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Je confesse mes vices cachés.

Tenez, hier soir, vers vingt heures, quelques instants avant la désertion et le repli vers des espaces moins exposés à la vindicte publique, j’effectue une dernière virée parmi les sentiers qui conduisent vers d’infectes cabanes d’où se diffusent des tas et des tas d’informations, tant et tant que bien souvent les nausées me submergent.

Et là, dans cet instant qui d’ordinaire précède la désertion, non pas l’antépénultième nausée, la stupeur.

Notre (Leur) Dame de Paris est « la proie des flammes » (lambeau de phrase niché dans un encadré rouge sang, qui fait la une de l’insignifiant site lié aux Bayletteries ordinaires).

Je repousse de quelques minutes ma redécouverte de Bertolt Brecht (« La Vie de Galilée »).

Je feuillette.

Aucun doute : la vielle cathédrale dont Victor Hugo me fit découvrir tant de ses mystères, cette œuvre des hommes d’un autrefois dont le temps  l’érection dépasse l’entendement chez mes contemporains toujours si empressés de vivre l’achèvement.

Notre (Leur) Dame de Paris.

Visitée une première fois en ces années où j’atteignis à l’âge de raison.

Gamin donc.

Sous la tutelle éclairée de mon papa, Gabriel Blanchemanche, cheminot de son état (et qui de ce fait bénéficiait et faisait bénéficier à ses proches de si nombreux voyages gratuits fort utiles pour effectuer les translations entre Charleville et la ville capitale).

L’émerveillement du gamin.

Lequel garde toutefois un souvenir consternant de cette première visite : les remontrances aigrelettes à lui adressées par une grenouille de bénitier voilée alors que j’exprimais mon enfantine béatitude par une cavalcade dans l’une des travées du monument.

L’interdit brutal d’exprimer la joie.

(Une quinzaine d’années plus tard, Brel m’aida à me délivrer du complexe qu’avait généré en moi cette femelle acariâtre en déversant dans mes esgourdes une chanson qui me ravit, « Les Bigotes » !)

J’ai très probablement rendu visite à cette Œuvre des hommes en deux ou trois autres circonstances avant de quitter définitivement Paris.

Des amis allemands.

Peut-être l’amoureuse qui devint mon épousée.

Qui d’autre encore ?

Qu’importe.

Cette Œuvre des hommes m’a toujours impressionné.

Et voilà donc qu’en cette nuit du lundi 15 avril, elle fut « ravagée par les flammes » (je cite un titre médiatouillequement correct) .

Horriblement ravagée.

Le feu ne connaît pas ses limites.

 

Mais aujourd’hui, mardi 16 avril ?

Après l’incendie ?

Après l’incendie l’indécence.

Déjà.

Si vite.

L’indécence adossée à la vulgarité et à la putasserie.

Qui l’une et l’autre caractérisent les Puissants.

Voilà que des milliardaires qui fuient le pays auquel ils doivent leur richesse, les voilà qui s’empressent de libeller à je ne sais qui des chèques d’un montant pharamineux, ce qui permettra aux voyous qui règnent sur Bercy de les absoudre de leurs principaux péchés capitaux, l’orgueil et l’envie.

Voilà que Foutriquet 1° suggère aux braves gens de verser leur obole pour financer la reconstruction du Monument (reconstruction qu’il confiera à Bouygues ou à Vinci ?) et s’agite pour tirer un effet d’aubaine du brasier destructeur.

Voilà que les Vaticancaneurs convoquent tous les enfants de chœur disponibles pour quêter du côté des Idôlatres la menue monnaie nécessaire à l’entretien du clergé.

Voilà que les pires des canailles compatissent sans toutefois se repentir de la multitude de leurs méfaits.

La France des Puissants, c’est vrai.

Ce qui m’interdit de m’assimiler à elle.

Pas un centime ne sortira de mon escarcelle, en raison de cette honte qui gangrène mes vieux jours : l’argent de le reconstruction de Notre (Leur) Dame de Paris est à chercher, entre autres, du côté de ce qui avilit et salit la France, la vente d’armes à des Potentats qui, au Yémen et ailleurs, en font un usage enthousiaste pour exterminer des enfants.

 

Aux alentours de deux heures, ce matin, lors d’une phase d’insomnie plus longue que d’ordinaire, moi qui ne crois ni à Diable ni à Dieu, j’ai toutefois relu un court passage de la Bible. Dans « La Genèse ». La destruction de Sodome et Gomorrhe.  Je cite : « Yahvé fit pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe du souffre et du feu venant de Yahvé. Puis il renversa ces villes et toute la plaine, avec tous les habitants des villes et la végétation du sol. »

Et si ? Si le Dieu des Vaticancaneurs existait ? Je récuse bien entendu cette hypothèse. Mais j’accepte tout de même de jouer le jeu. Si donc ce Dieu existe, omniscient, voyant tout, entendant tout, Il ne peut ignorer les turpitudes auxquelles s’abandonnent tant des vieux mâles qui gèrent sa boutique. Des siècles et des siècles de péchés capitaux commis par ceux auxquels il a confié les âmes innocentes qui ont accepté et acceptent encore de croire aux balivernes.

Et si, très colère, Dieu avait enfin décidé d’envoyer un signal fort au Pape, aux cardinaux et aux évêques ?

S’il avait travesti en ouvrier un des Anges qui l’entourent de leur respect et de leur affection ?

S’il avait ordonné à cet Ange/ouvrier de foutre le feu au Temple où pullulent tant de marchands indignes ?

Si la colère de Dieu s’abattait enfin sur les Vaticancaneurs et leurs adeptes ?

Hein ?