150f046_d2_-rKzFq2i91rF1AHH_U1N0

(Source: Le Monde)

 

 

Le mois de mes quinze ans.

Juin 1957.

La mort de Maurice Audin.

Assassiné, martyrisé par la soldatesque franchouillarde placée sous les ordres de l’ignoble Massu.

Torturé.

Henri Alleg en témoigna dans « La Question ».

La mort d’un jeune homme de vingt-cinq ans.

Le mois de mes quinze ans.

Juin 1957.

Je rends grâce à ceux qui éveillèrent ma conscience en ces années du déshonneur de cette France gouvernée par des socialistes (et par un individu qui n’avait pas encore entrepris la conquête du Parti Socialiste).

Guy Mollet, premier ministre.

François Mitterrand, ministre de la justice.

Max Lejeune, ministre des armées.

Gaston Defferre, ministre des « Outre-Mer ».

Entre autres.

Je rends grâce à ceux qui guidèrent mes pas en ces années des ténèbres, au cours de cette guerre dont ceux qui gouvernaient la France niaient la réalité.

Ces individus sans foi ni loi qui s’accordèrent les pleins pouvoirs et concédèrent au parachutiste Massu la mission de faire régner la Terreur au cœur de la ville d’Alger.

Les voilà les vrais assassins de Maurice Audin, un jeune homme de vingt-cinq ans qui avait eu l’inconvenance, outre le fait d’être un brillant mathématicien en devenir, de combattre le colonialisme franchouillard avec les seules armes de la politique, donc de l’intelligence.

Une belle jeunesse anéantie en ce mois de mes quinze ans à moi, moi qui peinais alors à comprendre la nature réelle d’une guerre qui en ces temps-là n’avait pas de nom.

Les jeunesses qui l’accompagnaient abîmées, endolories, à tout jamais blessées et donc quelque part torturées elles aussi.

Josiane Audin, La compagne de Maurice.

Leurs trois enfants.

Dont Michèle qui, voici quelques années, laissa une trace, un livre intitulé « Une vie brève » (Gallimard, 2012)..

« Les derniers mots qu’il dit à ma mère, lorsque les parachutistes l’emmenèrent, furent : Occupe-toi des enfants ». C’était le mardi 11 juin.

Les derniers mots qu’il dit à Henri Alleg, lorsque les tortionnaires les mirent face à face furent : « C’est dur, Henri. » C’était le mercredi 12 juin.

On sait qu’il a parlé ensuite avec Georges Hadjadj, et d’autres prisonniers, mais les mots exacts qu’il a dits, on ne les connait pas, la date non plus. »

Et puis, juste après :

C’est dans un immeuble en construction de ce qui s’appelait l’avenue Georges-Clémenceau, et qui porte aujourd’hui le nom d’Ali Khodja, à El-Biar, que les parachutistes torturaient. Aussitôt après que le médecin qui avait soigné Paul Caballero, ils s’étaient précipités chez nous. C’est là aussi qu’ils l’ont emmené, torturé et tué.

Plus tard, c’est-à-dire longtemps après que j’ai su qu’il s’agissait d’un immeuble en construction, j’ai appris que ce que l’on appelle « Drancy », un camps où beaucoup de Français juifs ont attendu le train pour Auschwitz, était aussi un groupe d’immeubles en construction. »

La colère ne cesse de me submerger.