images

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5 septembre à l’aube.

Les troupes Alliées engagent une guerre totale contre l’Ennemi asiatique, le moustique tigre.

Les troupes Alliées ? L’'ARS (Agence Régionale de Santé Occitanie), le Conseil Généreux de l’Hérault commandé par Kléber (l’homme qui pneu à pneu y gravit tous les échelons) et l’EID Méditerranée (Entente interdépartementale pour la démoustication).

J’eus l’innocence (ou la naïveté) de croire qu’au terme d’une offensive éclair, l’Ennemi avait été vaincu, éradiqué du quartier qui borde l’avenue de la Mort Subite.

L’extermination définitive des culicidés d’origine asiatique dont nul ne peut ignorer les mortifères capacités de nuisance.

Mais la réalité l’entend déjà d’une autre oreille !

Dès la nuit du 5 au 6 septembre, quelques survivants des cohortes ennemies s’extirpèrent de cachettes que les bombes de pyréthrinoïde n’avaient pu atteindre et détruire.

Quelques-unes de ces bestioles s’insinuèrent au cœur de mon bunker où elles reprirent leurs ballets nocturnes et leurs assauts mortifères contre les parties les plus exposées (mais aussi les plus sensibles) de mon anatomie, engendrant de multiples grattouillaisons et suscitant de légitimes inquiétudes.

Malgré les gifles que je tentai d’infliger à ces sournoises et cruelles bestioles.

D’où la décision que je pris dès les premières heures de la nuit du 6 au 7 septembre : nouer une alliance de circonstance avec la firme Bayer.

Une alliance féconde, puisque cinq jours plus tard, des dizaines de cadavres de culicidés s’accumulent sur le rayonnage aux dictionnaires de ma bibliothèque, là où il me fut loisible d’introduire dans une prise de courant la machinerie infernale imaginée et conçue par les ingénieux ingénieurs de la firme teutonne.

 

Reste tout de même que la guerre conduite par les Alliés (voir ci-dessus) aurait peut-être provoqué des dégâts collatéraux dont je m’inquiète.

Je n’affirme rien, mais je constate.

Il plut le mardi 10 septembre.

La première vraie pluie depuis mai dernier.

Le mercredi 11 septembre, j’effectuai un petit tour dans le jardin qui jouxte la maison où je réside et qui fut ciblée par les bombardements des troupes Alliées.

Je découvris, accrochés à un mur puis à des poteries cinq cadavres de ce que j’appelle familièrement des escargots de Bourgogne (lesquels, d’ordinaire, prospèrent dans un composteur).

De foudroyants décès.

A priori inexplicables.

Les malheureux  avaient-ils eu le tort de croire aux bienfaits des généreuses averses qui les avaient sortis de leur estivale torpeur ?

J’ignore tout des circonstances de leur mort brutale.

Mais mon inquiétude s’amplifia ce jeudi 12 septembre (jour de la saint Apollinaire) lorsqu’à l’heure du crépuscule je découvris sur les coussins du salon du jardin plusieurs dizaines de cadavres de fourmis noires, lesquelles prospèrent d’ordinaire, elles, sous les dalles de la terrasse.

Recroquevillées, mais bel et bien raides mortes.

D’où l’hypothèse que je formule : les eaux de pluie n’auraient-elles pas transféré jusqu’au cœur de leur colonie des résidus de pyréthrinoïde, cette arme absolue, la seule susceptible selon les déclarations officielles d’éradiquer le moustique d’origine asiatique ?

Ce pyréthrinoïde est-il aussi inoffensif que le prétendent ceux qui donnèrent ordre à leurs pioupious d’un faire usage ?

Je m’en vais de ce pas poser la question au camarade Kléber, ce chef de guerre qui pneu à pneu a su gravir tous les échelons de commandement de la cacochyme machinerie socialiste….