Comédies

20 avril 2017

Goujon

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Camarade goujon…

Des esprits mal intentionnés font courir d’insidieuses rumeurs.

Voilà que l’on (pronom imbécile) me prête l’intention, lors de ce prochain dimanche, d’exhumer de mes vieilleries la canne à pêche dont feu Edouard Blanchemanche m’avait fait cadeau le jour de mes six ans.

Et pour quel usage ?

Te taquiner, sur la rive gauche de la Meuse, au sortir du dernier méandre qui précède la ruée quasiment héroïque du fleuve jusqu’alors si indolent dans son cheminement vers le plat pays puis son enlisement fatal dans les sables des contrées flamingantes.

Toi que j’ai fréquenté lors des rares journées estivales, en ce pays d’Ardenne où je serais désormais considéré comme un étranger, voire même un renégat s’il m’advenait l’idée saugrenue ne serait-ce que de faire étape en la gare de Charleville (d’où je partis, l’année de mes dix-huit ans, à la conquête du monde…).

Les pieds dans l’eau d’une modeste crique cernée de joncs et de nénuphars (la côté bucolique des nénuphars me sied), je t’attendais.

Jamais très longtemps, je t’en dois l’aveu.

Ta curiosité se conjuguait à la mienne.

Quelques minutes à peine, et tu surgissais, accompagné de quelques-uns de tes congénères, d’un amas de racines de nénuphars.

Mine de rien tu fouissais parmi les cailloux sous lesquels se dissimulait ta pitance, te rapprochant peu à peu de mes mollets inertes (j’ignorais alors que le Mollet était une matière effectivement inerte), avant de les effleurer de ce que j’appelais tes moustaches et de les picorer en usant de tes deux lèvres dont il est évident que la gourmandise constituait leur caractéristique majeure.

Les consignes d’Edouard Blanchemanche (feu mon grand-père) ne supportaient aucune contestation.

INTERDICTION FORMELLE DE PÊCHER LE GOUJON (témoin de la bonne santé sanitaire des eaux du fleuve).

Va pour les ablettes, les gardons, et même les anguilles, poissons de basse extraction que feue Juliette Blanchemanche, ma grand-mère, refusait de cuisiner et qu’elle destinait aux matous de la maisonnée lorsque ma pêche avait été fructueuse.

Ce qu’elle fut parfois.

Je suppose, camarade goujon, que tu n’as pas survécu à toutes les abominations qu’eut à subir la Meuse.

Ni toi ni tes congénères.

Mais il me plaît d’imaginer que ton fantôme surgit encore, septante ans plus tard, de sous les racines entremêlées des nénuphars.

Si tant est, bien évidemment, qu’il y eut encore (qu’il y eut jamais eu ?) de nénuphars au creux de cette crique où feux Edouard et Juliette Blanchemanche, mes aïeux, m’autorisaient à accrocher un asticot à un hameçon dans la mesure où je restais à portée de leurs regards autant conjoints que vigilants, applaudissant même lorsqu’un poisson de basse extraction daignait se laisser prendre à ce piège grossier (mais parfois efficace).

Camarade goujon, ce prochain dimanche qui est jour de l’avilissement volontaire de tout un Peuple, je n’exhumerai pas de mes vieilleries la canne à pêche dont feu Edouard Blanchemanche me fit cadeau le jour de mes six ans.

Je ne m’en viendrai donc pas te taquiner en cette critique où nous fîmes connaissance en 1948 (si mes calculs sont exacts).

Non que je ne ressente pas l’envie d’immerger mes vieux et cacochymes mollets poilus dans les eaux du fleuve qui meurt flamingant bien qu’il eût de vosgiennes origines (ou quasiment telles, puisqu’il semble qu’il naisse à Pouilly-en-Bassigny, du côté du plateau de Langres).

(Meuse, puis Moûse chez les Wallons, et enfin Mass chez les flamingants !)

Sauf que là-haut m’attendent beaucoup trop de fantômes.

Ce prochain dimanche, je m’absenterai de tout.

Confiné sur mon grabat, je me lancerai à l’assaut de la Montagne Magique (en cette traduction nouvelle et dépoussiérée que vient de publier l’éditeur Fayard).

Un assaut paisible, loin des foules agitées par de sulfureuses et donc obscènes obsessions.

Etranger aux Veauteries.

Cerné jusqu’à la nausée par des monceaux de Veaumissements, je choisis l’exil en mon propre pays.

Qui n’est mien que par hasard, je le rappelle.

(Le goujon lui-même jamais ne revendiqua pas une quelconque appartenance à une communauté nationale ; il est goujon, et cela lui suffit amplement.)

 

Pace e Salute !

 

 

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18 avril 2017

Etouffaison

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Je n’en peux plus…

A mon âge, devoir subir les poursuites des bestioles renifleuses même pas dressées pour « percevoir » ce qui remplit votre besace.

A savoir, et pour ce qui me concerne, sept livres empruntés à la médiathèque.

Deux bestioles renifleuses à l’entrée du temple de la consommation qu’il me faut traverser lorsque je préfère m’en tenir à mon statut de piéton plutôt que de trouver un aléatoire refuge dans une rame du tram.

Deux bestioles renifleuses à la sortie.

A quoi se greffe la bestiole renifleuse médiatouillante, salariée d’une entreprise d’insécurisation morale et intellectuelle.
Chez Mimile.

La Médiathèque.

Là où règne un Ci-Devant.

Lequel Ci-Devant, plutôt que de faire confiance au personnel de service public qui officie en son établissement, achète avec l’argent des contribuables les talents primaires des personnels d’une officine spécialisée dans le reniflage.

« Plan Virgile Pirate », explique-t-on au vieillard mal embouché qui ne supporte plus ces infâmants contrôles.

Un vieillard qui ne transporte rien d’autre que ce qu’il emprunta chez Mimile trois semaines auparavant.

Mais qui, puisqu’il est un terroriste potentiel, est d’abord suspecté de cacher dans sa besace de quoi faire sauter le Temple de la Culture.

Sept livres.

Sept bombes « maison ».

Une bestiole renifleuse.

L’insécurité permanente.

L’angoisse et la peur transfusables.

Afin de réduire le citoyen/lecteur à l’état de cloporte.

La bestiole renifleuse accomplit la mission (pour laquelle elle est sans aucun doute fort mal rétribuée).

Fort bien.

Chacun survit non pas comme il l’entend mais comme il le peut.

Mais l’usage que font de ce prolétaire qui s’ignore ses Maîtres (qui sont les prétendus Puissants) est un gage donné à ceux qui préconisent l’étouffement des libertés individuelles et collectives.

Il est, à l’insu de son plein gré, la négation de l’Intelligence.

Laquelle Intelligence n’est pas supportable pour les tenants d’un Ordre Nouveau dont les territoires ne cessent de s’étendre.

J’étouffe.

Ce monde en voie de fascisation n’est pas fait pour moi.

14 avril 2017

Zombie

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La résurrection de Papy Léon.

Sous les oripeaux de Georges (de Villejuif).

La pierre tombale soulevée.

Le zombie marche sur les eaux du Lez.

Le fantôme s’adresse aux foules insoumises.

Ici, à Montpellier.

Prodigieux, non ?

Je tempère.

Les affiches apposées sur mon matutinal trajet évoquent un hologramme.

Mot auquel je préfère ceux de fantôme ou de zombie.

Les foules insoumises en proie à l’extase.

Si peu conscientes que l’insoumission n’est pas compatible avec l’adoration (ou culte de la personnalité).

Mais à ce stade de la dégénérescence de la gauche, nul n’est plus à une contradiction près.

On s’insoumet tout en se soumettant au nouveau Guide.

Je ricane en ma barbe renaissante.

Les bribes des agitations qui parviennent jusqu’à moi réveillent les souvenirs d’une autre campagne, présidentielle elle aussi.

Voilà tout juste trente six ans.

Le camarade Georges, si peu différent du camarade Santerre.

Bien que de tout temps, le gauchisme eût toujours été la maladie infantile du communisme.

L’annexion inversée.

L’OCI a pris le pas sur le PCF.

Mais il est vrai que le camarade Santerre a mis lui aussi beaucoup d’eau dans son bol de vodka.

Il s’est même livré au maniement de l’équerre et du compas, ce qui lui a permis d’obtenir l’indispensable certificat d’honorabilité, celui qui lui conféra le droit de s’autoproclamer candidat au Trône.

Cette farce est étrangère à mes rêves.

J’abdique.

Je renonce.

Je confirme mon irrévocable abstention.

 

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13 avril 2017

Cambacérès

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Le drame fut évité de peu.

L’élite intellectuelle montpelliéraine a survécu.

J’imaginais hier, sur la foi d’informations tronquées publiées dans La Bayletterie, l’infernal brasier.

Le Gazouillant Pierrot, le Rossignol Déplumé et toutes leurs couvaisons  grillant plus que rôtissant au cœur du brasier, sous le regard éberlué des badauds.

Dans les étages de l’immeuble qui héberge en son rez-de-chaussée et ses caves le café des riches.

Là où le brasier produisit une multitude de cendres délétères susceptibles d’empoisonner toute la basse cour et son voisinage.

Sauf qu’à l’heure matinale à laquelle il amorça son inexorable cheminement, le Gazouillant Pierrot, le Rossignol Déplumé et toutes leurs couvaisons dormaient du sommeil du juste, chacun et chacune dans son chez soi.

Je me réjouis donc d’apprendre que l’élite intellectuelle montpelliéraine est toujours en mesure de sévir.

Elle nous accordera lors des prochaines semaines, j’en suis convaincu, de pertinentes et déontologiquement irréprochables analyses sur les scrutins dont les prémices réjouissent tant les défaiseurs d’opinions.

Je manque en effet de repères.

Qu’en est-il de la main mise qu’effectua l’Hercule des Foires Electorales sur le clan des néo-convertis au culte macroniste ?

Qu’en est-il du destin politique d’Anne Yvonne, trahie et flouée (semble-t-il ?) par le Grand Métropolitain ?

Lequel Farfadet courbette devant le présumé futur Monarque avec l’ambition même pas dissimulée d’occuper, place Beau Veau, les fonctions de ministre des argousins !

Une responsabilité qui lui reviendrait de plein droit, puisqu’elle fut autrefois occupée par Cambacérès, personnage mythique dont notre virevoltant manieur de l’équerre et du compas s’est proclamé biographe attitré.

Cambacérès, enfant de Montpellier et bras droit de Napoléon Bonaparte.

Cambacérès qui plaida dès 1799 auprès du Premier Consul pour le rétablissement de l’esclavage.

Une proximité « idéologique » qui me donne des frissons dans le dos.

Surtout dans ce monde du tout est possible !

12 avril 2017

Animal humain

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L’animal humain de souche française me déconcerte.

A un point tel que je ne me hasarde plus à reprocher au Général aux bras si longs de l’avoir qualifié, voilà cinquante ans, de veau.

L’animal humain de souche française qui donc est possiblement un veau se soumet sans rechigner à des volontés qui lui sont étrangères.

Plus encore : il se résigne à subir, y compris jusque dans son sommeil, la longe qui le maintient solidement attaché au pilier central érigé par la société dont il consent à n’être plus qu’un reflet.

Je l’observe lors de ses cheminements au cœur de la Cité.

Puisqu’il s’est urbanisé.

Son regard ne quitte plus l’objet que ses Maîtres ont greffé à l’extrêmité de la longe, une sorte de cadran lumineux, une machinerie électronicante dont je subodore qu’elle lui signifie, à chaque instant, ce que doit être son comportement.

Il ne voit plus ses semblables.

Peut-être fut-il privé précocement de cette faculté là ?

Mais c’est lui qui, tout de même, dispose du droit de participer à cette Farce que ses Maîtres appellent « Election ».

L’Election du Roi de la Raie Publique.

Farce triviale au terme de laquelle il ne résultera que regrets et amertume.

Pour chacun des veaux, bien entendu.

L’électronicante machine le harcèle et le persuade de déposer dans une urne, un de ces prochains dimanches d’avril, un bulletin portant le nom de l’un ou l’autre des onze candidats.

Les Postulants.

Des Marionnettes réduites à faire de la figuration.

Mais dont les discours enfiévrés simulent d’improbables orgasmes.

L’essentiel se joue en effet ailleurs que sur les tréteaux branlants où ces objets politiques se donnent à voir.

Dans les coulisses, les sous-sols, les cabinets même pas secrets.

Sans que personne ne se préoccupe de la lente et inexorable agonie de Dame Démocratie.

Qui se déroule pourtant sous leurs yeux.

Leurs yeux qui ne voient pas.

Quand la Bête Immonde a déjà entrepris de dévorer la charogne.

L’indifférence conjuguée à l’aveuglement et à l’imbécillité.

Toute honte bue, la reproduction, mot pour mot, des discours concoctés par les Valets des Maîtres, les plumitifs dévoués et serviles.

Les envolées bellicistes.

Les falsifications.

Au nom de valeurs à ce point abîmées, défigurées, méconnaissables, qu’il m’advient de me demander ce que le Veau qui les écoute et qui opine a bien pu retenir des pires moments de l’Histoire du pays où je ne naquis que par hasard.

Puisque le pire est à notre porte.
Mais qu’il est plus commode, et sans doute plus rassurant, d’ignorer sa proximité.

Posté par Palavazouilleux à 14:36 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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