ALLENDE
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Désolé, mais la mémoire d’un vieillard est sélective.
Elle ne retient que ce qui dans ses tréfonds s’articule autour des événements majeurs qu’il lui fut donné de vivre.
Lorsque j’écris 11 septembre, c’est en premier lieu la visage d’un homme que j’exhume de ces tréfonds-là.
11 septembre 1973.
Salvador Allende.
Et rien d’autre que le long, le douloureux martyr qui s’en suivit, celui du peuple chilien.
Je n’ai pas d’autre 11 septembre à commémorer.
D’aucuns sur les réseaux que l’on dit sociaux évoquent, me semble-t-il, des attentats terroristes qui furent perpétrés à New-York au tout début du nouveau siècle.
Des milliers d’innocentes victimes, bien sûr.
Mais moi, mon vieux cœur bat aujourd’hui encore au souvenir des milliers de chiliennes et de chiliens embastillés, torturés, assassinés par les sbires au service d’une dictature parmi les plus barbares que l’humanité ait jamais connue.
Mon regard reste fixé sur l’enceinte d’un stade, dans les travées duquel Victor Jarra commença peut-être à composer musique et paroles de ce qui aurait pu être sa dernière chanson.
Une chanson qui aurait peut-être rendu l’hommage à celui qui ne suicida que pour n’être ni torturé ni assassiné.
Salvador Allende.
Chaque 11 septembre, je redeviens chilien.
Le temps d’un rêve.
Pour Salvador Allende, pour Victor Jarra, pour Pablo Neruda.
Pour un Peuple qui s’était accordé le droit de s’émerveiller.
Les images qui aujourd’hui encore m’émeuvent.
Mes pauvres larmes d’humain finissant.
Des foules enthousiastes.
Un spectacle inconcevable pour les Maîtres du monde.
Les Yankees.
Qui n’eurent pas à forcer la main de l’ignoble Pinochet : l’Engalonné aux lunettes noires était leur redevable.
Le martyr du peuple chilien fut bel et bien une affaire yankee.
Le socialiste Salvador Allende avait eu le grand tort de proposer au peuple chilien un cheminement vers ce qui pourrait devenir un vrai socialisme.
Et ce peuple avait eu le grand tort d’adhérer à ce projet de rupture.
Les Américains n’en pouvaient supporter plus.
Alors oui, aujourd’hui, vendredi 11 septembre, une fois de plus, je suis chilien.
Je marche au milieu d’une foule qui à Valparaiso ou à Santiago acclame ALLENDE.
Le Socialisme.
La liberté.
La dignité.
Face à l’indignité américaine, cette indignité dont tant de peuples de par le vaste monde ont eu à souffrir, ont encore à souffrir.
Cette barbarie sans nom qui commença voilà si longtemps par l’extermination des peuples autochtones d’Amérique.
J’aimerais survivre encore un peu pour applaudir à la fin de l’empire américain.
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