Les manifestations commémorielles m’exaspèrent.

Voilà que la Joffrinette de ce jour entonne un hymne à la gloire de celles et ceux qui libérèrent Paris du joug nazi après avoir mené des combats insurrectionnels quelques jours avant l’irruption dans la Capitale des armées américaines et de la 2°DB commandée par celui qui n’était encore que le général Leclerc.

Un court rappel me paraît nécessaire.

Il y eut la Résistance, celle qui n’attendit pas l’été 1944 pour s’organiser et pour agir contre l’occupant.

Quelques poignées d’hommes et de femmes, communistes, gaullistes, socialistes, catholiques et même maurassiens qui tentèrent et parvinrent parfois à effacer ce qui les opposait pour engager ensemble le combat.

Bien souvent dotés de moyens dérisoires, traqués par la Milice du Vieux Maréchal et par la Gestapo, mais déterminés à rendre à leur pays, le nôtre désormais, liberté et dignité.

Mais il serait à mes yeux malséant de taire l’autre réalité : celle de la France collaborationniste.

Tant il est patent que la Résistance de la dernière heure émergea de cette France collaborationniste, parmi laquelle tant de ceux qui durant quatre ans avaient applaudi aux arrestations de « terroristes », à la torture, aux exécutions sommaires.

Lorsque Lolo se fait le chantre du soulèvement, le 19 août 1944, de la police parisienne, oublie-t-il que parmi ces insurgés figuraient peut-être quelques-uns des flics qui, les 16 et 17 juillet 1942, avaient été les sbires, les exécutants de ce qui fut la rafle du Vel’ d’Hiv’.

Il est vrai qu’en fidèle serviteur du Grand Chambellan, Lolo ne fait que reproduire les propos de Celui qui l’inspire, lequel avait discouru quelques jours plus tôt et entonné, lui aussi, un hymne à la gloire des flics patriotes.

La rafle donc ?

13152 personnes d’origine juive arrêtées par la police française mandatée par Laval.

Dont 4155 enfants (aucun ne reviendra vivant des camps  d’extermination).

Dont 5199 femmes.

Expédiés à Drancy et au Vel’ d’Hiv’.

Un Vel’ d’Hiv’ où elles furent parquées durant cinq jours sans rien pour se nourrir et en ne disposant que d’un seul point d’eau.

Ce qui mérite, même succinctement, d’être rappelé.

Je ne doute pas qu’il y eût d’authentiques flics patriotes, y compris durant la pire période de l’Occupation.

Mais combien de consciences « infectées » se soulagèrent à bon compte durant les journées qui précédèrent la Libération, combien d’autres se soulagèrent encore plus au cours des semaines et des mois qui suivirent cette Libération ?

Je ne supporte pas les exaltations unilatérales, l’expression d’un patriotisme qui dénature les réalités historiques.

Il me fut enseigné un infini respect à l’égard des hommes et des femmes qui assumèrent au péril de leur vie, dès 1940 pour quelques-uns d’entre eux, une « insurrection idéologique » contre l’abaissement, l’avilissement, la collaboration.

Il me fut recommandé, il me fut peut-être imposé, de n’afficher que mépris pour les tondeurs de chevelures féminines et pour les fusilleurs opportunistes des quelques ceux qui furent un peu plus collaborateurs qu’eux-mêmes.

Je veux dire par là que si je continue, aujourd’hui encore, à prononcer avec une intense émotion le nom du colonel Rol Tanguy, je ne puis contenir la nausée que provoque l’évocation d’autres noms, ceux donc de résistants de la toute dernière heure, qui se rallièrent, la victoire du camp du Bien étant assurée, au tout jeune homme qui commandait alors les FFI et donc au Général aux bras si longs.

Quant à la dernière question que pose Lolo dans son éditorialisation et qui concerne les temps d’aujourd’hui (« Les insurgés de 1944 avaient trouvé les remèdes de leur époque. Quand trouverons-nous les nôtres ?), je hasarde une réponse, laconique elle aussi : « Lorsque nous oserons l’insurrection idéologique ! »

 

 

A Voce Rivolta !