Gare_de_la_Rivière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mercredi 10 juillet

 

Une gare qui n’est plus une gare infuse en moi une tristesse que Gabriel Blanchemanche, feu mon père, aurait partagée, lui qui vécut la plus longue partie de son existence parmi les locomotives chargées de tracter des convois de wagons, marchandises ou voyageurs selon les destinations qui leur avaient été affectées. De Charleville à Paris, ou bien encore vers la si proche Belgique, mais aussi vers le pays des Ch’tis ou en direction de la Lorraine riche alors de son minerai de fer, de son charbon et de sa sidérurgie. Des locomotives à vapeur auxquelles se substituèrent peu à peu, dès le début des années 1950, celles qui fonctionnaient à l’électricité, en ces régions industrieuses qui ignoraient qu’était déjà dépassé le temps de leur splendeur et que se profilait celui de leur anéantissement.

Ici, en cette ancienne contrée espagnole, dans ce village si propre et si coquet, la gare fut vendue par la SNCF à un bobo helvétisant qui s’est résolu à résider dans la proximité des quelques trains quotidiens qui relient la Comté Franche à l’Helvétie Confédérée. Quelques omnibus régionaux y font brièvement étape. Stationnement sur un quai inhospitalier pour le voyageur dubitatif. Ni guichet de vente des billets ni sièges autorisant de possibles attentes (puisqu’il est de notoriété publique que le respect des horaires est désormais le cadet des soucis pour la direction de la SNCF).Un abri dont l’exigüité n’autorise que l’empilement de deux ou trois adultes consentants. Une gare. Rurale. Comme un déni du service public. L’affirmation cynique de son inutilité. Qui précède, à l’échelle de quelques mois ou de quelques années, sa fermeture définitive suivie de la destruction des quelques anciens repères, ceux d’un autrefois dont les Puissants s’attellent à l’effacer des mémoires.

L’Est Républicain sonne le tocsin. Les fous volants se livreront au cours des prochains jours, par-dessus la Comté Franche, à des exercices guerroyeux. Donc un probable raffut de tous les diables susceptible de perturber les vaches laitières et de faire tourner le lait qui gonfle leurs mamelles. D’où de conséquentes pertes de revenus pour la paysannerie laborieuse affiliée, soumission aux lois du Marché, au Crédit prétendument Agricole. Tandis qu’à Pontarlier, une salariée de Paul Emploi, s’est autorisée l’auto-versement d’une aumône. Une bagatelle. 260 000 euros. Les a-t-elle, illico, confiés a banquier chiche, charge à lui de les transformer en francs chuiches ? La chronique ne le dit pas.

Le Four de Transes quant à lui se rapproche du pays qui n’est pas le mien mais dont j’apprécie les abondantes verdouillaisons dont se repaissent les comtoises (ainsi que les quelques salers émigrées jusqu’ici à l’insu de leur plein gré). Les apothicaires se réjouissent-ils ? Il fut un temps pas si lointain que cela où tant et tant de rois de la petite reine, accablés par de répétitives crises d’asthme, d’arthroses et autres maux invalidants , avalaient moult pilules miracles qui leur permettaient de dépasser leurs souffrances et de réaliser des prouesses sportives dont s’ébaubissaient les commentatouilleurs sportifs. Dès demain, le peloton se réduira à la portion congrue sur la route qui conduit au sommet de la Planche des Belles Filles. Du 24% ces Belles Filles-là ! De quoi susciter d’érotiques vocations chez des jeunes gens en quête d’amours, fussent-elles provisoires.