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Samedi 30 mars

 

Roger est mort. Là-bas. Au Village. Mort de solitude tout autant que de vieillesse, du moins je le suppose. Désormais réduit au néant et donc à l’oubli. Alors que Roger fut le détenteur d’un patronyme qui aurait pu (dû ?) lui conférer un peu de notoriété et donc de reconnaissance. Zevaco. Michel Zevaco que j’avais évoqué avec Roger lors de l’une de nos premières rencontres. Un écrivain. Une précision nécessaire puisqu’il n’est plus de mode de lire les œuvres de Michel Zevaco, pour s’enthousiasmer au récit des multiples aventures de Pardaillan et de Fausta (que le cinéma avait pourtant remis au goût du jour durant les années cinquante de l’autre siècle). Roger était un lointain descendant de Michel, celui-là même dont l’œuvre fut publiée vers la fin du 19° siècle. Un apparentement qu’il me révéla le jour où je lui avais confié que, jeune homme à peine sorti de l’adolescence, j’avais lu quasiment d’une traite les dix ou douze volumes intitulés globalement, me semble-t-il, « Les Pardaillan ». Michel, ajaccien de naissance et anarchiste par conviction !

Roger, lui, avait enseigné. Dans des lycées (ou dans des collèges ?) sis sur les Corses appellent le continent. Toulon ? Marseille ? Ma mémoire défaille. Puis Roger était venu vivre le temps de la retraite sur l'Île, la terre de ses ancêtres. Pourquoi le Village ? Pourquoi la Balagne ? Là encore et fort possiblement, les circonstances. Celles liées au montant d’une modeste retraite et au prix modéré de la location d’une petite maison nichée au cœur du Village.

Roger ne confiait que d’infimes parcelles sur ce qu’avait été sa vie avant sa migration vers l’Île. Mal voyant, il n’en effectuait pas moins, chaque matin de la longue saison estivale, l’arrosage des rosiers et des arbustes qui conféraient un peu couleur et donc de vie aux espaces publics. Roger râlait souvent. Roger pestait. Roger s’emportait. Roger écoutait des opéras. Je subodore qu’il avait eu autrefois des engagements ou, à tout le moins, des sympathies pour la gauche de la gauche. (Me revient en mémoire une violente diatribe qui le porta au comble de l’exaspération, diatribe qui dénonçait en ce pays de Balagne la giacobinisation des esprits !) Tant et si bien qu’au fil des ans, l’évocation des questions politiques se réduisit au stricte nécessaire lors des soirées apéritives qui, si souvent, se prolongeaient jusqu’à des heures indues.

Adieu Roger.

J’ai la certitude que toi non plus tu ne te revendiquais d’aucune éternité.

 

Puisque je pose virtuellement un pied en Balagne, je m’interdis de ne pas évoquer le prochain séjour de Foutriquet 1° en Corse. Le Bateleur pérorera et moquera un peuple indigne à ses yeux du fait de son manque de foi dans la grande et belle nation française dont il n’est le Monarque que par défaut. Comme si l’appartenance à cette entité-là était assimilable à la fin de l’Histoire, une fin qui interdirait pour l’éternité des temps à venir l’emprunt d’autres cheminements et l’invention d’autres devenirs collectifs. La suffisance et la morgue du Monarque démontrent que ce falot personnage installé en ses fonctions prétendument suprêmes par des troupeaux de veaux et de moutons n’a rien entendu ni compris de ce que laissa entendre Montesquieu : "Si je savais une chose utile à ma nation qui fût ruineuse à une autre, je ne la proposerais pas à mon prince, parce que je suis homme avant d'être français ou bien parce que je suis nécessairement homme et que je ne suis français que par hasard."