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21 mai 2026

Plus belle la vie

La télévision publique propose parfois des « produits » qui méritent qu’il leur soit prêté attention.

Tel ce documentaire qui relate en 90 minutes l’histoire de ce que fut le Front Populaire.

Avec ce qu’il faut de rigueur dans le traitement d’un moment exceptionnel de l’Histoire.

Sans doute aussi avec quelques faiblesses qui n’ôtent cependant rien à la qualité de l’ensemble.

Mais ce que j’en retiens puisque je suis un vieil homme qui fut nourri en ses vertes années de ce que fut l’affrontement durant le printemps 1936 des classes populaires et de la classe capitaliste, ce sont les superbes images d’archives, filmées ou photographiées durant cette période-là.

J’y fus d’autant plus sensible que la période actuelle présente au moins une analogie avec celle à laquelle furent conviés mes grands-parents et mes parents, celle de la résistible montée des forces fascistes, toutes tendances confondues.

Les images que montre ce documentaire (dont le titre m’échappe déjà mais qu’il est facile de trouver sur le site de France-Télévision) sont toutes chargées d’une force émotionnelle exceptionnelle.

Celles qui m’a fait partager l’enthousiasme collectif des femmes et des hommes qui furent les actrices et les acteurs des grandes grèves lancées spontanément au lendemain de la victoire électorale des forces de gauche.

Celles qui montrent que le combat collectif contre les forces réactionnaires permet de remporter des victoires significatives et durables.

Surtout lorsque l’on essaie de les observer à l’échelle de l’Histoire et non à les circonscrire aux quelques mois durant lesquels les combats ouvriers furent menés.

(En ayant par exemple conscience que le programme du Conseil National de la Résistance s’inspira des revendications sociales et économiques du Front Populaire.)

Ce qui m’a tout particulièrement interpelé dans toutes ces images, c’est la joie collective qui s’empara de celles et ceux qui par leurs luttes déterminées firent plier le patronat.

Point de profusion de banderoles partisanes, non, mais une liesse que révèlent les visages.

Des foules réunies, rassemblées, heureuses de vivre ces heures singulières dont la beauté est manifeste.

Si différentes des foules que j’ai fréquentées ces dernières années, ces foules du chacun pour soi, avec sa profusion de banderoles et ses oriflammes qui expriment les désaccords plus que les différences.  

Les foules d’aujourd’hui sont celles qui laissent entrevoir les funestes conséquences des défaites idéologiques de la gauche, des défaites qui se sont succédé depuis 1968.

Alors que les foules de 1936, foules enthousiastes, laissent entrevoir, elles, un avenir, celui du plus belle la vie.

Donc si différentes, puisque porteuses de promesses, celles d’un monde de femmes et de d’hommes libres, rêvant de donner du sens aux beaux mots qui figuraient autrefois sur les frontons de tous les édifices publics.

Liberté, Egalité, Fraternité.

Je ne prétends pas ériger 1936 en modèle reproductible.

Je crois cependant que ce moment de l’Histoire peut toujours être une source d’inspiration.

 

La gauche a perdu la guerre des idées.

C’est une évidence.

L’ennemi de classe triomphe.

J’écris ces quelques lignes quelques jours après que Mélanchon ait annoncé sa candidature à la prochaine élection présidentielle.

Son parti, celui des Insoumis, est aujourd’hui le seul qui, à gauche, est en mesure d’incarner l’espoir d’une vie meilleure.

Mais je reste convaincu que c’est une erreur que de se résigner à faire de l’élection présidentielle la mère de tous les scrutins.

Parce qu’elle induit cette idée mortifère qu’il serait toujours un Sauveur suprême auquel le Peuple pourrait accorder sa confiance.

Depuis bientôt septante ans, la France vit sous un régime semi-monarchique concocté par De Gaule et ses sbires, un régime qui naquit au lendemain d’un coup d’état militaire.

C’est ce régime qui, au fil des ans, a appauvri et perverti la vie démocratique, installant au pouvoir des individus tous plus haïssables les uns que les autres.

Les machineries politiques d’aujourd’hui, celles qui vont des droites extrêmes jusqu’à ce parti qui n’est pas socialiste, n’œuvrent pas pour le Peuple, mais comme des courroies de transmission des oukases imposés par le Monarque dont ils se réclament.

(Le spectacle offert depuis un demi-siècle par le parti qui ne fut socialiste qu’en des temps très lointains est à ce titre édifiant : il s’est défait de ses attaches populaires et s’est mis insidieusement au service des Puissants, en se laissant coloniser par des valets du capitalisme.)

Le combat politique qu’induit l’élection présidentielle ne changera en rien le rapport de force idéologique.

Il créera l’illusion.

L’illusion d’un pouvoir populaire capté et trahi par celle ou celui qui accédera à la fonction dite suprême.

Il conférera si peu de crédibilité à Mélenchon (ou à n’importe quel produit politique de substitution) que, quelle que soit l’issue du scrutin, rien ne changera dans cette France asservie au libéralisme.

Telle est ma conviction qui émergea des limbes au soir de la défaite de feu le Solitaire de l’île de Ré.

Une conviction qui m’a poussé depuis lors à m’interdire de participer aux farces électorales, celles qui amenèrent successivement au pouvoir Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron.

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