sabines david

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La femme enfin libérée des chaînes que le mâle lui inflige !

Carmen révolvérise Don José.

Ce que Bizet n’avait évidemment pas imaginé.

Ce crétin conformiste de Bizet, et tous ces crétins conformistes qui mirent en scène son opéra sans jamais réfléchir à la portée pourtant symbolique de sa conclusion : Carmen trucidée par Don José.

L’insupportable, l’odieuse image à laquelle ont pourtant applaudi des centaines de milliers (peut-être même des millions ?) de coglione.

(Dont moi-même, pourtant gavé de marxisme libérateur dès mes plus jeunes années.)

Je souscris sans la moindre réserve à l’engagement féministe de cet italien dont la géniale idée devrait faire école.

A moins de récuser toute défense du féminisme.

Au terme d’une trop longue nuit orageuse (au sens céleste de la chose), une nuit peuplée de réflexions plus idéologiques les unes que les autres, j’émets d’ores et déjà des vœux assimilables à des exigences.

Je n’en cite qu’une.

A titre d’exemple.

La destruction du tableau de David, « L’enlèvement des Sabines » (sa version était jusqu’à cette nuit de tumultes plus conforme à mes exigences esthétiques que celle de Poussin).

Destruction immédiate.

Suivie du bûcher.

N’est-il pas scandaleux de présenter devant des regards innocents, non encore pervertis par l’idéologie machiste, cette affligeante représentation du rapt de malheureuses jeunes femmes par des mâles aux postures a priori avantageuses ?

La force, la puissance des mâles face à la faiblesse et à la résignation des femmes.

Une représentation indigne, dans un pays moderne, si soucieux de défendre l’émancipation du « Deuxième sexe ».

Oui, la destruction.

Non seulement de l’œuvre originale.

Mais aussi de ses multiples reproductions.

Le brasier.

En finir à tout jamais avec l’abjection, effacer des mémoires cette exaltation d’une domination qui opère aujourd’hui encore tant de ravages.

Purifier.

Afin d’atteindre à cette égalité qui est un des fondements de la République, et dont tous les vieux mâles qui la gouvernèrent n’eurent jamais rien à faire.

Gloire à Carmen révolvérisant Don José, gloire aux Sabines libérées.

Tiens ?

Voilà que j’en oublie les femmes de ménage qui, contre quelques euros, rendent fréquentables les chambres des luxueux hôtels qu'occupent les habituels spectateurs des « grands » opéras.

Voilà que j’en oublie les caissières des supermarchés où les mélomanes avérés s’offrent le nec plus ultra des productions agricoles et vinicoles, les machineries électroniquantes et tout le tralala.

Voilà que j’en oublie toutes les femmes anonymes, les ombres invisibles que les prédateurs capitalistes exploitent sans vergogne.

Voilà que j’en oublie les femmes de ces continents si proches, celles qui n’ont même pas reçu l’autorisation de revendiquer leur appartenance à l’espèce humaine.