25 avril
/image%2F1328076%2F20260427%2Fob_407a46_ef9af3df6baa36bf53ea6c29db462021.jpg)
Mourir, la belle affaire, mais vieillir, ô vieillir…
Voilà que ma mémoire défaille, une fois de plus, une fois de trop.
Car enfin, il ne fut pas de 25 avril où, depuis 1974, j’aurais omis de commémorer ce qui reste un des moments les plus flamboyants de mon Panthéon historique personnel.
La Révolution des œillets.
25 avril 1974.
La fin de la dictature fasciste au Portugal.
Les capitaines d’avril.
Grândola, Vila Morena, terra da fraternidade…
Cette année, j’ai donc oublié.
L’inoubliable.
Ce matin de ce que faute de mieux, et à l’instar de la Médiatouillerie d’alors, j’avais affublé du nom de Coup d’état militaire.
Sans savoir, en ce matin d’avril 1974, que les évènements qui se déroulaient à Lisbonne étaient d’une tout autre nature.
Des militaires avaient investi la Cité.
Mais non pour l’asservir.
Bien au contraire, pour la libérer du pouvoir fasciste, d’en finir avec les guerres coloniales, et de permettre au peuple portugais de s’inventer « sa » démocratie.
Ce fut fait.
Ce fut fait non dans le respect des dogmes qui prévalaient alors, mais sans ce désir insensé de s’accaparer le pouvoir.
Et même si – nous l’apprenons aujourd’hui à nos dépens – la démocratie, la vraie, reste à inventer.
Les capitaines d’avril n’ont pas accaparé le Pouvoir.
Ils mirent hors-jeu la vieille clique salazariste et confièrent au peuple portugais la responsabilité de s’inventer un avenir.
J’enjolive, j’idéalise ?
Peu m’importe.
Peu m’importe puisqu’en ces temps nouveaux, plus de cinquante ans après la Révolution des œillets, le fascisme imprègne à nouveau la quasi-totalité des sociétés européennes.
Dont la société portugaise.
Directement, par le biais des partis qui s’en réclament.
Indirectement, par l’imprégnation idéologique, rendue possible par la complicité des « élites » intellectuelles.
Je découvre, ici ou là, qu’émergent des îlots de résistance.
A Gênes, par exemple, où l’on a fait du 25 avril, la journée de la résistance au fascisme.
Puisque nous avions cru, le 25 avril 1974, qu’avec la Révolution des œillets, la vieille Europe en avait fini avec le fascisme.
Erreur tragique d’appréciation.
La vieille Europe n’en a pas fini avec ses démons.
Au contraire, elle semble prendre un malin plaisir à leur redonner vie.
Et que donc il est urgent de ressusciter les capitaines d’avril.
Si nous voulons nous éviter le pire : la résurrection de la Bête immonde.
Les ressusciter non point en raison d’une foi aveugle en la chose militaire.
Mais parce que nous disposons du pouvoir de nous indiquer à nous-mêmes ce mot d’ordre qui scanda mes vertes années : plus jamais ça.
Des foules immenses dans les rues de nos cités.
Pour un 25 avril perpétuel.
Des brassées d’œillets rouges.
Et ces ritournelles venues de Lisbonne, de Gênes ou de Bologne.
Grândola, Vila Morena, Terra da fraternidade…
Ou bien encore.
O partigiano, portami via. O bella ciao, bella ciao