Comédies

25 août 2016

Moinillon

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Baguenaudant ces deux derniers matins dans les rues ombragées du vieux Montpellier, je fis d’étranges rencontres, celles de fantômes que j’avais enfouis dans les tréfonds de ma mémoire.

Mercredi.

Ahanant, soufflant, transpirant sur une bicyclette hors d’âge semblable à celle sur laquelle Jean Robic s’illustra il y a fort longtemps dans les lacets du col du Tourmalet, une sorte de moinillon tentait de gravir la rue fort pentue qui conduit jusqu’à l’échoppe où officient des boulangers d’exception.

(Une « sorte », car je dois l’aveu de mon ignorance des rôles et fonctions de la quasi-totalité des personnels de la Vaticancanerie.)

Zigzagant même dans les dix derniers mètres, au point que je ne craignis alors qu’il ne finisse de même façon que Tom Simpson sur les pentes du mont Ventoux.

Aussi l’applaudis-je lorsqu’il passa devant moi, visage écarlate, la livrée retroussée sur de maigres mollets, le crucifix accroché à une ceinture sur laquelle il avait enfilé des noyaux d’olives (référence évangélique).

Indifférent à mes applaudissements, il relança son effort en direction du Palais de Justice et de la Cathédrale.

D’où le tonitruant « A bas la calotte » que je proférai et qui arracha un sourire à une quadragénaire pressée de gagner l’abri des murailles derrière lesquelles s’enseignent, me semble-t-il, les arts dramatiques.

Ce jeudi.

Imprudentes mais obstinées, deux religieuses défient la rame dorée du tram qui descend à vitesse modérée le boulevard du Jeu de Paume.

Elles lui grillent la politesse au niveau de la rue saint Guilhem, tout en esquissant, chacune à sa façon, ce qui prend les apparences d’un entrechat devant le regard éberlué du traminot.

« Des apparences », tant il est vrai que mon imagination supplée à ce que dissimulent les robes (appelle-t-on cela des robes chez les spécialistes des vaticancaneries ?) et qu’elle me donne à voir, ma déclinante imagination, des gambettes façon Moulin Rouge (plutôt que Crazy Horse).

Je m’étends.

Je m’égare.

C’est que l’ostentatoire adossé au prosélyte suscite en moi moult remous.

Moindre que ceux qu’auraient provoqués les simagrées auxquelles se livrent, chaque  15 août, les adeptes de saint Roch fort nombreux en cette bonne et belle ville de Montpellier, si je m’étais trouvé dans l’obligation de les observer.

En ces circonstances-là, point d’émotions médiatouilleuses.

Pas un seul cri d’orfraie.

Le moinillon, les deux religieuses, les foules enfiévrées gesticulant derrière la représentation iconographique de saint Roch, les normes franchouillardes ne sont pas outrepassées.

Ne survit-on pas dans cette merveilleuse nation que d’aucuns considèrent toujours comme la fille ainée de l’Eglise cathodique ?

Mais qu’une hérétique osasse s’immerger dans les eaux si pures non pas du Jourdain mais de la Méditerranée, une hérétique engluée dans d’étranges atours, et voilà que la Grosse Bertha Médiatouilleuse tonne, comme disait l’Autre, aux quatre coins de l’Hexagone.

Voilà que le Comte d’Evry, si ressemblant à Beria que je suis pris de soudaines et incompressibles nausées rien qu’à mentionner son nom, oui, voici que le Grand Chambellan disserte sur les droits des femmes (dont celui que la loi leur reconnait de s’affubler comme bon il leur semble, même pour faire trempette dans les eaux si pures, non pas du Jourdain, mais de la Méditerranée).

Je m’isole.

Je me camisole.

Ne surtout pas accompagner cette régression morale et intellectuelle qui fait de ce pays où je ne naquis que par hasard la risée des âmes bien nées qui n’ont rien égaré (donc là où il ne le faut pas) de leur esprit critique.

 

 

A Voce Rivolta !

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24 août 2016

Chroniques corses 2016 10

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Lundi 27 juin

 

Malgré d’infinies souffrances, je me suis infligé la route du Reginu puis la montée vers les hauteurs de Monticellu afin d’observer durant quelques minutes l’affligeant spectacle de la modernité d’Isula Rossa. L’empilement des cubes de béton sur les collines qui, depuis Monticellu, cernent le port et le centre de la bourgade. A quelle catégorie sociale appartiennent ceux qui « investissent » (dans) cet habitat répétitif ? Des spéculateurs en quête de profits à très court terme ? Des parvenus qui ont jeté leur dévolu sur ce coin collectivisé de la Balagne ? Quelques massifs de lauriers roses parsèment ce paysage urbanisé selon les règles mathématiques qu’élaborent dans les sous-sols des banques de grands enfants qui continuent à entasser des cubes sans se préoccuper ni de l’esthétique ni de la quête du bien vivre.

D’infinies souffrances. Dans le bas du dos. Lombalgie. Peut-être. Quoiqu’il en soit, je paracétamole selon des dosages qui outrepassent les recommandations spécifiées par les notices officielles. Des comprimés dont je me précipitai effectuer l’achat, mes réserves s’étant taries au cours des deux derniers jours. Durant mes séjours insulaires, je fréquente deux pharmacies. Celle de Belgudé tenue par une teutonnante professionnelle. Celle d’Isula Rossa. Où il existe deux officines situées aux deux extrémités de la place Paoli. L’une qui me révulse et que j’ignore, celle qui se donne les apparences d’un supermarché dans lequel un personnel vigilant vous convie à vous intéresser à l’ensemble des produits destinés à entretenir d’illusoires prolongements aux jeunesses finissantes. L’autre qui se situe dans les normes de ce que je considère relever de l’assistance humanitaire. Là où je fis la connaissance d’un pharmacien mélomane. L’anecdote remonte à quelques années. Un jour où, peut-être, je souffrais déjà du bas du dos. Je m’étais introduit dans la file d’attente constituée, pour l’essentiel, de touristes carbonisés au troisième degré au lendemain d’expositions abusives aux rayons du soleil. Et là, allez savoir pourquoi, j’avais commencé à fredonner je ne sais plus quelle ritournelle. Ritournelle dont quelques notes parvinrent jusqu’aux oreilles de l’homme de l’art. « Vous chantez ? » Le questionnement me remit alors en mémoire la fable de monsieur Jean de La Fontaine. Le praticien ma rassura illico. Il n’était nullement question de me convier à danser sur la place Paoli mais plus prosaïquement de me convier à participer aux activités de la chorale locale. Je le déçus sans toutefois le fâcher lorsque je lui révélai le nom du lieu de mes attaches ordinaires. Mais depuis lors nos relations sont empreintes de courtoisie et c’est donc à cette officine que je réserve la part la plus importante de mes acquisitions de médicaments durant mes séjours en Balagne. Bien que je sois toujours intrigué par la teutonnante pharmacienne de Belgudé.

Les souffrances s’estompent. Effets conjugués de paracétamolaisons sans aucun doute excessives et d’applications régulières d’une pommade miraculeuse. Les dernières heures furent celles de l’accomplissement d’un autre miracle. Ce récent dimanche, à l’heure du crépuscule, alors que le soleil semblait ne pas vouloir se coucher, Jules s’aventura en rampant jusqu’au plus extrême du balcon de la chambre du second étage. Tant et si bien qu’il advint ce qui devait advenir : Jules chut dans le vide et son corps d’enfantelet se serait écrasé sur les pavés si Rhinossoti, du haut du clocher, n’avait perçu l’imminence du drame. Le royal volatile s’élança, piqua, ouvrit ses serres et récupéra le marmot à quelques centimètres seulement de ce qui aurait pu devenir le théâtre de la catastrophe finale. Mieux encore ! Rhinossoti eut le réflexe de planter ses serres dans la couche-culotte, évitant ainsi à mon petit-fils quelques plaies superflues, celles que n’auraient pas manqué de provoquer ces mêmes serres dans la chair si douce et si tendre du garçonnet si, par malheur, il eût été nu. Au terme d’un vol de quelques secondes, mon royal compère s’en vint déposer Jules dans les bras de sa mère, ma fille. Ce midi, Rhinossoti a eu droit à deux cuisses de poulet (label rouge) et à un râble de lapin.

Chaleur étouffante. Le vent qui tourbillonna toute la nuit (et de ce fait perturba mon sommeil, lequel était déjà affecté par mes douleurs lombaires) s’est figé je ne sais trop où. Sans doute loin de la mer qui, ce matin, moutonnait tant et plus. Pour regagner le Village, j’avais en effet opté pour le parcours ordinaire, celui qui longe la côte avant d’obliquer à angle droit vers Belgudé et la Moyenne Balagne (à deux pas de l’étal où Jean-Claude et Antoine proposent fruits et légumes dont je fais un usage immodéré). Je fus donc en mesure d’observer ces moutonnements d’une immaculée blancheur roulant par-dessus les flots si bleus de la Méditerranée d’ici.

(J’entends Jules discourir au fond de son lit. Le petit bonhomme se familiarise avec la corsitude !)

Oui. Jean-Claude. Que je me dois de saluer. Lui qui greffe et qui greffe tant et plus afin d’obtenir les plus goûteux, les plus savoureux des agrumes. Pamplemousses. Citrons. Oranges. Clémentines. Mandarines. Cédrats. Assis côte à côte sur le banc installé à l’entrée de l’étal, nous devisons. « Tu ne fumes plus ? » Non, depuis bientôt cinq mois. Jean-Claude, lui, persévère. Les cigarettes se vendent ici beaucoup moins cher que sur le continent. Donc les greffes. La passion de Jean-Claude. « Tiens, goûte ! » Des kumquats. Les derniers de la saison, qu’il a cueillis ce matin. Un plein sac. En cadeau. Pour le plus grand bonheur de P’tit Bout, gourmande de ces fruits-là.

Une pensée pour la belle et noble dame que j’avais autrefois appelée Colomba. Qui s’est bien battue contre le crabe. Qui a vaincu le crabe. Ce que me raconte sa fille (qui a pris la succession de Colomba derrière l’étal et qui sourit tout autant que souriait sa mère). « Vous l’avez manquée de quelques minutes. »

Mais où donc sont-ils allés chercher le reflet quadricomique de Manu ? Les Tapissiers. Ils ont exhumé un portrait encore plus vallsouilleux que nature. L’oreille droite pivotante. Les lèvres crispées. Le rictus du légionnaire se retrouvant face à face au creux d’une dune saharienne avec un daéchiant malien. Le regard fixe, privé et cet instant-là de toute humanité. Le chef de gouvernement dont Morse Taquin prétend que tous « les acteurs du monde économique veulent discuter » avec lui. L’homme qui vit et agit en symbiose avec les patrons. Et qui tient à ce que cela se sache (ou se susse ?). Encore que les patrons corses ne sont le plus souvent que des boutiquiers. Il me fut confié par un ami que les seuls et vrais patrons s’en viennent ou du continent ou d’îles point trop éloignées, italiennes de surcroit, et placées s’il faut en croire la rumeur sous la tutelle de Cosa Nostra.

Jules d’ailleurs engage la conversation avec Jules du Village. Rhinossoti sieste au centre de la branche majeure du pin tutélaire. Il est l’heure pour moi de paracétamoliser (deux grammes supplémentaires) puis de m’enduire le bas du dos avec un peu de pommade miraculeuse.

 

Mardi 28 juin

 

Conversation à l’ancienne associant deux anciens assis côte à côte sur un muret. Amusés l’un et l’autre de constater que François a bel et bien feint de cheminer vers les terrasses qu’il lui reste à débroussailler. Il lui a suffi pour cela d’oublier une clef, de le constater devant la porte du cabanon où sont entreposés les outils, de s’en revenir jusqu’au Village par le sens ascendant et de nous faire alors remarquer son état d’extrême lassitude avant de proclamer que le débroussaillage attendra les heures à peine plus fraîches de la soirée. Puis survint Roger qui narra par le détail la multitude des gestes d’affection que lui concède Jules l’Ancien. Des cendres répandues tout autour de sa demeure afin d’en interdire l’accès aux cohortes de fourmi qui tentent de l’envahir. Les multiples cadeaux alimentaires qui ne tiennent évidemment compte ni des besoins ni surtout des envies de Roger dans le réfrigérateur duquel s’accumulent tant et tant de victuailles qu’il serait possible à l’ancien enseignant de nourrir durant deux bonnes semaines une escouade de la légion étrangère. Vin rosé compris, bien entendu. Ni Antoine ni moi-même ne formulons à l’encontre de Jules l’Ancien les reproches que nous suggère le véhément plaidoyer instruit par Roger.

J’avais, jusqu’à ce jour, ignoré le nouveau transmetteur de pain artisanal. Frais un jour sur deux. Donc rassis un jour sur deux. (Même si d’archaïques techniques permettent de recréer une apparence de fraîcheur, comme de mouiller le pain puis de le passer au four.) Le personnage est, a priori, haut en couleurs. Bien que j’eusse fait profil bas lors de notre premier contact, j’ai remarqué chez lui une corsitude de bon aloi.

Jean-François et ses deux STO pergolatent chez les B. Une œuvre titanesque. Les trois pieds de vigne grimpante attendent que leur soit accordée l’autorisation d’enrouler leurs vrilles aux structures métalliques. Je doute qu’elles y parviennent cet été. Encore qu’à l’occasion de la Saint Roch il se produit parfois des miracles. Jean-François s’épuise dans cette tâche qu’il s’impose d’achever dès demain. Jeudi, il rejoindra le continent. Son absence me pèsera.

Hier soir, aux alentours de vingt heures, ils furent quatre à survoler le Village. Quatre Pélicans (Morse Taquin les dénomme ainsi) qui s’en retournaient à Marseille. Bruyants. Mais ô combien utiles dans la lutte contre les incendies de forêts. Morse Taquin m’apprend que le feu démarra sur les rives du Tavignani puis, poussé par un vent très violent, se rapprocha de Corti et mit en péril l’existence d’une trentaine de randonneurs et de baigneurs, lesquels furent secourus par les pompier lesquels disposaient, eux, d’hélicoptères. En ce début d’été, le maquis a déjà pris des couleurs qui s’apparentent à celles qui d’ordinaire prévalent vers la fin du mois d’août.

Je ne cesse de m’interroger sur les conséquences du Brexit. Dans mes rêves les plus insensés, j’interpelle Gilles et Jean-Guy. Je m’efforce de les convaincre d’engager des négociations avec David. J’essaie de leur expliquer l’intérêt qui serait celui de la Corse de renouer l’alliance avec la perfide Albion. Puisqu’il leur en faudra de nouveaux alliés à ces Grands Bretons qui ne sont désormais plus Européens. (Je tempère : moi-même, je ne suis plus Européen, du moins sous les formes junckéristes ou moscovichystes que la clique bruxelloise prétend m’imposer.) Une opportunité à saisir. En revenir à l’approche qui fut celle de Paoli. Donner une nouvelle tournure, un nouveau sens à l’Histoire. Quitte à ne plus considérer la France comme une puissance amie mais de la reléguer dans ses fonctions triviales, celles que se confère la puissance colonisatrice (ainsi que le démontre de bien belle manière le Vieux Sage dans In Corsica !).

Le temps des dérives. La une des Inrocks. Houelbecq rédacteur en chef de la plus récente édition (sauf confusion possible de ma part puisque je ne fis pas l’acquisition de ce numéro). Donc rédacteur en chef d’un hebdo qui se prétende de gauche, qui mélanchonise parfois. Un hebdo dont je m’éloigne, dont je ne fais éventuellement l’acquisition qu’après avoir pris le temps de consulter le sommaire. Je ne fréquente pas H. La « pensée » de ce petit homme me répugne. Si tant est que H exprimât une quelconque pensée qui ne s’inscrivît pas dans les courants de l’infamie. Mais H si utile, voire même indispensable, aux transfuseurs de la pensée dominante. Clone de LFC, avec les variantes contemporaines qui autorisent à opérer les transferts de l’antijudaïsme vers l’anti-islamisme. La politique éditoriale me permet de réaliser de substantielles économies.

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19 août 2016

Macronneries

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J’ai survécu.

Aux macronneries.

Dont la plus récente, celle qui explique mon long silence.

Un déménagement.

Quoi de plus banal qu’un déménagement ?

Même dans l’urgence.

Une opportunité s’étant présentée de s’installer dans un nouvel appartement.

Toujours à Montpellier.

Dans l’urgence, je suis parti à la recherche d’un professionnel authentifié et certifié.

J’ai accompli un jour de juillet ce qui s’accomplit désormais sur un mode instinctif : la gougueulante.

Laquelle s’avéra productive : une société nationale, parée d’une multitude de logos prestigieux, me confirma très vite qu’il était en son pouvoir de transférer sur deux kilomètres les quelques meubles que nous possédons, ma mie et moi, les engins électroménagers et la multitude des livres.

Un devis s’afficha.

L’affaire fut conclue en quelques clics.

Donc emballaisons préalables.

Puis l’attente.

L’attente du jour convenu en commun.

Sauf que « l’état d’urgence » bloqua, aux dires d’un anonyme correspondant, les camions en Teutonnie.

Vingt quatre heures de retard.

Puis l’arrivée tant espérée des forts à bras.

De fait, deux pieds nickelés, dans une configuration peu ordinaire : le propriétaire et chauffeur du camion était l’employé de son assistant.

Un camion vide de tous instruments utiles lors d’un déménagement : sangles, couvertures, etc.…

Rapide repérage des lieux.

Après quoi les deux pieds nickelés entrèrent en action.

Déconcertés car totalement ignorant de l’ampleur de leur tâche.

Au point qu’au bout de deux heures d’effort, l’employeur demanda à ma mie s’il existait à Montpellier un quartier où l’on vende des kebabs.

Ce quartier existant, ma mie l’y conduisit.

Il en revint trente minutes plus tard, après avoir fait l’acquisition de deux kebabs et recruté deux pieds nickelés désœuvrés.

Lesquels désertèrent au terme de la première heure de leur très provisoire et fort peu lucrative activité.

A ce point de mon récit, il est important de comprendre que les macronneries ordinaires facilitent les montages les plus insensés.

Les deux déménageurs qui nous furent affectés relevaient de « l’auto-entreprise », soit donc le cinquième ou sixième degré de la sous-traitance.

Privé de ses deux désœuvrés, l’employeur accepta la participation bénévole de deux de nos amis.

Ce qui lui permit d’achever sa mission à une heure certes indue mais cependant convenable en cette estivale saison.

Un jeu de massacre.

Le camion, propriété de son employé, ne contenant aucun des instruments de contenir les meubles et les quelques objets fragiles que nous possédons.

Très peu de temps avant que ne sonnent les douze coups de minuits, l’affaire prit une tournure désagréable : l’employeur réclama le paiement du solde du coût du déménagement avec deux chèques sans ordre.

Sans présenter de document provenant de la société mère, celle à laquelle j’avais réglé au préalable une conséquente caution.

Refus.

Menaces.

Intervention en direct d’une amie juriste.

Appel à l’assistance de la maréchaussée.

Repli stratégique de l’employeur et de son employé propriétaire du camion.

Une paix relative et un sommeil agité.

Voilà donc à quoi ressemble l’entreprise macronisée.

La course éperdue pour que gonflent les magots des Puissants.

Un laisser-aller généralisé.

Le racket.

 

Puisque j’évoque cet infiniment médiocre personnage, ancien torche-cul de riches banquiers, je vous dois l’aveu qu’un récent cliché mêlé à tant de fèces de boucs eut toutefois le don de m’arracher un sourire.

N’y voit-on pas le Bercyfleur, sur une plage basque, sa main gauche retenant la main droite de sa dulcinée, face à l’immensité océane, mais le regard rivé sur le bas-ventre d’un promeneur.

Un nudiste !

Le Bercyfleur venait enfin de découvrir qu’un homme, un mâle, est doté d’une verge.

 

Les Sauveurs Suprêmes se bousculent devant le portail que contrôle un ancien Mnéfieux à la mine patibulaire, rue de Solférino.

Benoîtement ou pas.

L’infantilisme récessif.

Terriblement primaire.

Mais qui réjouit tout de même les coglione et ce qu’il reste de carriéristes parmi les derniers hollandistes.

Quelques-uns prétendent même œuvrer à la réconciliation des gauches.

Alors qu’il n’existe plus de gauches.

Que ne subsistent que des avatars des droites.

 

Les François.

L’allégeance du Franchouillard à la vieille canaille vaticancaneuse.

Celle que quelques femmes vénèrent.

Oui, j’ai découvert cela parmi d’autres fèces de boucs.

Ce vieillard porté sur le siège de Saint Pierre par une assemblée composée exclusivement de vieux mâles empourprés et qui branlottent du chef.

Cet ancien ami de la soldatesque argentine qui laissa trucider quelques bonnes sœurs rebelles par d’infâmes généraux.

Il a beau jeu ce marchand d’illusion, dans la position qui est la sienne, de délivrer des messages d’amour et de paix.

C’est lorsque la soldatesque argentine massacrait à tout va qu’il aurait dû, en tant que pasteur déjà bien installé au sein de la corporation, tenir ce discours d’amour et de paix.

Et puis, bon, mesdames et chères féministes, combien de vos consœurs disposent du droit de participer à l’élection du Chef des Vaticancaneurs ?

Hein ?

 

 

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18 août 2016

Chroniques corses 2016 9

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Samedi 25 juin

 

Un immense catafalque. L’Europe se meurt. L’Europe est morte. Penchés sur son chevet, François, Angela et leurs pairs ânonnent les phrases des prières rituelles pendant que François, l’autre, la vieille canaille vaticancaneuse réquième en la Chapelle Sixtine.

Je fis ce matin l’acquisition en la Maison de la Presse d’Isula Rossa de la Jofrinette, du quotidien qui fut de référence et qui girouette désormais sous la direction d’un triumvirat de gauchistes repentis et de Morse Taquin. (Soit donc un débours de huit euros et soixante-dix centimes, une petite fortune pour un vieillard désargenté et qui de plus se targue de ne prêter qu’un très relatif intérêt à la chose politique.)

La Jofrinette larmoie. La Jofrinette bêtifie. La plume de Lolo peine à transcrire le vide abyssal des résidus de la pensée du néantissime directeur de la rédaction. Du vide jusqu’au néant, quelques chiures respectueuses des Puissants accolées à l’expression d’une foi aveugle en la capacité des Impuissants à ne rien entreprendre qui fût enfin en mesure de tourner le dos à des politiques tout autant criminelles qu’imbéciles.

L’Europe qui se meurt, l’Europe qui est morte n’est évidemment pas celle dont avaient rêvé les trop rares utopistes qui multiplièrent autrefois le recours aux mots sésame destinés à expliciter leur détermination à s’opposer aux forces du mal, des forces peu ou prou dépendantes du Capitalisme mortifère. Au fil des années, la construction européenne est devenue l’affaire exclusive de ceux qui avaient au préalable fait allégeance à ce Capitalisme. Si la situation n’était aujourd’hui à ce point dramatique, je ne contiendrais pas mes rires sardoniques consécutifs à mes furtives rencontres dans les trois quotidiens achetés ce matin. En premier lieu, l’odieux luxembourgeois qui préside aux destinées de la Commission, torche-cul des banquouilleurs, trafiquant notoire mais absout par ses compères. Mais aussi le Toni de sa si disgracieuse majesté britannique, spadassin qui à l’instar du teuton Schröder acheva la vieille machinerie socialiste et lui substitua une autre machinerie, prétendument moderniste, mise au point par les idéologues du néolibéralisme. Mais au-delà des mots dont font usage ces déjà moribonds, ce sont bien ceux qui parsèment les discours de celles et ceux qui gouvernent les plus influents des pays européens qui révèlent les causes de l’achèvement de l’Europe. Tel le Foutriquet de chez moi dont la médiocrité fait affront à l’intelligence et à la grandeur d’âme de quelques socialistes de l’autrefois. Jaurès et Brandt, entre autres. Petitesse, lâcheté, compromis honteux passés avec tous les diables qui peuplent son environnement.  Animé par le seul désir d’exercer le pouvoir. Myope, donc incapable d’entrevoir un avenir qui soit à la hauteur des nécessités du Bien Public. Menteur, hypocrite, ce Sganarelle s’agite sur les tréteaux de la société du spectacle afin de recueillir les applaudissements des crédules, des naïfs, des coglione. Avorton combinard, calculateur éhonté, résidu Enarchiant, il ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Mais il se drape d’une légitimité factice, une majorité de celles et ceux qui lui concédèrent leurs suffrages ayant compris depuis belle lurette qu’ils avaient confié les rênes du pouvoir à un affabulateur doublé d’un faux prophète.

Puis-je, en cette journée caniculaire, me réjouir de l’agonie de l’Europe ? Je fus tenté, je le concède, de multiplier les sarcasmes et de jouer trivialement avec les mots. Mais aux aurores de ce même jour sont parvenues jusqu’à moi des marinasseries que je ne puis feindre de considérer comme anecdotiques. La Fille à son Père se réjouit. Verbe que je récuse. La Fille à son Père clame sa satisfaction avec cette vigueur qui lui est coutumière, sa passion qu’elle entretient, le glaive dans la main droite, pour la nation. Donc me tenir à l’écart. Loin des ordures et des détritus. Très loin des faiseurs de désastres.

Depuis le Village, j’entrevois tout de même une possible sortie de crise. Du moins pour ce qui concerne la Corse. Une sortie paolinienne. L’alliance des deux peuples : le Corse et le Grand Breton. Deux forces conjuguées susceptibles de bouter hors de l’Île les représentants du peuple honni (bien qu’un peu ami), le peuple français. La soldatesque de sa si disgracieuse majesté britannique ne prouva-t-elle pas aux Malouines, en des temps pas si reculés que cela, son exceptionnelle capacité à anéantir ceux que Babeth désigna alors comme étant les ennemis de la Couronne ? Rêverie insensée, bien entendu, puisque Babeth et ses pairs s’entendent comme larrons en foire avec ceux qui se recueillent devant les catafalques tendus en toute hâte, une nuit de juin, entre Paris et Varsovie en passant par Berlin. Il me serait douloureux de chagriner le Vieux Sage, mais j’ai tout de même la certitude que l’anachronique puissance coloniale maintiendra tant qu’elle pourra, de Bastia à Ajaccio, ses gens d’armes, ses héroïques légionnaires loués par la presse collaborationniste, ses CRS surdoués dans le maniement des engins contondants. Alors que le pire est à venir : l’imminent séjour insulaire du Grand Chambellan et de son aréopage de Valets de l’Etat/Mère (un prochain séjour qu’ACC commente aujourd’hui même dans un insignifiant articulet). Un séjour qui bien évidemment contrarie déjà les rêveries d’émancipation que partagent Gilles et Jean-Guy et qui peinent l’un et l’autre à comprendre que l’Intransigeant Impur (mais tout de même Grand Chambellan) réaffirmera le statut colonial de la Corse. Pas la moindre concession à ces autonomistes/nationalistes dont les dérisoires convictions ne pèsent que de peu de poids aux yeux du jacobin endurci. Lequel se fait le Hérault d’une France une et indivisible.

Dans l’immédiat, Gilles et Jean-Guy poursuivent leur quête des picaillons nécessaires à l’équilibre des comptes de la CTC. Un certain Noël Kruslin, Tapissier émérite, leur suggère quelques pistes parmi celles qui sinuent dans les contrées immaculées de la montagne corse. « Ces espaces remarquables que le visiteur paye si peu. » Par saint Antoine, le plumitif met la main sur la poule aux œufs d’or ! Ce Paltoquet suggère innocemment de taxer toujours plus le touriste qualifié par lui-même de « visiteur » (et illustré par un cliché quadricomique qui offre à voir une Vierge extatique vers laquelle s’élancent deux curetons engoupillonnés, le tout sous le regard de quelques ébahis). Une taxation qui remplirait de picaillons les cassettes que gèrent de concert Gilles et Jean-Guy. Prélevée à l’entrée d’un sentier, au pied d’une cascade, devant une ânesse sanctifiée. Sauf que le touriste/visiteur subit, je l’ai déjà précisé, des rançonnements aussi divers que variés pour accéder au droit de séjourner sur l’Île. Passe encore pour les très riches, les qui ont le cul cousu d’or : ceux-là dépensent sans compter les fortunes mal acquises dont ils font étalage dans quelques recoins à eux seuls réservés (et sur lesquels veillent quelques braves et honnêtes autochtones). Mais les autres, tous les autres ? Ceux que je croise tous les jours, qui sont à ma ressemblance ? Ceux qui s’en viennent du Poitou ou du Dauphiné, de Teutonnie ou du pays des Grands Bretons ? Ceux qui comptent sous après sou ? Une traversée. Une location ou un gîte. La benzine. La nourriture. Les quelques bienfaits que ces étrangers s’accordent durant leurs (courtes) vacances. Le verre de Casanis, le demi de Pietra ou les deux boules de glace à la châtaigne. Et donc, pour agrémenter le tout, la taxe pour emprunter un sentier de la Restonica, après avoir abandonné quatre ou cinq euros à un placier mal-aimable pour le stationnement de l’automobile familiale. Il n’est point de limites, selon le Tapissier de service, au rançonnement. Les rues des villes et des villages. Les parvis des églises. Les vitrines des coutelleries. Le regard porté sur la terrasse d’un bar. Le grain de sable qui restera collé à mon vieux cul. Que sais-je d’autre ?

 

 

 

Dimanche 26 juin

 

Belgudé. Café de la Paix. Qui côtoie le Café de France. Paradoxes corses. Paradoxes corses. Ou du moins qui caractérisent quelques corses, ceux qui s’exaltent encore pour la cause nationale, mais qui applaudissent et s’enthousiasment devant les exploits (ou prétendus tels) des danseuses légères richement rétribuées pour courir aux trousses d’un ballon sans doute assemblé au Viet Nam ou au Bengladesh par des gosses de sept ou huit ans auxquels Adidas (ou l’un de ses compères) concède chaque jour l’euro symbolique (plus qu’humanitaire). Je persévère. Café de la Paix contre Café de France. Stefan plutôt que je ne sais quelle serveuse. Le drapeau à tête de Maure plutôt que le drapeau tricolore. Même et surtout si dernier rassemble ders foules exaltées par un autre nationalisme, lesquels refusent de voir le sport qu’ils vénèrent pour autre chose que ce qu’il est : une vaste et démoniaque entreprise d’aliénation.

Quelques verres de Casanis. Chez Eugène. A l’heure où s’annonce le crépuscule. Souvenirs d’un temps forclos. Reflets de celles et de ceux qui furent mais qui ne sont plus, aujourd’hui, que des noms gravés sur des plaques de marbre, des noms et des prénoms, l’année de la naissance et l’année du décès. Reflets auxquels j’ai concouru, auxquels je concours encore. Sauf que le Village de ce mois de juin 2016 ne ressemble plus à ce qu’il fut, que ceux qui l’habitent encore vivent et se comportent comme l’immense majorité de leurs concitoyens, insulaires ou continentaux. Le repli sur soi. L’indifférence. L’enfermement volontaire dans les prisons de la virtualité. Finis les rassemblements vespéraux des joueurs de pétanque. Terminé le passage matutinal du boulanger qui rassemblait, hormis les jours de pluie, si peu nombreux en Corse, quelques causeuses et causeurs. Portes closes. Murmures confondus des téléviseurs. Cette fallacieuse certitude dont se parent ceux qui se croient riches de l’être plus encore, dès qu’auront été vendus à d’autres corses ou, et plus probablement, à des « étrangers » infiniment plus riches qu’eux des biens familiaux hors d’âge au sein desquels s’effaceront très vite les ultimes souvenirs. Les souvenirs de celles et ceux qui ne sont plus que noms et prénoms gravés sur des plaques de marbre.

Je ne crois pas que la Corse ait jamais vécu un quelconque âge d’or. J’ai la quasi certitude qu’elle n’a jamais vécu d’ère de prospérité. Mais depuis que je la fréquente, j’y ai rencontré des hommes et des femmes qui vivaient ensemble, solidaires dès que l’urgence le commandait. Sans doute soumis à l’omnipotence du Maître du Clan, entravés, asservis peut-être. Mais ayant tout de même conscience d’appartenir à une classe sociale, celle des prolétaires paysans qui vendaient leur force de travail à ces Maîtres-là. Le repli, l’enfermement d’aujourd’hui, l’acceptation et la soumission à des valeurs qui conjuguent l’archaïsme et une modernité frelatée laissent entrevoir des lendemains douloureux. A moins que ceux qui remportèrent les récentes élections régionales, ceux qui ont peut-être mis en mouvement un processus de rupture avec les pratiques claniques, à moins que ceux-là n’affrontent et ne tentent de résoudre les vraies questions politiques, celles du droit du Peuple Corse de définir les modalités de son cheminement qui ne se réduira pas à la perception du reflet mortifère qu’offre a voir le miroir tendu par les Puissants et leurs Obligés, celui de « l’industrie touristique ». Lorsque j’observe depuis les hauteurs de Monticellu le développement urbain d’Isula Rossa, je me dis que la tâche est ardue, tant il me paraît évident que les vrais pouvoirs se concentrent dans les mains des bétonneurs. Lesquels ne bâtissent évidemment pas pour les gens d’ici mais pour une poignée d’accapareurs dont les sinistres appartements sont occupés, au mieux, quatre mois l’an. Ceux-là gavent les corses d’illusions. Je ne suis pas certain que Gilles et Jean-Guy soient prêts à fracasser le miroir. Et je m’inquiète de savoir si le Grand Chambellan ne parviendra pas à les convaincre d’y rajouter une couche de tain afin que s’accroissent encore un peu plus les illusions.

25 juillet 2016

Chroniques corses 2016 8

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Jeudi 23 juin

 

Une guerre impitoyable. Incessante. Les cohortes volantes toujours renouvelées qui ne visent qu’un unique objectif : moi-même. Moi-même qui me suis résolu à mener de sanglantes contre-offensives. Sanglantes puisque le cadavre du moustique écrasé par une main vengeresse sur le mur jusqu’alors immaculé y écrit de mon sang le terme de son existence. Ce qui ne me suffit évidemment pas pour vaincre les hordes stridulantes. Ce qui m’a convaincu de disposer dans chacune des pièces que nous fréquentons, moi-même, mon épousée, ma fille, P’tit Bout et Jules les armes chimiques les plus sophistiquées. Des armes dont l’usage est certes interdit par les conventions internationales, condamné par l’ONU et même par le Roi François, mais qui restent les seules (à ma connaissance) qui soient en mesure de me permettre de vivre des nuits paisibles. Ou à peu près paisibles, car quelques-unes de ces bestioles font preuve d’une résistance hors du commun à des produits grâce auxquels nos amis américains exterminèrent des flopées de vietcongs communistes. De la salle de bain jusqu’au séjour en passant par les chambres et part la cuisine, les cadavres de mes ennemis jonchent désormais le sol, cadavres que récupèrent l’aspirateur domestique et dont je suppose qu’ils pourriront ensuite dans l’une ou l’autre des déchetteries qui jalonnent les chemins bucoliques qu’empruntent des touristes qui n’avaient pas imaginé que la Corse puisse ressembler à une vaste et intermittente poubelle à ciel ouvert.

Oui, car Ségolène n’a toujours rien résolu de ce qu’elle s’était engagée à résoudre. A savoir, et dans l’urgence absolue, la question des ordures ménagères. Des ordures dont aucun édile ne veut sur le territoire de la commune dont la gestion lui fut confiée par les électeurs. Ni fosses communes ni funérarium. Au point que certains, cernés de détritus nauséabonds, envisageraient le transfert des déchets sur le continent. (J’ai peut-être lu un peu hâtivement quelques-uns des articles que Morse Taquin consacre à cette question ?) Des barrages s’érigent au beau milieu des routes qui conduisent vers les lieux où s’accumule tout ce que corses et touristes, dans un même élan, abandonnent dans les containers multicolores. (Ceux du Village – dont je fais un parcimonieux usage – ont subi tant et tant d’avanies que je pressens leur ruine imminente.)

Isula Rossa somnole. Engourdie. Caniculée. Malgré l’accostage matutinal du Monte de Oro, archaïque rafiot, ridiculement archaïque lorsqu’on prend le temps de le comparer au Mastodonte de CORSICA FERRIES qui vomit puis ingurgite anciens et nouveaux passagers en moins de quarante-cinq minutes. Une course contre la montre durant laquelle tout le personnel est réquisitionné. Déféquer tous les véhicules sortants tout en gobant les véhicules rentrants. Aucun répit. Business is business. Le passager n’est considéré, au mieux, que comme un cochon de payant. Donc l’engourdissement pré-estival d’Isula Rossa. Jusqu’à la terrasse du café des Platanes qui ne fait pas le plein. Là où je savoure mes deux petits noirs tout en feuilletant Morse Taquin. Morse Taquin qui m’apprend qu’ici même, en Balagne, un couple fut embastillé par les flics de la PJ. Motif : ces deux anonymes entreposaient quatre cent vingt grammes de cocaïne et huit cachets d’ecstasy. Crime abominable, injustifiable, pour lequel les deux prévenus ne méritent rien d’autre qu’un très long exil à Cayenne (je milite désormais pour la réouverture du bagne). Les faits d’été occupent une pleine page dans le quotidien qui fait Tapisserie prioritaire sur l’étal de la Maison de la Presse. Détournement d’argent public, abus de biens sociaux, extorsion de fonds, une seconde histoire de stupéfiants (dans le Sud cette fois, sans doute pour faire bonne mesure). Inimaginable. Inconcevable. J’en restai pantois.

(Je précise à l’intention des quelques esprits malveillants qui fréquentent mon blog que je n’eus point recours aux cachets d’ecstasy pour apaiser les souffrances que m’infligent les moustiques mais au très ordinaire paracétamol – vendu également dans les pharmacies militaires – dosé à un gramme le comprimé !)

Morse Taquin évoquera-t-il demain la grève qui affecte aujourd’hui même la Poste d’Isula Rossa ? Une grève qui se greffe au mouvement global dont l’Intransigeant clame qu’elle déshonore la France. Sans que son regard soit en mesure de se déciller et donc de découvrir que les multiples salissures consécutives à ses pratiques politiques parsèment déjà les pages paraît-il autrefois immaculées des livres qui narrent l’Histoire du pays où, je le mentionne une fois encore, je ne naquis que par hasard. Cet ancien et médiocre étudiant se range-t-il dans la catégorie des individus indélicats qui lorsqu’ils fréquentent les toilettes collectives privées de papier hygiénique écrivent sur les murs en usant de leur index leurs slogans les plus obscènes ? Mes pensées vont à Gilles et à Jean-Guy qui feront assaut de civilités dans quelques jours devant ce personnage étriqué et sentencieux. Puisqu’en politique, le paraître surpasse (presque) toujours l’être.

 

 

Vendredi 24 juin

 

A peine extirpé du sommeil, gratouillant encore au niveau du poignet droit des pustules vieilles de deux ou trois jours (mais si fier de la victoire totale remportée sur la gente mousticante), je n’avais prêté aucune attention aux tchitchis que scandait Rhinossoti installé sur la partie dextre de la branche horizontale du crucifix qui surplombe le dôme de l’église.  L’heure du petit-déjeuner. La préparation d’une tasse de café. La tartinaison de six tranches de pain grillé. « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », prétendit le Poète. Tout en me livrant à mes activités pré-culinaires, je me tressai toutefois de virtuelles couronnes de lauriers pendant que je cheminais sous chacune des voûtes qui conduisent de la cuisine au salon. Sauf que l’agitation matutinale de Rhinossoti, observée depuis le fenestron qui surplombe l’évier, me parut comme inappropriée, étrangère aux comportements ordinaires de ce volatile qui se prétend royal (bien qu’il lui advienne de fuir comme un couard les assauts vindicatifs d’une corneille). J’entrouvris donc le dit fenestron. Le discours itératif de Rhinossoti me devint alors compréhensible. D’autant mieux compréhensible que je convainquis aussitôt de rester branché, via le crucifix métallique, à la radio de l’information elle-même itérative. (Rhinossoti évite le dit crucifix les jours de grève, lorsque « certaines catégories de personnels » interrompent la pourtant vitale lecture des bulletins d’information accomplie par des valets et des passe-plats soumis au bon vouloir du Grand Manitou qui régente leur boutique, mon cher Milan ne supportant pas les programmations musicales imposées par les « parasites sociaux » grassement rétribués sur les deniers versés au titre de la redevance audiovisuelle.) « Mon Ami, mon Maître, mon Inspirateur ! Avez-vous oui l’information qui me parvint cette nuit ? » « Que nenni, mon cher voisin ! » « M’enfin, mon Ami, mon Maître, mon Inspirateur ! Vous qui m’enseignâtes le Politique infiniment mieux que jamais ne le fit Popaul ! (NB/Je luis avais lu, lors de mon précédent séjour, deux ou trois contributions libellées par Edwy Pleynel.) Le référendum au pays des Grands Bretons… » « Eh bien, dites-moi, mon cher voisin ? » « Stupéfiant, mon Ami, mon Maître, mon Inspirateur ! Les grands Bretons ne sont plus européens ! »

Par les mannes de saint Antoine, j’avais perdu de vue cette consultation populaire au terme de laquelle la resplendissante nation sur laquelle règne Bébeth, sa si disgracieuse majesté britannique, déciderait d’un avenir dont tout me porte à penser qu’il ne sera guère différent de son passé. Les voix des Peuples ne s’écoutent guère du côté des Puissants. Que ces voix fussent contraires ou conformes, les dits Puissants s’accommodent de toutes les circonstances, qu’elles leurs soient favorables ou non. En l’occurrence, et pour ce qui concerne le pays des Grands Bretons, le divorce par un Peuple infiniment plus souverain que Bébeth, la souveraine.

Les premiers commentaires entendus ce matin m’ont confirmé de mes jugements : la société des Médiatouilleurs s’apparente à un troupeau d’autruches aux têtes enfouies dans le sable des dunes de la côte d’Opale. Aveuglement. Crétinerie. Servilité. Ces faiseurs d’opinions n’expriment que le plus petit dénominateur politique commun, celui qui est conforme aux exigences de leurs Maîtres. Surtout, oui, surtout ne pas soulever le voile, ce qui laisserait entrevoir à l’opinion publique les lourdes et sombres nuées qui s’amoncellent dans le ciel de cette malheureuse Europe que les Puissants ont transformée en machinerie destinée à ne servir que leurs intérêts égoïstes.

Le divorce décrété hier par une majorité de Grands Bretons intervient après tant d’épisodes électoraux que les Maîtres de l’Europe, du haut de leur suffisance, considérèrent comme négligeables. En Autriche. En Pologne. En Hongrie. En Slovaquie. Jusque dans les pays scandinaves qu’ils prétendaient définitivement apaisés et qu’ils érigèrent en modèles. Et même en Allemagne où renaissent des mouvements nationalistes et xénophobes. En Italie. Dans les pays lettons. Et jusqu’en ce beau pays de France où prospèrent avant de prochaines épousailles la droite extrême de Nicolas et l’extrême droite de Marine. Sont-ils à ce point malentendants les Puissants qui gouvernent l’Europe pour ne pas entendre les rengaines nationalistes beuglées à tue-tête par les imposantes chorales inféodées aux cliques capitalistes ? Ou sont-ils déjà leurs complices honteux mais consentants ?

Il n’est plus question de péril. D’un péril diffus. Susceptible de se concrétiser dans un lointain avenir. Mais contenable, donc fréquentable, donc convenable. La catastrophe est imminente. Les nationalismes s’exacerbent. Et les destinées de l’Europe sont confiées à des individus prêts à s’accommoder du pire. Des spadassins sans scrupules, des carriéristes rivés au dogme néolibéral, qui méprisent les Peuples, des tueurs au sang froid, des canailles qui ont perdu de vue les effroyables, les terrifiants conflits qui transformèrent l’Europe, au cours du siècle qui vient de s’achever, en d’immenses charniers. La clique des sans légitimité démocratique n’a d’autre vision politique que celle que lui dictent les Médéfieux et les Banquouilleurs Associés. Ils dilapident le peu qui subsistait du vieux rêve européen. Ils ont poussé l’obscénité jusqu’à placer à la tête de leur pyramide l’être le plus abject issu de cette engeance à l’autorité de laquelle se soumet le Parlement qui siège tantôt à Bruxelles, tantôt à Strasbourg, un Parlement constitué d’hommes et de femmes auxquels chacun des Peuples du continent avait pourtant confié mandat de construire un avenir de paix, de fraternité, de solidarité.

Le Brexit n’est pas un accident de parcours que les historiens relègueront dans vingt ou trente ans parmi les pages annexes des manuels. Le Brexit est le révélateur le plus récent, le plus immédiat d’une crise dont les conséquences seront dramatiques s’il ne lui pas apporté dans le très court terme les remèdes les plus énergiques. Il est urgent d’en finir avec les oligarchies, la ploutocratie, la voyoucratie qui se sont accaparé les prérogatives qui n’appartiennent, dans des démocraties dignes de ce nom, qu’aux Peuples Souverains. Cette nuit, le tocsin a sonné à Londres et dans tant de cités britanniques. Comme une réplique à celui qui sonna sur Vienne et Salzbourg, sur Budapest, sur Varsovie. L’Europe se déchire. L’Europe se meurt. L’inertie ne peut que la conduire à s’entredéchirer.

Les questions « corses » sont reléguées au second plan. ACC bafouille quelques phrases sur la réunion de la CTC. Un cliché quadricomique laisse deviner la perplexité de Popaul ? Les eaux bleues et si claires d’Algajola sauront-elles apaiser mes tourments ?