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Michaël, mon Petit !

Pardonne-moi si j’aragonise une fois encore en usant de la formule que j’emprunte à l’auteur du « Roman Inachevé », cette formule qu’il répétait à l’envi face à ses interlocuteurs, ses hôtes, ses camarades.

Promis, c’est la dernière fois.

Nous voici parvenus aux lendemains.

Les élections ne sont déjà plus qu’un lointain et mauvais souvenir.

J’entends par là la globalité des résultats et tout ce qu’ils traduisent. Même si je me suis réjoui de la victoire de « ton » binôme, laquelle victoire s’apparenta à une sorte d’anormalité dans le contexte si particulier qui prévaut en la bonne ville de Montpellier.

Te voici conseiller départemental, donc nanti d’un mandat qui t’est confié par cette moitié de l’électorat qui a consenti à participer au scrutin.

Je ne te reproche pas une victoire au rabais.

Je te précise simplement ce que sont les limites de cette victoire (et qui sont également celles des autres victoires, ici comme ailleurs).

Tu as participé, jeudi 2 avril, à l’élection du président de l’assemblée départementale.

Ton suffrage s’est tout naturellement porté sur Kléber, le candidat que vous vous étiez choisi, vous, les socialistes héraultais.

Kléber, vieux cheval de retour, un tantinet cumulard, et qui, pneu à pneu, à travers les aléas d’une longue carrière politique, atteint aujourd’hui à son firmament.

Oh certes, Kléber, sitôt élu, rendit un vibrant hommage à Dédé la Science, son prédécesseur, l’honnête homme qui l’aida à gravir une à une les marches qui conduisent à « l’exercice » des plus hautes fonctions.

Mais les fidélités ne durant que ce que durent les impitoyables réalités des guerres politiciennes, je ne doute pas que l’ancien maire de Saint Pons de Thomières (et toujours député de la circonscription) effectuera dans un très proche avenir, et malgré son âge vénérable, les pirouettes lui permettant de se réorienter en fonction des vents dominants.

Or, les vents dominants ne te sont guère favorables, mon Petit.

Tu incarnes (peut-être à ton corps défendant ?) ce que l’aristocratie qui a colonisé ton parti cherche à éradiquer : la persistance, au sein de la machinerie solférinienne, des idées de justice, de liberté, d’égalité, de fraternité.

Le moment venu, en parfaite symbiose avec le Grand Métropolitain, Kléber perpétuera à ton encontre l’acte symbolique de ton assassinat politique.

Sa main tremblera peut-être à l’instant de t’enfoncer la dague dans le dos.

Ca n’est pas de gaité de cœur qu’un camarade met à mort celui qui, a priori, est aussi un camarade.

Mais inspiré, guidé, poussé par le Grand Métropolitain, il commettra tout de même le forfait, puis il apaisera sa conscience en évoquant les intérêts supérieurs de ton parti ou je ne sais quelle autre foutaise.

Tel que tu es, tel que tu vis, tel que tu agis, mon Petit, tu les déranges.

Tu déranges d’abord et avant tout le Grand Métropolitain qu’insupporte ce que tu représentes et qui va à l’encontre de sa vallsouilleuse perspective politique : en finir avec la soi-disant vieillotte et archaïque utopie socialiste.

Tu restes l’ultime obstacle à la réalisation des ambitions qui lui sont suggérées par son Mentor, le Grand Chambellan, cet étudiant inaccompli dont la carrière dut beaucoup à son exceptionnelle capacité à jouer les caméléons, mais qui s’inscrivit en permanence dans sa capacité à s’adapter aux contraintes de l’idéologie totalitaire édictée par les Maîtres du Grand Désordre Capitaliste.

Il lui faut donc t’éliminer, fusse en confiant la mission à un quelconque spadassin.

Je doute fort que ta seule appartenance au courant senestre de ton parti puisse te permettre de te prémunir contre les périls qui t’attendent.

L’hamonisme n’est pas une perspective ni même une référence.

Tout au moins pour qui porte les valeurs auxquelles tu fis référence au cours des dernières semaines.

Au mieux, cet hamonisme ne t’offrira, dans l’attente du prochain congrès solférinien, qu’une fragile et fort peu efficace protection.

Dès l’été prochain, de nouvelles alliances se noueront au sein de ton parti.

Les cartes seront alors redistribuées.

De quelle manière ?

Je l’ignore.

Mon flair m’indique toutefois que le dit courant senestre, en raison même et de l’état du rapport des forces et de l’exaspération des ambitions personnelles, deviendra inaudible.

Ici, en la bonne ville de Montpellier, le Grand Métropolitain parachèvera son œuvre de conquête et règnera sans partage sur une machinerie dévouée à sa seule cause.

Il n’appartient en effet pas au camp de la gauche, celle de nos communes valeurs (à ce titre, j’approuve sans réserve les rédacteurs de « Montpellier Journal » qui le classent, à la différence de toi, parmi les élus « divers droite »).

Faut-il pour autant désespérer et capituler en rase campagne ?

Je ne le souhaite évidemment pas.

Mais tes marges de manœuvre sont aujourd’hui extrêmement réduites et le temps t’est désormais compté.

Entre l’expansion des marinasseries et le renoncement de tant de tes camarades obnubilés par la seule problématique de l’exercice du pouvoir, tu te confrontes à l’urgence.

L’urgence de t’extraire du magma.

L’urgence d’inventer autre chose.

L’urgence d’écouter non seulement celles et ceux qui t’accordèrent leurs suffrages mais aussi celles et ceux qui ne consentirent pas à participer au récent scrutin.

L’urgence de laisser émerger des mouvements qui ne seront peut-être pas conformes aux modes d’action liés à ta culture politique.

L’urgence de refuser les croyances dans les vérités révélées, dans les trompeuses apparences.

L’urgence de faire du doute une vertu cardinale.

Je te connais peu et mal, mon Petit.

Nos rares conversations m’ont toutefois permis de t’observer avec un regard plutôt bienveillant.

C’est pourquoi je m’autorise à libeller et à diffuser cette chroniquouillette d’un genre un peu particulier.

En raison même de cette urgence, de ces urgences.

Bon courage, mon Petit !