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Dimanche 19 juin

 

La musique se fêta chez Ariane et Eugène. Entre nous. J’entends dans ce « nous » les enracinés et les enracinables. Des agapes arrosées de vins des coteaux d’ici. Calvi et Patrimonio. Mais j’ai la rancune tenace. Mon refus de consommer ne serait-ce qu’un fond de verre de Colombu, des vins produits par une famille si ostentatoirement sarkozyenne que mon estomac se révulse rien qu’à l’idée de confiner en ses profondeurs l’un ou l’autre de ses breuvages. Donc option Patrimonio et une propriété qui m’était jusqu’alors inconnue mais dont le rosé s’accorda aux exigences de mon palais. Option que je fis partager à quatre pinzutu, motards et motardes d’excellente fréquentation, qui plus est résidents d’ordinaire dans une contrée qui m’est, elle aussi, familière. De Pierrelatte au Bas Vivarais. L’atome. Euridif. Frissons garantis.

Eugène me réserva une surprise en me présentant à une dame et à un monsieur venus de Saint Florent pour fêter la musique en notre compagnie. « Des ardennais », m’annonça-t-il. Pas tout-à-fait ardennais en vérité. « Des chtis », me confièrent-ils, mais qui avaient travaillé en terre d’Ardenne. Au cœur de cette sorte de téton qui s’enfonce dans la bouche même pas vorace de la Wallonie belgienne. « Vous êtes le frère de ? » Je suis effectivement le frère de, né de même mère et a priori de même père que lui. Mais avant lui. Trois et quelques mois. Le frère de qui fut si longtemps le maire de la commune où il réside depuis des lustres, maire jusqu’à ce que les efforts persévérants du Roi François pour en finir avec tout ce qui de près ou de loin évoquait le socialisme fut réduit à l’insignifiance et que dépités, déçus, coléreux, rancuniers, électrices et électeurs n’exterminassent tant des élus qui avaient autrefois remporté moult joutes électorales sous la bannière solférinienne. Le frère de fut de ceux dont le cadavre politique git désormais dans une fosse commune. Il en conçut, paraît-il, grande amertume. Selon mes interlocuteurs, il survit sur ses terres dans l’accomplissement de l’une ou l’autre des fonctions accessoires qui se concèdent confraternellement au sein d’assemblées qui ne doivent rien au suffrage universel. La dame et le monsieur qui furent momentanément d’Ardenne se greffèrent à notre soirée et applaudirent aux quelques chants corses qu’interprétèrent Eugène et Jean-François. Et cela pendant que P’tit Bout tenait conversation avec la maman d’Eugène, la sœur d’Eugène et une tierce personne fort joliment dorée par le soleil.

Le soleil ? Il joue à cache-cache derrière les nuages. Les ingénieurs de Météo France annonçaient des orages. Or je n’entends aucun roulement du tonnerre qui soit annonciateur d’un probable déluge. Les milans royaux – dont Rhinossoti – poursuivent leur ballet aérien, comme le font, sous d’autres cieux, les pilotes des avions de la Pas Trouille de France. Ils tchitchitent afin d’indiquer à leurs congénères (du moins je le suppose) leur plan de vol. Parfois, et sans que rien ne l’ait laissé présager, l’un ou l’autre des volatiles plonge tout-à-coup vers une proie vivante, ou un cadavre, on même un présent laissé sur un muret par un humain charitable. Une pratique qu’aucun des pilotes des aéronefs de la Pas Trouille de France ne se hasarderait à effectuer de cette façon-là.

L’édition dominicale de Morse Taquin m’annonce l’imminent séjour du Comte d’Evry (et Grand Chambellan) sur la terre de Corse. Manu ne ségolènera pas. Lui, c’est la raie publique, rien que la raie publique, une et non segmentable. Lui, ce sont les tables de la loi recopiées par des scribes parkinsoniens  sur du papier hygiénique usagé. Manu, c’est cette France éternelle allée avec le soleil. Myope, astigmate, la pupille obscurcie par la cataracte, il n’entrevoit pas l’imminence du crépuscule. Manu, c’est la certitude faite homme. Manu, c’est du Moch, du Beria, du Pinochet qui se confondent. Pinochet ? Sombrerais-je dans l’excès, dans l’outrance, dans la calomnie calomniante ? Ou ne m’autoriserais-je qu’à user du droit de m’interroger sur le sort que ce spadassin entend réserver au socialisme ? Les rictus qui déforment son visage lorsqu’il prononce certains noms (dont celui de Jaurès) traduisent, me semble-t-il, la haine qui aurait pu conduire un individu de son espèce, cent deux ans plus tôt, à révolvériser le député socialiste de Carmaux (mais au directeur de L’Humanité, éditorialiste et chantre de la Paix).

Avant que ne commence la saison des miss, Morse Taquin en finit-il avec celle des Saints ? Aujourd’hui encore, un Antoine. De Padoue cette fois. Commémoré à Sisco. J’y perds mon latin (de messe).

Acquisition de la Jofrinette. Celle du samedi. Afin de consulter les pages « Livres », pages appauvries depuis que le quotidien qui fut celui de Sartre se limite, pour l’essentiel, à collecter des « faire-part » qui ne sont rien d’autre que des dépêches d’agence. Je n’ai prêté qu’une attention discrète aux réponses apportées par l’ancien Mnéfieux en Chef aux questions complaisantes posées par un plumitif subalterne et mal rétribué pour complaire à son véritable employeur, l’Affairiste Drahi. Le projet imbécile d’une primaire à gauche, projet pour lequel s’enthousiasment les coglione qui ne peuvent concevoir l’action politique que dans son incarnation dans un Tribun. Tant je pressens que leur coupable inconséquence ouvrage larges les portes à l’abomination.

 

 

 

 

Lundi 20 juin

 

Ensoleillement. Mon épiderme se prépare à endurer les souffrances consécutives à ce qui prend chez moi les apparences des brûlures. Donc m’enduire de crèmes protectrices qui contiennent, paraît-il, des nanoparticules. Réserves de biafine dans l’éventualité où.

Journée qui sera ponctuée par un voyage jusqu’à Bastia (Poretta) où atterrira en début de soirée l’avion dans lequel auront pris place la mère de P’tit Bout, soit donc ma fille, et le petit frère de P’tit Bout, Jules (qui mettait ce même un Petit Robert en charpie, exploit que me narra sa génitrice lors d’une brève conversation d’avant départ). Retour au Village vers vingt heures trente. Si tout au moins le vol d’Air Corsica daigne respecter les horaires consignés dans le document de réservation.

Quatre chinois déambulaient dans les ruelles et sur la place du Village. Quatre authentiques chinois. Ce matin. A l’heure où je m’en revenais d’une expédition à Isula Rossa. L’échange bref et succinct de salutations. « Bonjour ! ». « Bonne djour ! » (ou quelque chose d’approchant). Répété quatre fois. Accompagné de sourires. Quatre chinois, tous munis d’appareils photographiques numériques. Sophistiqués les dits appareils qui emmagasinaient dans la mémoire de chacune des machineries des reflets de l’Eglise, des demeures cossues et de la plaine de Balagne. Qui tentaient de saisir le vol des milans. Qui zoomaient. Qui dézoomaient et rezoomaient encore. Déjeunèrent-ils chez Eugène ? Je l’ignore. Je leur eux volontiers conseillé le veau corse aux olives, préparé et mitonné durant de longues heures selon les règles édictées par la maman du cuisinier (laquelle me révéla qu’elle avait autrefois préparé jusqu’à deux cent kilogrammes de ce plat savoureux). La Chine n’ignore plus le Village (ni les villages des alentours) dont les reflets se grefferont à d’autres parmi les fèces de boucs (ou leurs variantes chinoises) sur des pages dites personnelles.

Le chevrier est décédé. Récemment. Au fil des années, je n’avais échangé avec lui que de très rares paroles. Mais cet homme-là m’intriguait. Chevauchant une mobylette, il parcourait dans un sens puis dans l’autre une partie de la route qui relie Belgudé à Occhiatana. Lorsqu’il s’arrêtait, lorsqu’il abandonnait son engin motorisé contre un muret ou dans un fossé, c’était pour surveiller son troupeau de biquettes ou pour avertir les automobilistes d’une très prochaine traversée de la chaussé par ces animaux plutôt farouches et indociles. J’ignore où se situait sa bergerie et quel usage il faisait du lait que ses chèvres produisaient. L’an dernier, Patrick avait obtenu l’autorisation de l’accompagner durant la courte transhumance vers les estives. Je m’en vais donc soumettre le dit Patrick à la question afin d’obtenir des informations complémentaires sur les activités du chevrier. Dont je sais de source sûre qu’il chassait le sanglier. En témoignaient les pelages censés sécher sur les fils barbelés installés depuis quelques années par d’autres éleveurs. Trophées ? J’interrogerai Antoine.

Les Taquineries du Morse s’adressent en ce premier jour de l’été au personnel politique insulaire. Gilles et José. Le jeune leader et le décati décadent. Confrontés l’un et l’autre au même et angoissant problème. « La future collectivité de Corse n’aura pas assez d’argent ». Même en faisant les fonds de tiroirs. Même en traquant les indélicats loueurs de sous-résidences touristiques. Même en implorant l’Etat/Mère d’accorder des subsides complémentaires. Les corses, dans leur grande majorité, sont pauvres et ne versent donc que de maigres écots dans le pot commun. Les plus riches, à l’instar des riches continentaux, camouflent leurs magots dans les paradis fiscaux. En résumé : pas assez de sous pour financer des projets novateurs, fussent-ils de modeste dimension. Un état de fait qui, selon José, devrait conduire les futurs élus à se comporter comme le firent autrefois les bourgeois de Calais. Courber l’échine et se soumettre au bon vouloir du Comte d’Evry qui s’y connaît, en tant qu’ancien Mnéfieux, en matière de picaillons.

Dès les premiers jours de juillet, accompagné d’un conséquent aréopage, le Grand Chambellan débarquera du côté d’Ajaccio. Au placard la Ségolène , tata démagogie, un jour ceci et le lendemain tout son contraire. Manu, c’est la rigueur, la droiture. Peut-être zigzagante la droiture. Mais visant un objectif qui ne souffre d’aucune contestation : le tarissement, en vertu du dogme néolibéral, de l’Etat/Mère. Les poches vides, Manu. Juste de quoi introduire quelques piécettes dans le tronc de la veuve. Quelques zeuros tout au plus, récupérés sur des fonds que les ploutocrates qualifient de spéciaux. Pour répondre aux urgences électoralistes. Manu le sait : les corses votent eux aussi pour la désignation du Roi de la raie publique franchouillarde. Donc exercice périlleux pour Gilles. Ne rien céder sur le fond. Maintenir un haut niveau d’exigence. Les vieux territoires coloniaux subissent les ultimes soubresauts du dépérissement orchestré par le colonisateur.