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28 mai 2026

Martinets

Caniculaison précoce.

Bien que le pays languedocien n’aura, à l’encontre de tant d’autres régions, septentrionales celles-là, qu’à subir qu’une seule journée de fournaise.

Après avoir longtemps hésité, les ingénieux ingénieurs de Météo-France prévoient pour Montpellier, en ce jeudi 28 mai, une température de 36°

Alors qu’en début de semaine, les mêmes savants laissaient espérer que la barre des 40° serait atteinte.

Soit donc un record absolu en ce mois de Marie qui est aussi celui des ponts que les salariés franchissent à rebours.

Mais d’autres, plus au nord, ont d’ores et déjà fait beaucoup mieux avec des records quasiment chaque jour améliorés, et cela depuis les derniers jours de la semaine dernière.

Y compris, paraît-il, au pays des Grands Bretons.

Y compris même en mes Ardennes natales.

Je me confine, l’œil rivé sur les fenêtres de la cuisine, afin d’observer une éventuelle irruption d’une salvatrice poussée du mistral.

Une observation qui me réjouit, puisqu’elle s’assortit du merveilleux spectacle du vol des martinets, ces lointains cousins des hirondelles.

Ils ne sont pas très nombreux ces fantastiques volatiles.

Une grosse dizaine, tout au plus, tant il est vrai qu’il est difficile de décompter le nombre des volatiles qui virevoltent à des vitesses que j’estime vertigineuses.

« 200 km/h », affirment les ornithologues, lesquels étudient leur mode de vie.

(Et qui me précisent, ces mêmes savants, que le martinet est susceptible de rester en vol, sans jamais se poser, durant près de dix mois… Fabuleux, non ?)

Mon émerveillement quasiment enfantin relève aujourd’hui d’une gâtouillaison qui n’a rien de précoce, je le concède, puisque dans un peu plus d’une semaine, je franchirai la barre des octante et quatre ans.

Et cet émerveillement se nimbe d’une inquiétude que je cherche à faire partager ici : lorsque, voici bientôt neuf ans, j’avais emménagé dans ce quartier où je réside encore, mes premiers décomptes me permirent alors d’affirmer que la troupe des martinets ayant opté pour cet espace du ciel montpelliérain comptait entre une quarantaine et une cinquantaine d’unités.

(Présente en règle générale de la mi-mars jusqu’à la fin juillet…)

D’année en année, les effectifs se sont réduits.

A l’instar de leurs cousines les hirondelles, les martinets sont-ils condamnés à disparaître du ciel de l’ancienne capitale languedocienne ?

Pauvres hirondelles, que les animaux humains ont interdit de séjour en ce pays où autrefois elles s’en venaient nicher sous les toits des maisons et jusqu’à l’intérieur des étables.

« C’est que les hirondelles et leur progéniture, ma bonne dame, ça défèque sur les murs, les colorant de teintes peu conformes avec l’esthétique ocreuse commune à tous les citadins propriétaires d’une masure bâtie sur les quelques arpents d’un terrain si chèrement acquis.

Certes, les hirondelles s’avalaient, durant leur séjour estival, d’impressionnantes quantités de moustiques.

Mais leur façon si particulière de vous peinturlurer un mur en était devenue insupportable.

Nous avons, ma bonne dame, détruit les nids.

Interdites de séjour, oui, vous avez raison.

Quant aux moustiques, d’éminents savants nous ont offert la solution : ils ont conçu l’arme fatale.

Un poison déversé nuitamment qui vous en massacre des colonies entières.

Pensez donc, ma bonne dame, que même les moustiques tigres ne lui résistent pas.

Bon, c’est vrai, il y a bien quelques dégâts collatéraux.
Des colonies de fourmis, par exemple.
Ou bien encore des colimaçons.

Et même quelques chats errants.

J’ai même entendu parler d’une maman hérisson et de ses quatre bambins dont les cadavres furent retrouvés au pied d’une somptueuse glycine.

Mais à la guerre comme à la guerre.

Un bombardement annuel supplée aux chieuses hirondelles, et c’est très bien ainsi ! »

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