Sevrage_tabagique

 

 

 

 

 

 

 

 

Une sevraison.

Brutale.

Que je me suis infligée le mercredi 10 février.

Plus d’enfumage.

Plus de gauloises (blondes).

Une sevraison d’un coup d’un seul.

Sans la moindre concertation avec moi-même.

Au moment du lever de moi-même qui précéda le lever du jour.

Une sevraison radicale.

Deux pleines journées de coma.

De multiples convulsions.

Quelques cauchemars.

(François-Philippe Mollétollande écossant d’innocents pois petits…)

Puis la lente rémission, la capacité qui m’est enfin rendue de greffer les unes aux autres des phrases censées donner un peu de sens à une chroniquouillette.

Très peu de sens.

Qui toutefois suffit à mon contentement.

Tant il est vrai que ma vie fut une succession de sevraisons brutales.

Je n’ai jamais fait dans la demi-mesure.

Suivant ainsi l’exemple de feue Marguerite Toupet, ma mère, laquelle me priva de son sein le jour de la Toussaint de l’an de grâce1952, considérant alors que les multiples accommodaisons de rutabagas ne seraient plus imposées à son enfantelet (lequel naquit, je le rappelle, en juin 1942).

Une sevraison remise en cause le 4 novembre 1954, jour de l’irruption des hordes bolcheviques dans Budapest, avant que de m’être une nouvelle fois imposée dès avant la Noël de la même année, lorsqu’il devint patent que l’Occident chrétien et capitaliste avait su faire entendre raison au camarade Khrouchtchev et que les chars soviétiques n’emprunteraient donc pas la trouée de Sedan.

Tout plein de sevraisons.

Brutales.

Eau bénite, faucille et marteau, équerre et compas.

Une vie.

Une vie d’impasses, d’égarements.

Sans qu’il me soit toutefois impérieux d’envisager aujourd’hui même une nouvelle sevraison.

Sous le prétexte que les Solfériniens ayant rang de Chambellans les briseraient « menu » aux gentils militants socialistes ayant survécu à tant d’intempéries, de tempêtes, de tornades, d’ouragans.

Sur ce versant-là, ma sevraison intervint dès ces années durant lesquelles Guy Mollet délatéralisa ses camarades.

Pour cause de guerre en Algérie.

Ma sevraison, bien entendu.

Qui m’incita à toujours observer les Solfériniens avec méfiance.

Une méfiance que titilla la publication en septembre 1985 d’un opuscule intitulé « La Gauche bouge ».

François le Trans n’était pas encore François-Philippe Mollétollande.

Il venait tout juste d’énarchier et se cherchait un instrument de conquête du Pouvoir.

Un petit Pouvoir d’en bas, pour commencer.

Au cul des vaches.

Au plus profond de la France profonde.

Avec l’affectueuse complicité d’un futur comique troupier et d’une girouette sensible à la plus insignifiante flatulence porteuse des remugles du néolibéralisme.

La mainmise, peu à peu, sur la machinerie solférinienne.

Une lente et patiente conquête.

Avant le sprint final et une victoire à la Pyrrhus sur un même pas pire que lui.

Ce que vérifient les quelques gentils socialistes qui frondent et ruent dans les brancards d’un attelage qui cavale au grand galop aux trousses du carrosse piloté par les Médéfieux.

De gentils socialistes dont le regard se décille peut-être : jamais depuis plus de trente ans la politique française n’avait à ce point penché à droite.

Au point que la droite si peu républicaine ne sait même plus où donner de la tête.

François-Philippe Mollétollande crache sur le cadavre d’une gauche qu’au fond de lui-même il a toujours honnie.

La gauche des libertés, de l’égalité, de la fraternité.

Je n’eus pas besoin de la moindre sevraison à l’égard de ce médiocre serviteur des Maîtres du Grand Désordre Capitaliste.

J’ai juste manqué, voilà bientôt quatre ans, de vigilance, aveuglé que je fus alors par ce que je crus être l’urgence de débarrasser la France du Gesticulant.

Alors même qu’il était évident que l’élection de François le Trans ne constituerait rien d’autre qu’un passage de Charybde et Scylla.