’elle se prépare à s’offrir aux néo-nazis.
Sont-ce les Cosaques dont il faudrait craindre l’irruption aux frontières de cette France biscornue ?
La trouée de Sedan est devenue, de par la commune volonté des Franchouillards et des Wallons, une autoroute.
Est-il interdit d’imaginer que les Uhlans ne l’empruntent une nouvelle fois, après-demain ou dans vingt ans, avant que de se répandre en cette France à ce point biscornue qu’elle n’a plus d’identité à défendre ?
Pour demain midi et mon déjeuner frugal, je m’en vais mitonner une cacasse à cul nu.
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