Comédies

19 octobre 2017

Breve insularisation

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1

 

 

Réveil.

Jour de grand vent.

Dimanche.

Le libecciu ?

Point de temps à perdre : les repères me sont familiers.

Isula Rossa ce matin.

Les emplettes.

La bourgade est envahie par l’élite des pétanqueurs dont le point de rendez-vous est la place Paoli.

Déception : Antoine et Jean-Claude ferment leur étal une semaine plus tôt que prévu.

Portes closes ce dimanche.

Raison invoquée : le pire mois de septembre depuis fort longtemps.

(Impression confirmée par Eugène ! Chez que je savourai hier soir un risotto au poulet ! )

Acquisition de quelques produits, fruits, légumes, charcuterie, vins, toujours en vente.

Retour au village au volant de la berline louée auprès d’une honorable maison (Europcar) peu soucieuse, en établissement bastiais, de respecter ses clients.

(Un véhicule ne fut-il pas confié à des touristes allemands, un véhicule dont l’intérieur s’agrémentait du vomi abandonné par un précédent passager…. !) accompagné de

Les milans royaux planent toujours dans le ciel de Balagne.

M’observent-ils alors que je feuillette l’édition dominicale de Morse Taquin, laquelle édition traite assez longuement de l’accord signé entre Gilles et Jean-Guy.

La votaison pour l’assemblée territoriale de Corse se déroulera dans trois ou quatre mois.

Lecture du dit quotidien reportée à l’heure de la sieste.

 

 

2

 

 

Un autre sentier.

Un autre sentier qui mène à un autre village. Un sentier accessible au vieux marcheur. Lequel marcheur se surprend, après les malheurs qui jalonnèrent son hiver languedocien, à arpenter des espaces où il lui est loisible de photographier le village haut perché, celui qui surplombe l’autre village et son étrange cimetière aux tombes d’un blanc immaculé qui s’étagent vers un vallon encaissé et constituent ce qui s’apparente à une communauté des morts tournée vers le couchant.

Des nuées débordent des montagnes.

L’autre village dispose d’une sorte de supermarché rural géré par un tenancier avenant, courtois, serviable. Là où j’ai fait l’acquisition d’une baguette de pain, de trois tomates (continentales) et d’une salade (corse). Soit un débours de quatre euros  Et la commande, dans la perspective du dimanche à venir, d’un poulet rôti. Pas de Morse Taquin : Nanard ne confie au supermarché de l’autre village qu’un nombre limité d’exemplaires dont il rit l’acquisition en usant des foultitudes d’euros offerts à lui-même par la raie publique reconnaissante.

L’autre village dispose également s’un café/restaurant, lequel en cette période quasiment automnale ne restaure plus. Mais il propose tout de même des pizzas dites « à emporter ». Les samedi et dimanche soirs. J’ai opté pour une napolitaine dont je prendrai livraison samedi soir.

Le café/restaurant de l’autre village est tenu par un de ces hommes qui pratiquent à bon escient l’art de la polyphonie. Voix superbe. Un art compliqué. Celui-ci chanta en l’église du Village auquel je me suis tant attaché, voilà deux ou trois ans, devant les micros et les caméras d’une chaîne de télévision québecquoise (et de ses techniciens/journalistes). Non point seul, puisqu’il s’agissait de polyphonies, mais au sein d’un collectif de quatre ou cinq hommes. Des musiques d’accompagnement des offices religieux, musiques que je ne qualifierai cependant pas de sacrées, que je ne ressens que dans leur humaine dimension.

Le café/restaurant met à la disposition de sa clientèle l’édition du jour de Morse Taquin. Une édition que j’ai à peine feuilletée. Jusqu’à ce que dans les pages départementales, une information ne me bouleverse : l’annonce de la mort de Jacky Micaelli. Une chanteuse. Une voix. Une autre voix. Une voix de femme. Une voix rebelle. Découverte dans une bouleversante version corse de « L’affiche rouge ». Nous étions devenus « amis » via un réseau social. Dans quelles circonstances ? Je ne m’en souviens plus. Il fut sans doute question, lors de notre premier contact, de la Corse. De sa vie culturelle ? De politique ? Jacky Micaelli, chanteuse envoûtante, se réclamait, me semble-t-il, du communisme. Notre « relation » épisodique, durait depuis quatre ou cinq ans. De brefs échanges relatifs à la publication sur le « mur » par l’une ou l’autre de quelques phrases jamais anodines. Quelques ruades. Des rires aussi. Quelques temps avant mon départ pour la Balagne, j’avais lu ce qui sera son ultime contribution au sein de ce réseau. J’ignorais tout de la maladie dont souffrait cette femme de combat. Décédée à un âge où il devrait être interdit de mourir.

Le Village a déjà pris ses quartiers d’hiver. Bien que l’automne ne s’installera officiellement, ici comme ailleurs dans ce qu’il est convenu d’appeler l’hémisphère nord, qu’en fin de semaine. Les portes sont closes. Tout autant que les volets. Seule Huguette laisse croire à un semblant de présence.

Une pluie bretonnisante me pousse à rendre visite à Edouard.

Edouard Leclerc.

Hangar ou écurie ?

Bien peu d’humanité en réalité.

En particulier à l’égard des caissières lesquelles sont contraintes de subir les multiples répétitions des couinements lâchés par leurs machines électroniques à chaque passage d’un produit.

Des couinements qui s’additionnent et multiplient leurs échos sans que ne proteste aucun des veaux dont Edouard prétend qu’ils sont ses honorables clients.

J’en viens à regretter ces temps déjà lointains où les militants du FNLC réglaient de manière radicale ces manquements à la dignité humaine.

Business is business ?

 

 

3

 

Fraîcheur matutinale. Du moins ce que je considère comme telle en ces journées qui préparent l’achèvement de l’été.

Le Village s’est vidé d’une frange de la population qui ne lui appartient pas. Les quelques celles et ceux dont les racines ne sont plus que filaments ténus incapables de leur apporter les nutriments indispensables à leur survie. Les celles et ceux d’une diaspora qui ne reconnaît plus cette terre corse que dans d’incertaines et fluctuantes appartenances, à travers des rituels vidés du plus riche de leur substance. Les celles et ceux qui enferment un passé dans d’enfantines légendes qui n’empruntent que très peu à l’histoire tout en tentant d’écrire l’apologie d’un autrefois mythifié. Alors que les pierres, qu’elles fussent celles des demeures ou celles des tombeaux, portent les stigmates de ce qui, selon les modalités du pays, s’apparentait à la lutte des classes. Les quelques riches, les dominants, engoncés derrière les murailles d’imposantes demeures. La multitude des pauvres qui jamais ne connut sur cette terre toujours colonisée cette liberté dont le prolétariat du continent, qui l’avait conquise de haute lutte, sut faire usage lors des moments les plus âpres et les plus violents de la dite lutte des classes, afin d’arracher à d’autres dominants, maîtres de forges et consorts, cette petite part de dignité qui rapproche de la condition humaine.

Je perçois ici, dans le comportement des uns et des autres, ce qui s’apparente aux séquelles d’une continuité historique ou, au mieux, d’une rupture inaccomplie, tant il est vrai que perdure un système de type féodal qui se nourrit des prébendes que lui concède, via l’état colonisateur, le capitalisme franchouillard.

(Puisqu’il faut bien appeler un chat un chat, et que donc, en Corse comme sur le continent, c’est bien le système capitaliste qui impose sa loi !)

Freluquet 1° est en quête du personnage emblématique capable de lui apporter le minimum de soutien populaire grâce auquel son ectoplasmique parti obtiendrait quelques sièges au sein de l’assemblée territoriale de Corse. (Ma lecture superficielle de Morse Taquin m’a d’ores et déjà conduit à oublier les dates d’un scrutin que je fixe donc arbitrairement aux premières semaines du déjà si proche hiver…)

Freluquet 1°, qui chemine à reculons à un rythme insensé, aurait jeté son dévolu sur un ancien recteur qui avait autrefois officié dans l’Île. Soit donc une momie formatée en des temps immémoriaux par la machinerie tout autant étatique que colonialiste. Voilà une bien convaincante démonstration que le Monarque par défaut est l’homme de tous les archaïsmes, exécutant de zélé de politiques dont je doute qu’il ait jamais compris le sens et la portée. Alors que s’entrouvrent, dans la perspective des mêmes élections, les portes des coffres-forts derrière lesquelles somnolaient les quasi cadavres naphtalisés des hérauts des vieilles droites insulaires et de leurs compères radicalement ridicules, toujours prêts les uns comme les autres au sacrifice suprême, celui de la puissante nation (ou qui se considère comme telle) qui leur concéda le droit de régner sur quelques citadelles.

Face à ma fenêtre survivent deux affiches quadricomiques (mais ô combien défraîchies, délavées par le soleil) apposées lors de la campagne des élections législatives de juin dernier sur le mur de la maison commune. L’une des deux me fait affront. Celle qui m’impose la constante présence de la fille à son père, cette femme dont le regard reflète toutes les tares nationalistes et fascisantes d’une vieille France nostalgique de son vieux Maréchal et, accessoirement, de quelques généraux félons.

 

 

4

 

Isula Rossa.

Je ne reconnais plus le Café des Platanes.

Ou, plus exactement, je ne reconnais plus la salle où j’aimais à m’attarder dans l’observation de ce qu’avait été en des temps reculés la vie de la bourgade.

Les photos, noir et blanc ou sépia, ont disparu.

Elles racontaient des moments festifs, mais aussi ceux de la lutte.

Sans aucun doute une grève ouvrière.

Des poings levés.

De la fierté dans le regard mais aussi dans la façon de se tenir bien droit face au photographe.

Disparus les deux panneaux sur lesquels, dans la confusion la plus extrême, s’entremêlaient d’autres photographies, noir et blanc ou couleur, des personnalités ayant fréquenté, ne serait-ce qu’un bref instant, le Café des Platanes.

Plus de mémoire.

De mémoire dérangeante.

L’établissement se veut « clean ». Jusqu’en ces espaces où se dispersent nos humaines déjections. Une modernité tape à l’œil. Le client d’aujourd’hui ne s’intéresse pas à cet autrefois archaïque et désuet pour lui qui ne se meut plus sans que son regard ne soit rivé à une quelconque machinerie électroniquante. Les grévistes des années 20 ou 30 de l’autre siècle, ces manifestants à la fois hilares et si fiers qui brandissaient le poing (gauche) sont effectivement à effacer des mémoires. Il est en effet malséant d’entretenir le souvenir des combats et (parfois) des victoires ouvrières dans une société qui extermine avec constance et patience « sa » classe ouvrière.

Je visite Marie-Jo en sa librairie.

Le lieu de toutes les mémoires.

Un tombeau en devenir.

Comme tant d’autres librairies.

Désormais considéré comme inutile en ce monde où la pensée s’atrophie et s’expose (puis se publie) de manière uniforme (et donc totalitaire).

Je peine à me reconnaître en ceux de mes contemporains qui se résignent à vivre l’illusion de la liberté.

L’Ostriconi.

Les espaces adjacents à la plage se colonisent (Normal ! Je suis en Corse).

Ouverture d’un vaste parking gratuit (payant durant la saison estivale ?).

Un sentier aménagé conduit à la plage.

La rivière s’est tarie et s’avère donc incapable d’atteindre la mer.

Laquelle mer tempête sans trop y croire.

Une baignade à peine amorcée.

M’insupportent les algues qui me collent à la peau.

La Licciola et son fabuleux pont de vue tant sur l’Ostriconi que sur Isula Rossa.

Lucien.

Taciturne.

Le terme imminent d’une saison bien longue.

Morse Taquin.

Je feuillette mais ne lis pas.

Quoi ?

L’Etat (colonial) et la Corse (colonisée) ? De triviales histoires de financement ?

Qui sera le dupe ?

Je peine à imaginer que l’Etat (jacobin) daigne passer la main.

 

 

5

 

Belgude.

Juste le temps d’acquérir deux baguettes puis de boire mon petit noir matutinal.

La route, entre Belgude et le Village, sans jamais modifier son profil, cette route s’élargit, se dote de murets de pierres. Quelques chèvres me rappellent l’homme d’autrefois, celui qui surveillait son troupeau appuyé contre une antique mobylette, engin motorisé qui lui servait à parcourir les territoires aux dimensions indéfinissables parmi lesquels s’ébattaient des caprins épris de liberté.

Un pont lui aussi s’élargit. Deux camions vomissent du béton en direction de ce qui n’est pas un abîme. Quelques dizaines de mètres plus haut, quatre ouvriers taillent les pierres qui seront ensuite scellées puis assemblées pour former un nouveau muret. Dans un an, la route aura acquis sa configuration définitive. Moins inquiétante celle-là pour l’automobiliste qu’angoissent ce matin les prouesses accomplies par quelques acharnées de la conduite sportive, propriétaires exclusifs de la chaussée.

Le Village.

Antoine.

De rapides et succinctes informations sur nos maux respectifs, sur cette étrange façon qu’eut la mort, en ce récent printemps, de se rappeler à l’un comme à l’autre. Le cœur défaillant d’Antoine lorsque se bouchèrent les bouts de tuyau qu’un chirurgien venait d’installer à la périphérie de son organe.  

Le temps long et paisible de la conversation. Du Village au vaste monde. Ce qu’il advient de la Corse en cette saison qui prélude aux élections. Les désillusions de l’un et de l’autre. Nos renoncements. Mais encore cette petite flamme résiste, je ne sais ni comment ni pourquoi. La vie, sans doute, que ni Antoine ni moi n’envisageons de quitter (plutôt qu’elle ne nous quittât).

Antoine le berger. Les brebis broutent les herbages de la plaine. De très maigres herbages en raison de la sécheresse persistante (et malgré le bref épisode pluvieux de lundi). L’obligation de les gratifier de compléments alimentaires. Des gains de maïs concassés. Mais aussi du foin acheté à prix d’or aux paysans de la Crau. « Elles ne laissent pas une miette de ce que je leur donne. »

Pierre-Marie.

En représentation. Sa garde-robe à bout de bras.

La voix tonitruante de Roger.

Le discret passage du boulanger.

Un délicieux petit noir chez Eugène. Lequel Eugène a mis a profit l’exil provisoire de sa mère chez un coiffeur d’Isula Rossa pour régler définitivement son compte à un réfrigérateur hors d’âge, machinerie dans laquelle la vieille dame entreposait ses victuailles.

Ariane s’active aux fourneaux. D’où s’exhalent des arômes qui titillent mon appétit.

Morse Taquin confirme qu’en marche arrière accélérée, l’ancien rouage accessoire de la machinerie étatique accepte de faire don de sa vieillissante à la cause de Freluquet 1°.

 

 

6

 

Isula Rossa.

La foire.

Barbe à grand-maman et soutien-gorge rose fluo. Quelques produits locaux dont je doute qu’ils appartiennent  au meilleur de la gastronomie corse . (Sauront-ils se prémunir des pernicieuses attaques d’un soleil certes automnal – le 22 septembre aujourd’hui je m’en fous – mais tout de même guilleret.)

Retour au village via Monticellu et le Reginu. Une route au long de laquelle, là encore, s’accomplissent des travaux d’élargissement (dont la conséquence immédiate induit d’inquiétants rétrécissements !)

Couvent de Tuani. Sur lequel règne Marie-Antoinette. Couvent dont elle eut toutefois l’excellente idée de confier l’église, pour une soirée particulière, au groupe A Filetta.

« A core Datu ».

Non pas pour un concert dans la stricte acception du terme. Mais la narration de l’histoire du groupe par Jean-Claude Acquaviva, narration entrecoupée d’interprétations de quelques-unes des œuvres qui jalonnèrent son parcours.

Du chant traditionnel corse, profane et religieux, voilà quarante ans, au métissage contemporain lié aux rencontres, donc aux découvertes, lesquelles vont parfois bien au-delà su seul bassin méditerranéen.

A Filetta est le seul groupe dont j’ai régulièrement suivi les évolutions depuis que je fréquente la Balagne. Par le truchement des disques. Et, depuis quelques années, en ayant recours aux machineries informatiques.

Le hasard aura voulu qu’en cette année 2017 l’opportunité me soit offerte d’approcher les six « voix » qui m’avaient si souvent ému, interpellé, bouleversé.

Les quelques phrases échangées avec Jean-Claude Acquaviva au sortir de l’église du couvent de Tuani relevaient du convenu, donc du convenable. L’approche des gens auxquels je voue, en vrac, estime, affection, admiration, m’est chose compliquée lorsque je suis dans l’obligation de m’extraire d’une foule qui partage peu ou prou les mêmes sentiments que moi.

Morse Taquin reflète à sa façon l’ouverture de la campagne électorale, celle au terme de laquelle une assemblée territoriale de plein droit celle que pilote actuellement Gilles Simeoni. Des plumes mélangent leurs encres. Ce qui génère un coloris insipide. Qui laisse supposer cependant que le journal s’accommodera du vainqueur (dont il semble d’ores et déjà avéré qu’il n’appartiendra pas aux vieilles et quelque peu canailleuses familles qui régnaient sur l’Île depuis des lustres).

 

 

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Belgude.

L’officine est close. Le jour même où il eut été nécessaire qu’elle me soit accessible.

Grand soleil.

Douceur.

L’alignement des villages qui dominent la route.

Sur deux ou trois cent mètres, le milan royal plane à quelques mètres au-dessus de la voiture que je pilote.

Une proie beaucoup trop conséquente pour lui ? Il oblique puis descend vers la plaine. Un furtif battement d’aile. Le voici qui s’éloigne et n’est bientôt plus qu’un point en direction de la mer.

Morse Taquin.

Gilles et Jean-Guy.

L’union.

Un mariage de raison dont il est beaucoup question dans l’édition de ce jour.

Un objectif partagé : l’émancipation. Via l’instauration d’une machinerie pré-étatique ? DE concert avec l’autorité dite de tutelle, la puissante machinerie étatique, la franchouillarde, qui un rouleau compresseur non seulement à l’égard de ses autochtones, mais bien plus encore à l’encontre des citoyens accessoires qui résident à ses marges.

Le Monde.

Donald tonitrue contre les états voyous.

Des états dont celui qu’il dirige est le modèle le plus accompli, parce que le plus puissant.

Qui n’hésita pas à user de l’arme nucléaire contre un Japon exsangue, déjà vaincu. Hiroshima. Nagasaki.

Qui intervint et intervient encore là où il juge nécessaire de rétablir l’ordre capitaliste.

Qui dicta sa loi là où il l’estimait nécessaire contre l’avis des peuples concernés.

En Afrique, en Asie, en Amérique latine.

Lumumba et Allende, entre autres.

Les hommes libres qui lui déplaisaient.

Les coups d’état.

Les guerres coloniales.

Oui, l’Amérique de Donald est depuis fort longtemps le plus puissant, le plus vindicatif, de loin le plus brutal des états voyous.

 

 

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L’autre village.

J’emprunte l’étroit sentier qui longe, sur ma gauche, le mur derrière lequel se dissimulent le couvent et ses jardins (mais aussi Marie-Antoinette).

Une marche d’une trentaine de minutes pour atteindre l’autre village.

Sur la droite, aussitôt après le couvent, les ruines de la chapelle en partie dissimulées sous des amas de lierre. C’est ici que De Peretti a filmé la scène de l’exécution du « traître ». Une des scènes centrales de son film « Une vie violente ». Des ruines que j’avais immédiatement identifiées lorsque je l’avais visionné voilà quelques semaines. Un film que peu de gens, dans les villages d’alentour, n’ont eu la possibilité de voir. Il est vrai que la salle de projection la plus proche se trouve à Isula Rossa. Pour l’immense majorité des gens d’ici, le cinéma se regarde sur le petit écran (et pour les plus privilégiés d’entre eux via l’internet).

(Mes rares interrogations au sujet de ce film semblent se heurter à des réticences que je traduis à la va comme je te pousse. L’idée, parfois, qu’il serait inutile de réveiller les souvenirs d’un passé douloureux…)

L’autre village.

Où il est agréable de s’installer à la terrasse du café. En équilibre entre les sommets si proches et la mer qui s’entraperçoit au loin, derrière de vigoureux pins parasols.

L’épicerie et son épicier, un tourangeau qui chaque dimanche grille des poulets dont il est recommandé de se régaler.

L’autre village que domine ce qui est, là encore, un autre village, sorte de vigie de la Balagne qui offre de stupéfiants points de vue qui englobent les Agriates et une bonne partie du Cap Corse.

Une prodigieuse microrégion dont la fréquentation m’est devenue une nécessité.

Les clémentines se rapprochent de leur maturité. Elles indiquent ainsi l’achèvement de l’été. Le passage d’un vert intense à l’orangé. L’envie, contenue, bridée, de cueillir ne serait-ce qu’un fruit, de l’éplucher puis de le savourer quartier après quartier. Afin de savoir si le goût du fruit cueilli sur l’arbre diffère du goût de celui que j’achèterai et consommerai, dans quelques semaines, à Montpellier.

Peu ou plus de curés.

Donc peu ou plus de messes.

Les clochers ne se lamentent pas sauf lorsqu’ils reçoivent mission d’annoncer l’irruption de la mort.

Morse Taquin.

Tribun, César, Mémé Lenchon revisite l’histoire de la gauche qui se crut révolutionnaire.

M’insupporte, Mémé.

Me révulse.

Lui aussi effectue un numéro de rétropédalage. Au même rythme et dans le même sens que Foutriquet 1°. Pour le compte duquel, et sans le moindre état d’âme, il joue le rôle du faire-valoir.

Je ne suis plus en âge de me mettre en quête d’un sauveur suprême.

 

 

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Trois ou quatre poissons carnivores se sont attaqués à ma jambe droite. Lors d’une baignade matutinale à Algajola. Dans une eau toujours fréquentable.

Je nageottais lorsque je ressentis un peu plus que des picotements là où depuis plus de trois mois une plaie circulaire ne se referme pas. « Un ulcère variqueux » me fut-il signifié par un professionnel passant ses journées à soigner tous les types de bobos dont souffrent ses concitoyens. Un diagnostic auquel mon Référent qui n’a pas encore vu la dite plaie accorde cependant du crédit. Donc des dévoreurs de la croûte laquelle, au cours de ces derniers jours, avait pris de la consistance. Des carnivores que j’ai peut-être un peu vite rangé dans la noble famille des daurades royales. Acharnés. Me poursuivant dans chacun de mes déplacements. Se gavant, en dépit de leur petite taille, de morceaux de la dite croûte. Puis s’obstinant à creuser la plaie, à pomper en ses profondeurs je ne sais quelles substances nutritives. Tant et si bien que je battis en retraite et m’en allai chercher refuge à la terrasse d’une paillotte qui porte un joli nom : A Rotta. Où, à l’heure du déjeuner, je me vengeai de mes assaillants en dévorant un succulent denti accompagné de délicieux petits légumes qui avaient cui en sa compagnie.

Je dois ici l’aveu que j’avais opté, afin d’exacerber mes plaisirs gustatifs, pour un vin élaboré tout près de Calvi par l’ami et l’hôte des Reps ! (De cacochymes survivances du colonialisme franchouillard, un comble, non ?) Dussé-je décevoir les plus véhéments de leurs adversaires politiques, je ne dissimule pas que ce vin blanc me fut un régal. Un régal dont toutefois je n’ai pas abusé, obligation m’étant faite de reconduire ma mie, dans son intégralité physique, jusqu’au Village.

Feuilletaison de Morse Taquin.

Des photos qui évoquent des temps que je croyais révolus, celles de porteurs de cagoules.

Deux pleines pages consacrées à une branche dissidente du FNLC à l’occasion du novice que je suis de ce qui ressemble à une résurrection.

Des propos politiques auxquels je serais cependant en mesure de souscrire.

Sauf que m’insupportent des déguisements qui me donnent l’impression de relever de l’auto-caricature.

Ces Corses auraient-ils peur d’eux-mêmes et donc des idées qu’ils sont censés défendre ?

Morse Taquin n’épilogue qu’à minima sur les résultats des élections législatives allemandes.

Je ferai donc l’acquisition demain matin, à Isula Rossa, du Monde.

Les nuées matutinales ont été repoussées.

Comment ? Sur l’intervention de qui. Quoiqu’il soit, il n’est pas tombé la moindre goutte d’eau. L’herbe ne reverdira pas demain. Les brebis d’Antoine seront toujours nourries au maïs et au foin venu du continent.

 

 

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Les augures annonçaient la pluie. En fin de matinée, les sommets les plus proches s’encapuchonnèrent. Mais aucun nuage n’est venu assombrir le Village déjà englué dans sa somnolence quasi hivernale.

Confusion ?

Non. Un banal constat approximativement sociologique qui résulte d’une observation attentive de chacune des fenêtres.

Les membres de la diaspora ont regagné le continent. L’Île ne leur convient que durant la période estivale, celle qui leur permet de s’amalgamer aux foules des touristes, une manière singulière à leurs yeux de passer inaperçus et donc de ne pas être assimilés aux indigènes, lesquels sont pourtant leurs proches parents.

Fenêtres et volets clos. Portails cadenassés. Le silence. Qu’entrecoupent les sifflements stridents des milans royaux déçus de ne plus trouver sur les murets les carcasses de poulets rôtis ou les restes des côtes de bœuf dont les disporistes leur faisaient don au terme de leurs agapes.

Eugène entretient la flamme. Celle du fourneau devant lequel Ariane s’activa tout l’été. Quelques touristes s’arrêtent encore au restaurant. Le midi de préférence. Des touristes semblables à ceux que j’effleurai ce matin dans les rues d’Isula Rossa.

Autour de moi, personne n’évoque le résultat des élections allemandes. Beaucoup trop compliqués à décrypter pour des non-initiés. Catégorie dans laquelle j’accepte de m’inclure, dusse mon orgueil (ou ma vanité ?) en souffrir. Conséquence indubitable de mon désintérêt de plus en plus marqué pour la « chose » politique. Que tempère tout de même l’angoisse diffuse que génère en moi la montée, partout en Europe, du vote en faveur des partis des droites extrêmes (auxquels je greffe les sectes qui ne sont pas des partis, mais qui œuvrent avec persévérance  à l’anéantissement du politique).

Morse Taquin.

Gilles et Jean Guy répondent l’un après l’autre aux porteurs de cagoules.
Exit la clandestinité et les luttes armées. Point d’autre alternative que la démocratie.

Sauf, et cela n’est pas négligeable, que la démocratie est malade. Asthénique. Anémiée. Manquant donc de globules rouges.

Les globules blancs dévorent tout. Rien ne semble être en mesure de contrecarrer leur appétit.

Il me semble donc nécessaire de se prémunir contre l’angélisme.

Cet angélisme qui conduit à considérer que la machinerie étatique jacobine entendra, dans l’éventualité où, la voix du peuple corse et respectera sa volonté avec toutes les conséquences qui devraient logiquement en découler.

 

 

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L’Ostriconi, jusqu’aux confins des Agriates. Ma vieille mécanique consent à accomplir l’effort. Deux heures de marche, d’abord sur le sable de l’anse, puis via ce qui fut le sentier des douaniers. De crique en crique, les unes et les autres encloses entre des goulots rocheux si abrupts que je me suis interdit d’effectuer quelque descente que ce fut.

Une brève baignade. Mon épaule gauche, celle qui en juin eut à souffrir de la luxure, se refuse à m’assister dans l’accomplissement de la gestuelle qui sied au nageur. Et les alevins s’intéressent toujours à mon bobo. Donc un repli circonstancié vers la terre ferme. Pour une lecture transversale, et contrariée par la brise marine, de Morse Taquin.

Serpentex.

La soldatesque joue à la vraie guerre, ici, en Corse, en usant de vraies munitions déversées sur des espaces a priori désertiques. Une opération internationale, basée à Solenzara. Une opération que les engalonnés justifient en invoquant les guerres dont l’Occident chrétien n’a d’autre choix que de soutenir les moins pires du pire. Du moins pour qui se résout à approuver de telles fadaises.

Les habitants de la zone concernée par les bombardements et les mitraillages, jeux imbéciles de la simulation de la vraie guerre, ces habitants-là sont exaspérés. Le raffut débute dès l’aurore et ne s’achève que vers vingt-trois heures. Dans la proximité immédiate de leurs habitations. D’où leur courroux. Qu’ils ont exprimé. Un courroux qui indiffère les engalonnés. Lesquels moquent de mauvais sujets si peu soucieux des intérêts. Lesquels intérêts se conjuguent à ceux de ce bel et généreux et fraternel Occident chrétien, mais encore à ceux de la grande et belle Amérique qui est son indéfectible soutien). Ces mauvais gens, ces sujets indignes ? Des paysans très probablement arriérés, et corses de surcroit. Tels qu’ils sont vus par les valeureux engalonnés.

 

 

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L’au-revoir à Isula Rossa.

Mes immuables points de repère depuis plus de trente ans. La Maison de la Presse. La boulangerie. Le Café des Platanes. Les halles. La librairie de Marie-Jo. Le marchand de vins d’ici. La boucherie. Le bureau de tabac. Le bureau de poste.

L’au-revoir.

Je récuse en effet l’adieu.

Lequel me suggérerait que mon grand âge m’interdira une future translation.

M’immobiliser ici, une fois encore. Cheminer, une fois encore, de village en village. Retrouver les visages familiers. Poursuivre des conversations engagées voilà un, cinq ou dix ans.

Les acteurs de la scène touristique regagnent les coulisses. La vraie vie reprend son cours. Une vie qui présente bien des analogies avec celle qui prévalut autrefois, celle que me laissent entrevoir quelques-unes de mes lectures ou certaines de mes conversations. La Corse pastorale. La Corse des vignobles, dont ceux de Patrimonio (quelques belles et émoustillantes découvertes en ce début d’automne où j’avais opté pour les vins rouges au détriment des vins rosés). La Corse des champs d’oliviers. La Corse des forêts de châtaigniers. Tout ce que le tourisme ignore ou qu’il ne récupère qu’à des fins bassement mercantiles. Ce tourisme qui gangrène ce pays sous le regard bienveillant des agents qui pilotent la machinerie étatique.

Dont le premier d’entre eux entrevu ce jour dans Morse Taquin. Le probable Enarchiant. Préfet et serviteur zélé de la cause dite républicaine. Un Préfet qui proclame : « Il n’y a pas d’état colonial en Corse ». La voix de ses maîtres. Dans l’implacable logique qui caractérise ceux que formate la machinerie étatique. Laquelle enseigne que jamais la France, sous quelque pouvoir que ce soit, ne colonisa. Ni ici ni de l’autre côté de la Méditerranée ni même du côté des Amériques.

Qu’n sera-t-il des colonisés d’ici si Freluquet 1° parvient à faire adopter sa loi scélérate, laquelle prétend introduire l’état d’urgence dans l’appareil législatif ordinaire ? Quel sort sera réservé aux « terroristes » d’ici lorsqu’ils se hasarderont à contester le prétendu bienfondé de la générosité si peu républicaine derrière laquelle se dissimulent les féroces appétits des capitalistes ? Quelle autre terreur ayant les apparences de la légitimité les sbires de l’Etat feront-ils régner à l’encontre d’authentiques insoumis ? Qui sera en mesure de faire évoluer les rapports de force dans un moment où la violence s’exaspérerait à nouveau ? Je suis dans l’incapacité de croire, ne serait-ce que de manière fugitive, en la capacité de l’Etat français de se soumettre à des volontés autonomes s’exprimant sur des territoires qu’il ignore mais qu’il considère comme siens.

 

 

13

 

Dernier jour ici.

J’emprunte une fois encore le sentier qui conduit à l’autre village.

Les sangliers s’en sont donné à cœur joie sous les frondaisons d’un chêne qui a (prématurément ?) abandonné d’abondantes quantités de glands.

Les chèvres observent le passage du vieux promeneur qui jette un dernier regard sur la chapelle en ruines. Son regard qui se porte ensuite vers les hauteurs et le village vigie.

Le pas contourne les bouquets de cyclamens qui s’épanouissent tout le long du sentier. Des cyclamens que je m’interdis de qualifier de « sauvages ». Quelques rares colchiques. Et l’étonnante renaissance de fougères rendues peut-être a l’optimisme au lendemain des avaricieuses averses qui se produisirent voilà une dizaine de jours.

Fin d’un séjour beaucoup trop bref. Décompte impitoyable des jours.

Dès demain, retour sur les terres languedociennes.

Je n’ai aucune certitude quant à un éventuel retour.

Midi.

Belgude.

Déjeuner au Café de la Paix. Au milieu des cyclistes. Teutons, bataves, britanniques.

Morse Taquin.

Effleuré.

Les sujets traités ne me concernent pas.

 

 

PS : De retour sur le continent, j’ai effectué une rapide recherche. Le nom scientifique du cyclamen qui fleurit le long des sentiers de Balagne est « cyclamen repandum »….

 

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18 octobre 2017

Amitiés particulières??????

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L'article fut publié dans Médiaprt...

Je le recopie, au cas où....

 

Entre le maire de Montpellier et la famille Iborra, des liens bien étroits

17 octobre 2017 Par Benjamin Téoule (LE D'OC en partenariat avec MEDIACITÉS TOULOUSE)

Le 10 octobre, Mediacités montrait comment Sophie Iborra a bénéficié de l’engagement politique de sa mère Monique, députée de Haute-Garonne, pour faire travailler sa société. La famille Iborra a aussi noué avec le maire de Montpellier, Philippe Saurel, d'étroites relations politico-économiques.

Monique Iborra n’a pas que des amis – loin de là ! Mais la députée de La République en marche sait aussi tisser d’utiles alliances. Comme avec Philippe Saurel, le maire socialiste dissident de Montpellier. En 2015, lors des élections régionales, ce dernier rencontre plusieurs difficultés pour composer ses listes dans les départements de l’ex-région Midi-Pyrénées. Il essuie notamment le retrait, en cours de campagne, de Jean-François Portarrieu (ex-directeur de cabinet de la communauté d’agglomération du Grand Narbonne, aujourd’hui député LREM en Haute-Garonne) et de Philippe Joachim (ex-directeur de cabinet de la région Midi-Pyrénées).

Pour pallier en partie le problème, Philippe Saurel verse dans le parachutage : Sophia Ayache, conseillère municipale de Montpellier, est ainsi catapultée dans le Tarn. Heureusement, pour sa liste de Haute-Garonne, l’héritier autoproclamé de Georges Frêche peut compter sur Monique Iborra. La députée, alors membre du PS, n’apprécie pas du tout la candidate de son camp, Carole Delga, et décide de soutenir Philippe Saurel. Mieux ! Elle propulse deux de ses assistantes parlementaires sur la liste divers gauche du maire de Montpellier, Mathilde Tolsan, en première position, et Sophie Iborra, sa fille, à la cinquième place.

Les Iborra et Philippe Saurel ne se quittent plus

Les efforts de Philippe Saurel sont vains. Sa liste n’obtient que 5 % des suffrages, et seulement 1,99 % en Haute-Garonne. Mais Monique Iborra, exclue du PS, gagne un précieux allié. « Comme moi, elle ancre son engagement politique dans le pragmatisme et la proximité avec le citoyen, déclare l’édile de Montpellier. Elle est exclue [du PS – ndlr] pour avoir seulement exprimé avec courage sa liberté de choix et de pensée. » Depuis cette partie de campagne, les Iborra et Philippe Saurel semblent ne plus se quitter. Sophie est régulièrement aperçue dans la capitale héraultaise, tandis que Monique a profité d’un meeting d’Emmanuel Macron à Montpellier, le 18 octobre 2016, pour rendre visite au maire. Lors du dernier discours public du candidat Macron à Albi, le 4 mai 2017, Philippe Saurel retrouve à nouveau ses deux amies. 

« Ils sont très proches, souffle François Delacroix, l’ex-directeur de cabinet de Georges Frêche, qui fut aussi conseiller de Saurel pendant la campagne des régionales. Philippe Saurel sait leur être reconnaissant. » En novembre 2016, Sophie Iborra est la coordinatrice générale du salon Futurapolis, une manifestation pilotée par l’hebdomadaire Le Point et dédiée à l’innovation et aux nouvelles technologies. Dans l’organigramme de l’événement, on trouve un autre colistier de Saurel aux régionales : Jean-François Audiguier, président du Club de la com’ à Toulouse. La métropole de Montpellier, présidée par Philippe Saurel, se montre généreuse : elle injecte 30 000 € dans le salon Futurapolis… qui se tient pourtant à Toulouse !

Cette subvention vient opportunément compenser la perte du partenariat avec le Conseil régional, présidé par Carole Delga, qui était présent depuis l’origine de Futurapolis, en 2012. Mais que vient faire Montpellier dans cette manifestation située à deux heures et demie de ses terres ? Interrogé par l’élu LR Alex Larue lors du Conseil métropolitain du 24 novembre, Philippe Saurel répond laconiquement : « Le salon a exposé des entreprises montpelliéraines. Je l’ai inauguré d’ailleurs avec le maire de Toulouse, et M. Macron, qui est venu se joindre à la fête. Et la députée madame Iborra. Il ne faut pas m’en vouloir de trop travailler avec Toulouse, c’est important. »

L’ancien ministre de l’économie, pas encore officiellement candidat à la présidentielle, a bénéficié d’une carte blanche pour s’exprimer lors de cet événement organisé et subventionné par deux de ses futurs soutiens les plus fervents en Occitanie.

En 2017, rebelote ! Futurapolis s’exporte cette fois à Montpellier pour une édition consacrée à la santé et aux nouvelles prouesses de la science. Le salon s’est tenu les 13 et 14 octobre. À nouveau, Sophie Iborra est chargée de la coordination générale d’une manifestation qui a bénéficié, là encore, des largesses de la ville et de la métropole de Montpellier, seules collectivités partenaires. Une partie des moyens techniques du service protocole et événementiels a été mobilisée. Le prestigieux Opéra Comédie, propriété de la métropole, a même été mis à disposition. D’ordinaire, si un privé souhaite louer la salle principale et les foyers, il doit débourser au minimum 13 000 € HT pour une journée. Là, l’écrin de rêve a été offert gracieusement par l’élu à son ancienne colistière.

Alex Larue s’étonne de la situation : « Dans un souci de transparence, il aurait été préférable de nous informer qu’une de ses colistières aux régionales occupait un rôle prépondérant dans l’organisation de l’événement. » Et l’élu de commenter : « Je n’ai pas de jugement de valeur sur la manifestation, je suis simplement surpris. »

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05 octobre 2017

Reflets d'une fin d'été

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1

 

La Cétoine dorée.

Témoignage de sa vie sexuelle : une larve qui ressemble étrangement à celle du hanneton – larve que nous appelons lorsqu’il s’agit de l’insecte volant  « ver blanc », larve dont la présence dans la terre est honnie par le jardinier – alors que celle de la cétoine dorée lui est une aubaine. Celle-ci concourt en effet à transformer en humus tous les débris végétaux, jusqu’aux plus récalcitrants, tels les morceaux d’écorce.

Le Nemrod a emprisonné une larve utile dans un ancien pot de moutarde. Laquelle larve, prise de convulsions, semble exiger son retour à ses œuvres de salubrité potagère.

L’été agonise.

Température que le Nemrod qualifie de caniculaire.

Pas le moindre cumulo-nimbus à l’horizon.

Donc pas d’orage.

Donc pas de pluie.

Alors que la terre réclame son dû.

Mais l’été agonise bel et bien.

De subtiles, d’infimes modifications dans les lumières.

Une possible pastellisation.

Le silence des cigales.

Définitif.

Ont-elles, à l’instar de la cétoine, accompli leurs travaux de reproduction indispensables à la survie de leur espèce ?

Il serait (paraît-il) nécessaire d’attendre plusieurs années pour apprécier les résultats des copulations perpétrées par papa et maman cigales sur les branches des arbres qui m’entourent. Tilleuls, pins parasols, arbousiers, épicéas, châtaigniers et autres frênes.

La maman cigale ne se maquille pas. Nul besoin d’artifices pour séduire papa cigale. Alors que Foutriquet 1° a recours aux services d’une officiante diplômée (rétribuée sur les deniers publics) afin d’enjoliver ses apparences lorsqu’il paraît en public. Un public constitué en sa fraction majoritaire de veaux et de moutons.

En dépit des apparences, la cigale porte des valeurs démocratiques bien plus élevées que celles qui sont l’apanage du Monarque qui règne sur les veaux et les moutons.

 

 

 

 

2

 

C’est un quadrupède génétiquement modifié, afin que le chasseur chassât sans jamais manquer de proies...

Le chasseur dont les ancêtres avaient autrefois éliminé toutes les espèces supposées lui faire concurrence.

Lui seul, désormais, dispose du pouvoir de réguler le nombre des animaux si peu sauvages et n’appartenant pas à la famille des prédateurs.

Dont ce sanglier, aux apparences si féroces, mais qui n’est rien d’autre qu’un cochon sauvage dont les bauges ne se dissimulent même pas entre buissons et sentiers qui composent des contre-points à ma Montagne Magique.

Le chasseur/prédateur du cochon sauvage abusivement appelé « sanglier » est accompagné au cours de ses traques essentiellement dominicales d’animaux qu’autrefois nos aïeux incluaient dans la famille des canidés. Soit donc des chiens. Des chiens dits de chasse. Transformés, depuis peu, en robots. Dotés, eux aussi, et à l’instar de l’animal humain, de machineries électroniquantes censées les maintenir en relation constante avec leur « maître », ce chasseur/prédateur mu par sa farouche volonté de nourrir sa marmaille et ses proches d’une daube de cochon sauvage mitonnée par sa servante. Laquelle n’est rien d’autre que son épouse, dont j’ai pu vérifier qu’elle maîtrisait parfois l’art subtil de la confection du pâté qui associe les chairs du cochon sauvage et le gras du cochon domestique. Un pâté qui se tartine sur d’épaisses tranches d’un pain de campagne (alors que ce pain est fabriqué industriellement dans une usine érigée voici peu à la périphérie de la ville toute proche).  Un pâté qui se déguste lors d’agapes conviviales qui rassemblent la compagnie des chasseurs du cru, nonagénaires bedonnants et bredouillants qui, parfois, s’exterminent incidemment au creux d’un vallon ombragé.

Cochons sauvages mâles et femelles copulent tant et plus. Leur totale ignorance des méthodes contraceptives les plus rudimentaires adjointes à leur fertilité débordante sont la cause d’une démographie galopante et d’une surpopulation de l’espèce. Démographie débordante qui peut être comparée à la démographie déclinante des populations de chasseurs cacochymes enclins non seulement à s’exterminer incidemment mais aussi à succomber aux AVC, cancers, diabètes, et autres infarctus, mais encore, lorsque le destin ne se montre pas trop cruel, à s’éteindre, sans même en prendre conscience, au beau milieu qui fut, il y a bien longtemps, le théâtre des furtives étreintes auxquelles se résignaient leurs servantes.

Il est grand temps que s’en revienne le Grand Méchant Loup. Il est grand temps que cet autre canidé, sauvage et libre celui-là, reprenne possession des territoires adjacents à ma Montagne Magique afin de croquer le trop plein de ces cochons sauvages qui ont non seulement l’outrecuidance de se sustenter entre vignes et champs de maïs mais aussi de dévaster le charmant petit potager que mon amie Maryse entretient avec amour.

N’en déplaise, bien entendu, à l’ancien éleveur de brebis dont les habitants du Larzac ont oublié le nom.

 

 

3

 

Une guerre impitoyable.

Celle qui oppose le frelon indigène et le frelon asiatique. Pour la conquête des richesses que recèlent les territoires qui environnent la Montagne Magique.

(En cette saison quasi automnale : les figues.)

(Pour la conquête d’autres territoires, ce qui relève de l’hypothèse, je n’ai ni le temps ni l’envie de me transporter dans de proches ailleurs afin d’en vérifier le bienfondé.)

L’asiatique vaincra-t-il l’indigène a priori plus petit, donc plus faible ?

Quoiqu’il en soit, la bière additionnée de grenadine leur est fatale. A l’un comme à l’autre. Qui oublient leurs querelles pour se précipiter dans les récipients dès que le Nemrod les a remplis du nectar à la fois sucré et alcoolisé. Un piège infernal.

L’asiatique et l’indigène se précipitent par le goulot inversé et se gavent de cette boisson dont les arômes les attirèrent.

L’asiatique et l’indigène s’enivrent.

Lorsque, repus, ils tentent de prendre leur envol, ils s’avèrent, l’un aussi bien que l’autre, incapables de trouver l’issue salvatrice.

Ils battent des ailes.

Ils s’épuisent.

Ils meurent.

Indigène aussi bien qu’asiatique.

Leurs cadavres s’ajoutent à des d’autres cadavres.

Tous « cadavére ».

Je ne décompte pas.

Je nourris le compost de cet amalgame malodorant.

Puis, suivant les indications du Nemrod, je renouvelle le mélange mortifère, selon des dosages très précis qui résultent d’une longue et patiente observation.

Il m’advient parfois de m’imaginer disposer du pouvoir d’attirer dans une machinerie plus complexe Donald et Kim et d’assister, béat, ravi, à leur ultime ballet nautique, dans le liquide carmin au profond duquel ils finiraient par rendre l’âme, cette qu’ils n’ont jamais eue (mais que d’autres, inconscients ou irresponsables, leur avaient prêtée).

 

 

4

 

Ce fut peut-être une conversation nocturne.

Entre un pierrot gazouillant et une chouette hulotte.

Mais sans que le rossignol fût présent.

Autant dire, un dialogue de sourds entre deux volatiles familiers des faux-semblants.

Le gazouillant pierrot avait autrefois chanté les heures glorieuses qui ponctuèrent le règne du Busard. Lequel Busard dévorait tout cru les représentants de la gente ailée empressés, trop empressés, de s’installer sur le trône qu’il avait conquis de haute lutte face à un vautour décati.

Pour le plus grand malheur du gazouillant pierrot, le règne du Busard s’acheva de manière impromptue au crépuscule d’un dimanche d’octobre.

Le gazouillant pierrot s’essaya à chanter « De profundis clamavi ad te, Domine ».

Mais sa voix de fausset ne parvint à émouvoir ni le préfet ni l’évêque.

Il n’obtint alors qu’une maigre et donc insuffisante pitance.

Nécessité lui fut donc imposée de s’envoler vers d’autres branchages, moins fournis ceux-là que les luxuriantes frondaisons que lui avait concocté durant tant d’années le Busard.

En son nouveau refuge, il composa quelques trilles censées moquer la tourterelle que le Busard, oiseau moqueur, avait installée sur une branche morte.

Las, la tourterelle ignora ses insipides et si peu féministes saillies.

Vexé, il jeta alors son dévolu sur un perroquet finissant, à ce point déplumé qu’il était difficile – et voire même impossible – de déceler en son terne plumage quelques-uns des coloris qui auraient accrédité une quelconque appartenance à la famille des jaurèssiens.

Lorsque survint le coquelet hâbleur et sa cour de jeunes poulardes, le gazouillant pierrot composa illico un hymne à la gloire de l’ambitieux volatile (de basse-cour) dont les borborygmes laissaient indifférents tous ceux qui dans les contrées languedociennes manifestaient un attachement viscéral aux idées du vieux maître de Carmaux.

Depuis lors, et de concert, ils jacassent.

Le gazouillant pierrot enregistre puis reproduit sur du papier non recyclé les viles pensées du coquelet hâbleur nourri au maïs concassé tout en s’essayant de récupérer le peu des chairs faisandées qui pendent des ossements du Busard.

 

 

5

 

 

C’est un berger.

Un berger qui n’entend ni ne parle la langue de Schiller.

Un berger qui n’aboie pas dans la langue des teutons.

Un berger qui n’aboie dans aucune langue.

Pas même la française.

Mais un berger qui sut tout de même se faire comprendre par ma petite-fille qui, elle, maîtrise déjà cette dernière langue.

Que se racontèrent-ils durant la semaine au cours de laquelle ils se fréquentèrent, là, si près de la Montagne Magique où de conséquentes populations de mouflons ne laissent percevoir aucune nostalgie de la patrie de leurs lointains ancêtres et n’entendent strictement rien à leur langue ?

Le berger (qui n’a donc rien d’allemand) et la petite fille vécurent une bien belle semaine de connivences, de secrets partagés, tout un temps ponctué par les anecdotes racontées à voix basse au creux de l’oreille du berger par la si bavarde petite fille.

Ce matin, le berger qui n’a rien d’allemand est rendu à sa solitude.

Ce matin est celui de la rentrée.

La rentrée scolaire.

L’école.

Maître, bureau, tableau noir et cartable.

Les odeurs de l’autrefois, peut-être, qui aggloméraient les poussières des craies multicolores aux vapeurs de l’encre violette.

La petite fille, ce matin-même, a quitté quelques-uns des territoires de son enfance.

De sa fastueuse, de sa lumineuse enfance.

Ce matin, elle s’est installée à la frontière d’un autre monde, un monde plus rigoureux qui anticipe déjà sur celui des adultes.

Dans une classe où elle apprendra à lire, à écrire, à compter, où il lui sera fait obligation d’observer le monde vivant, non pas en fonction de ses rêves, mais selon des réalités dites scientifiques.

Ce matin, sans qu’elle en ait été consciente, c’est d’une part de sa liberté dont elle fut dans l’obligation de se défaire.

Pour commencer, à tous petits pas, à s’introduire dans le monde des adultes.

Le berger qui n’a rien d’allemand m’observe en ces instants où je libelle ces quelques phrases.

A-t-il compris, lui qui n’exige rien, que l’adulte accompli s’arroge l’exorbitant privilège de détruire l’enfance et de façonner le petit être encore illuminé de tous ses rêves selon des règles autant impérieuses qu’immuables.

Puisse-t-elle, la petite fille, préserver dans un recoin de sa mémoire, le souvenir des journées de partage en la compagnie d’un berger qui n’a rien d’allemand.

Puisse-t-elle, lorsque cela lui sera nécessaire, exhumer de cette mémoire qui demain sera celle d’une adolescente et après-demain celle d’une femme accomplie les fulgurantes traces qui résultèrent d’une contemplation passionnée de la merveilleuse nature qui relie la Montagne Magique à la si lointaine Balagne.

 

 

6

 

Oui, le mouflon.

Le « mufrone ».

Un exilé installé à demeure sur les contreforts de la Montagne Magique.

Au terme d’une migration en deux temps, du moins si j’en crois les thèses officielles.

Comme tant d’autres migrations.

De l’Île vers le continent, du sud vers le nord.

L’illusion, peut-être, de mieux vivre sur ces contreforts que du côté de Bavella.

Encore qu’aucun des passeurs qui l’entraînèrent dans son exil ne sollicita son avis.

Il fut embarqué en compagnie de quelques congénères sur l’un des navires destinés à assurer la continuité territoriale.

Les passeurs, écologistes avant l’heure, le transportèrent jusqu’aux confins de l’univers alpin.

Toujours en la compagnie de ses congénères.

Des papas et des mamans mouflons qui sacrifièrent aux rituels, ceux qui prévalaient et qui prévalent encore en ce monde que l’on dit sauvage.

Naquirent de nombreux muvrini qui, à leur tour, prospérèrent loin de l’Île dont l’existence leur resta inconnue.

Qui générèrent des multitudes de muvrini.

Tant et si bien que d’autres passeurs, écologistes convaincus, offrirent un nouveau territoire à quelques papas et mamans mouflons.

Les contreforts de la Montagne Magique.

Où prospèrent désormais ces nouvelles générations des arrières petits-enfants des premiers exilés.

Qui n’eurent ici d’autres ennemis que de virulents et sanguinaires Nemrod toutefois contrôlés par des agents des eaux et forêts, lesquels agents furent placés devant l’obligation, une fois l’an, de décompter les populations du paisible mais prolifique mammifère.

Un loup, paraît-il venu d’Ibérie, aurait pris depuis peu ses campements là où les Nemrod refusaient jusqu’alors toute présence d’un quelconque prédateur quadrupède.

En ces campagnes reculées, d’antiques légendes s’extirpent des mémoires d’indigènes dont les aïeux préférèrent, voilà septante et quelques années, la fréquentation des amis du vieux maréchal à l’engagement dans le maquis. A quelques exceptions près. Qualifiées, celles-là, de terroristes par les milichiens et les médiatouilleux d’alors.

Des temps reculés, c’est vrai, lorsque le mouflon ignorait que sa destinée s’écrirait, au-delà de la Corse, sur les contreforts de la Montagne Magique dont il est devenu désormais l’emblème.

S’en vient sa saison des amours.

Je garde un souvenir émerveillé d’une rencontre inopinée, imprévisible, au détour d’un sentier, sous deux ou trois hêtres rabougris, lors d’une randonnée dominicale : papa et maman mouflons se livrant à cette joute amoureuse qui assure à l’espèce la continuité dont je souhaite ardemment qu’elle n’ait pas à subir la folie des Nemrod.

 

 

7

 

 

La route longe le fleuve assoupi.

Un camion. Dont je traduis le slogan qui semble interpréter la raison sociale : « Qui loue tout ne loue rien ».

Le fleuve aux colères tumultueuses. Lorsqu’il s’engorge jusqu’à plus soif des eaux déversées sur les collines dites cévenoles. Donc en automne. Si les phénomènes météorologiques daignent respecter les saisons indiquées sur les calendriers grégoriens. Ce qui est parfois le moindre de leurs soucis.

La truite, du moins je le suppose, s’accommode mal de ces temps de furies incontrôlées. Point de refuge pour elle. Face au déferlement des eaux boueuses qui emportent les arbres jusques aux plus solidement arrimées aux berges du fleuve.

J’insiste : il s’agit bel et bien d’un fleuve. Un fleuve dit côtier. Une course de quelques dizaines de kilomètres depuis les sommets des monts d’Orb jusqu’à l’enlisement dans la Méditerranée. L’apaisement final. La dilution.

M’est-il autorisé d’imaginer qu’en ces jours de tourmentes, la truite se laisse emporter jusqu’à la mer où elle trouve un asile provisoire et peu conforme à son mode de vie ancestral, quitte à remonter vers son amont familier dès que le calme s’en revient ?

Lamentations stériles : la truite ne m’intéresse que cuite à feu doux et agrémentée d’un beurre blanc légèrement citronné.

Le fleuve (côtier) traverse plus qu’il ne l’irrigue la ville engourdie.

La ville qui raconte ses opulences passées, qui met en scène une bourgeoisie moribonde, héritière désargentée des entrepreneurs d’un autrefois que quelques histrions du cru s’évertuent à magnifier.

La lèpre.

Les rues sinistres d’un vieux quartier délabré.

De rares et fantomatiques habitants qui ont outrepassé le stade de la pauvreté.

Toutes générations confondues.

Le stade quasiment ultime de la modernité, une anticipation de ce qu’il adviendra partout, soit donc le retour vers le siècle d’avant-hier, celui au cours duquel l’enfant « finissait en débutant », lorsque « les douze mois s’appelaient décembre ».

Ici, dans ces rues où se perçoit l’imminence de l’anéantissement, je comprends mieux pourquoi, derrière le culte et ses onctuosités, derrière les louanges, tant de solférinistes n’auront eu de cesse, au cours des trente dernières années, d’assassiner cent mille fois Jaurès.

 

 

8

 

 

Plus que le délabrement, la ruine, telle qu’elle s’annonçait déjà voilà vingt-cinq ans, quand je résidais encore sur les rives du fleuve (côtier).

Là où l’amputation eut été nécessaire.

Là où il aurait été judicieux d’introduire un peu de beauté et de lumière.

Là où s’essoufflent aujourd’hui celles et ceux qu’une société indigne et barbare refuse de protéger et contraint donc à un exil intérieur qui est la négation de l’humanisme.

J’ai traversé les quelques ruelles étroites, sombres et insalubres afin de rendre visite à Henri Cueco.

Puisqu’il existe une « Maison des Arts » en cette cité déshéritée.

Et qu’en cette Maison est présentée une rétrospective de l’œuvre d’Henri Cueco.

Henri est décédé voilà un ou deux ans (ma mémoire m’est infidèle, mais je m’interdis d’interroger la machinerie électroniquante, laquelle me fournirait en quelques secondes, si je la sollicitais, une réponse aussi précise que circonstanciée).

J’écris « Henri », bien que notre rencontre la plus récente remontât aux années soixante-dix de l’autre siècle.

J’écris « Henri » en raison de certaines quoique communes appartenances et à une proximité géographique.

De Montreuil à Bagnolet.

Bagnolet où travaillaient alors quelques « Malassis ».

Des « Malassis » que j’eus volontiers exposés à Montreuil, en cette galerie municipale où un puissant potentat communiste avait intronisé dans les fonctions de « directrice » une valeureuse camarade (elle-même compagne d’un autre potentat communiste) qui ne cessa jamais de se réclamer du soutien de son protecteur.

En conséquence de quoi, les « Malassis » ne parcoururent jamais les quelques hectomètres qui séparent, aujourd’hui encore, les deux cités banlieusardes.

Mais j’eus le bonheur de fréquenter le créateur qui jonglait avec les formes et les couleurs, qui assemblait les mots avec une rare gourmandise.

Quelques années plus tard, c’est à Dammarie-les-Lys que nous nous retrouvâmes.

Henri, qui n’était plus si « Malassis » que cela, avait remporté ce qui était un concours initié (me semble-t-il) par le ministère de la culture.

Le concours du « Un pour cent » que je résume à ma façon : 1% du coût de la construction d’un équipement public destiné au financement de la réalisation d’une œuvre d’art intégrée à cet équipement.

En l’occurrence, et pour ce qui concerne Dammarie-les-Lys (où j’officiais alors), un collège érigé à proximité d’une ZUP.

Henri avait choisi de représenter Rimbaud, le rebelle susceptible de « parler » à des adolescents et voie d’égarement et de déstructuration.

Il fut question, lors de l’une de nos conversations, du poème « Voyelles ».

Le projet resta lettres mortes.

(Quarante-cinq ans plus tard, l’ami Claude Bartoli conféra à la mise en images du dit poème une touche singulière !)

La rétrospective que j’ai visitée reflète une œuvre attachante.

Humaine.

Combative.

Chaleureuse.

Généreuse.

Les meutes de chiens ne dissimulent pas une humanité qui se révèle à l’observateur attentif, au promeneur qui prend le temps de leur accorder un peu de son attention, de déceler derrière les formes et ce qu’elles paraissent suggérer les parentés d’une histoire commune dont les plus cruels protagonistes ne furent et ne sont toujours pas les canidés.

 

 

9

 

 

Le vol d’un rapace en direction de la chapelle érigée sur un promontoire.

Saint Michel, foutre dieu.

A peine bousculé par le vent, l’oiseau observe un territoire qui englobe la vallée où le fleuve (côtier) scrute, lui, le ciel à travers les reflets que celui-ci lui concède.

Rien de cévenol qui soit en mesure de lui conférer, en une ou deux heures, la fureur tumultueuse que génèrent les épisodes dont raffolent, allez savoir pourquoi, les météorologistes.

Le vent n’est point grec.

Le vent a l’accent pointu.

La girouette s’oriente au nord, à quelques variantes près.

Elle s’interdit l’inversion qui me signifierait la possible irruption de l’orage, lequel orage m’éviterait les fastidieuses séances d’arrosage d’un potager qui pressent, lui, l’imminence de l’automne.

Un lent mais perceptible dépérissement qui affecte aussi bien les pieds de tomates que les haricots verts.

(Seules les aubergines continuent à proliférer, incitant à la confection d’un caviar délicieusement aillé.)

Courges et potirons prospèrent.

Le rapace scrute, je n’en doute pas, chacun des recoins des potagers, des vignes, des vergers et des champs de maïs, là où serait susceptible de ramper ou de courir la proie dont il ferait, sans coup férir, sa proie.

Parmi les châtaigniers, quelques corbeaux se disputent une charogne.

(Au pays d’Ardenne, leur nom d’usage est « corpia ». C’est sur la Roche aux Corpias que me furent enseignés les rudiments de l’escalade. En un temps où le socialiste Guy Mollet s’apprêtait à expédier en Algérie quelques dizaines de milliers de jeunes français chargés de soumettre des insoumis.)

J’étudie les cartes météorologiques.

Afin de découvrir ce que me réservera le ciel de Balagne au cours des deux dernières semaines de septembre.

Le ciel de Balagne que sillonnent les milans royaux.

D’autres rapaces.

D’une autre culture.

S’exprimant dans une autre langue.

 

 

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D’insignifiantes nuées.

Point de providence.

A peine quelques gouttes d’une pluie incapable de réveiller cèpes et girolles.

Une parcimonie dont ne profitèrent ni les choux ni les salades repiqués en début de semaine dernière.

Le regard narquois de la rainette qui a élu domicile aux abords de la mare artificielle conçue par le Nemrod.

Une rainette qui n’avait pas daigné se montrer à ma petite fille.

Point de larmes de crocodiles.

Le Bergé est mort.

Le Bergé ne me laisse aucun regret.

Cet adorateur du Veau d’Or porta, lui aussi, des causes funestes à la cause qu’il feignit défendre.

Celle su socialisme.

Dont il fut, à sa manière, le pourfendeur.

En la compagnie des spadassins qui peuplaient les soupentes des demeures bourgeoises, celles où la bonne et belle société détricotait une à une les mailles des parures tissées autrefois par les peuplades ouvrières.

Le Bergé est salué par les siens.

Dont la Jofrinette et ses plumitifs à ce point serviles qu’il me semble entendre crisser les ossements de Jean-Paul-Sartre.

 

 

 

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24 août 2017

Deux mots

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(Source: Musée de la Résistance)

 

Deux mots.

Oui, deux mots.

Un nom commun et un verbe du troisième groupe.

Terroriste pour le nom commun.

Abattre pour le verbe du troisième groupe (Déjà mentionné dans une précédente chroniquouillette..).

Terroriste ?

Je fus comme dérangé et interloqué par la suggestion avancée par le Grand Chef des Argousins : obtenir des tenants des sciences approximatives la mise au point des outils de détection des terroristes en devenir.

Et cela dès leur plus jeune âge.

Afin de mieux les stériliser.

Ce qui éliminerait tout risque d’actions elles-mêmes terroristes menées par des individus se réclamant de causes si diverses que je ne perdrai pas mon temps à les énumérer ici.

Juste une interrogation.

Dans un passé que vous estimerez peut-être fort lointain, d’autres nourrirent l’espoir de disposer de tels outils.

Je pense en particulier au Vieux Maréchal et à ses sbires qui eussent volontiers exterminé à l’état larvaire les colonels Fabien en gestation.

La France – leur France – aurait peut-être survécu durant des lustres à l’ombre du puissant voisin nazi sans avoir à mener une guerre peu civile contre les Résistants, qu’ils fussent alors affiliés au Général aux bras si longs ou au Bon Père de tous les Peuples socialistes.

Je pense également à Guy Mollet qui eut apprécié, lui, le socialiste moustachu, que les gégéniques généraux fussent en mesure de détecter dès leur plus jeune âge les patriotes algériens – pardon ! le Guy d’Arras les appelait des terroristes ! -  désirant conduire jusqu’à son terme leur guerre d’indépendance.

Donc, en l’an de grâce 2017, un Zombie qui se prétendit socialiste mais qui ne cessa pas de se gratouiller la couille droite, ce Zombie-là rêve de détection systématique.

Un eugéniste qui s’ignore ?

La question mérite d’être posée.

Abattre ?

Ce verbe du troisième groupe est conjugué, sauf en de très rares exceptions, au présent de l’indicatif et au passé composé (lorsque l’abattage remonte à quelques heures).

Les Médiatouilleurs rétribués pour rassurer les populations apeurées par les descriptions ô combien réalistes des attentats perpétrés tant à l’intérieur qu’en dehors des frontières de la Belle France, ces Bavouilleux serviles en font un usage immodéré.

Avec délectation pour tant d’entre eux.

Les déverseurs d’informations que ne révulsent pas les mises à mort sommaires, celles qui anticipent sur la justice des hommes.

C’est bien cette délectation qui me gêne.

Elle me laisse imaginer le pire, dans l’éventualité où…

 

Je me tais.

Les deux mots sont écrits.

Place au silence.

 

Pace e Salute !

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19 août 2017

Une femme douce

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Un film.

Qui me fut présenté tel un chef d’œuvre.

« Une femme douce ».

Un film russe, puisque l’auteur est originaire de Russie.

Un film que j’ai vu avec la conviction que j’allais découvrir un chef d’œuvre, tant l’enthousiasme de celles et ceux qui le « critiquèrent » atteignit parfois au paroxysme.

J’ai vu un presque chef d’œuvre formel.

Mais j’ai également vu un produit idéologiquement douteux.

Un produit conforme aux attentes de ceux qui en financèrent la réalisation.

Des gens de par chez nous.

Un film qui affiche sans vergogne mépris et haine à l’encontre du peuple russe.

Un peuple que le réalisateur présente en permanence comme un ramassis d’ivrognes, de feignants, de demeurés, d’assoupis.

(Terrible et effroyable scène que celle de la salle d’attente et des voyageurs agglutinés les uns contre les autres, ensommeillés, repliés sur eux-mêmes, sur leur solitude désespérée…)

Nulle lueur d’espoir.

Aucune présence qui puisse laisser imaginer que dans ce monde-là, si tant est que ce monde-là soit une représentation peu ou prou fidèle des réalités russes, survivent quelques parcelles d’humanité.

Comme si ce peuple russe était à l’image de ceux qui le dirigent.

Lesquels, soit-il rappelé en passant, ne sont guère différents de ceux qui nous dirigent.

La femme douce ?

Une « héroïne » passive, résignée, soumise.

Jusque dans le plus atroce de ses rêves.

Donc un film dont les relents me valent encore de stupéfiantes nausées, quarante-huit heures après avoir quitté la salle de sa projection.

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