le-fremdenpass-de-celine-passeport-pour-sa-fuite-de-france-vers-l-allemagne-et-la-danemark_738948

 

 

 

 

 

 

(Source: "L'Express")

 

Faut-il ou ne faut-il pas ?

Alors même que les textes immondes sont consultables via Internet.

Je n’ai pas de point de vue arrêté sur la question de la réédition de « Bagatelles pour un massacre » et des autres pamphlets antisémites libellés par Louis-Ferdinand Céline, nazi avant même que les troupes du Führer n’aient défilé en juin 1940 sur les Champs Elysées.

La seule question qui me vienne à l’esprit est celle-ci : ce fatras d’immondices, ce ramassis d’ordures peut-il être considéré comme une parenthèse dans ce que le clan Gallimard considère comme une œuvre littéraire.

Je précise : le nazi Céline n’est-il déjà pas en gestation dans ses premiers romans, dont « Voyage au bout de la nuit » ?

(Un nazi qui, en 1945, lors de la libération de son propre pays s’enfuit jusqu’à Sigmaringen dans les fourgons d’une armée en déroute.

L’armée des vainqueurs de mai/juin 1940, l’armée de ses amis et protecteurs, s’évitant ainsi un sort semblable à celui de Brasillach.)

Du fond de ma tanière, je me suis forgé la conviction qu’il était immoral et scandaleux de bâtir la légende d’un écrivain honorable dont les moments « d’égarement » (qui s’étalent de 1936 à 1945, une bagatelle !) l’absoudraient des crimes ignobles dont il fut, via ses pamphlets, l’inspirateur.

Le nazi Céline fut un antisémite frénétique, dévoué à une cause qui fait aujourd’hui encore injure à l’humanisme dont nombre de ses laudateurs se réclament.

Il est donc nécessaire de mettre en pleine lumière les engagements d’un personnage aussi peu fréquentable.

Un personnage dont si j’en crois Pierre Juquin dans sa monumentale biographie d’Aragon, Maxime Gorki ne se faisait aucune illusion. Lors du Congrès des écrivains soviétiques qui se tint du 17 août au 1 septembre 1934, congrès auquel participaient Louis Aragon et Elsa Triolet, il leur adressa un avertissement. Je cite Pierre Juquin : « Au passage tout de même, cet avertissement lucide : Gorki, inquiet de leur enthousiasme pour « Voyage au bout de la nuit » a mis en garde Elsa et Aragon : Analogie Céline – mûr pour croix gammée »

1934.

Rétrospectivement, un peu de lucidité ne peut pas faire de mal.

En ces temps des plus aberrantes confusions idéologiques.