twitter-afp-factuel_exact1024x768_l

(Source: AFP)

 

Tout, paraît-il, est symbole.

Si l’adage dit vrai, les images filmées voici quelques jours à Mantes-la-Jolie révèlent ce qu’il advient du pays où j’eus le malheur de naître.

Des images qui présentent de douloureuses analogies avec tant de celles qu’il me fut donné d’observer tout au long de mon existence.

L’effarante légitimation de la violence à laquelle l’Etat et ses sbires ont toujours eu recours.

Quelques dizaines de lycéens menottés, agenouillés sur le bitume, les mains sur la tête.

Quelques dizaines de lycéens humiliés par de zélés chiens de garde.

De même manière qu’étaient humiliés durant les années cinquante des colonisés.

Les rafles.

Images abjectes qui renvoient à d’autres rafles.

Lorsque la France pétainiste se déshonorait au Vél d’Hiv et confiait aux nazis des enfants Juifs destinés à s’entasser dans les wagons à bestiaux les conduisant jusqu’aux camps de la mort.

Lorsque la France colonialiste ordonnait à ses spadassins d’assassiner, sur les ponts de Seine, quelques-unes des forces vives d’un peuple algérien en lutte pour conquérir sa liberté et son indépendance.

Il n’y a pas eu en ce mois de décembre 2018 de cadavres à décompter sur la sinistre place de Mantes-la-Jolie.

Soit.

Mais le comportement des chiens de garde y fut à ce point abominable, qu’il indique ce que par anticipation et dans d’autres circonstances les répressifs patentés seront capables d’accomplir.

Un pas a été franchi dans la guerre que mène l’Etat contre son propre peuple.

Au mépris du respect qui doit être porté à la jeunesse.

Son but : faire régner le peur.

Il n’est en effet, à ses yeux, qu’un seul ordre tolérable, l’ordre capitaliste.
La guerre qu’il conduit ne cessera pas tant que subsisteront des poches de résistance.

Sa démocratie n’est qu’un leurre, celui qui contraint le peuple à forger ses propres chaines.

Ses indignations face aux actes perpétrés, lors des manifestations, par ce que les Médiatouilleurs appellent les casseurs, son empressement à pousser des juges à embastiller des sauvageons, tout cela donne naissance à ce rideau de fumée derrière lequel se dissimulent d’autres casseurs, infiniment plus dévastateurs que les premiers.

Banquouilleurs et patrons du Couac Quarante.

Richissimes notables et piliers du régime qui disposent de l’exorbitant pouvoir de casser ce qui relève pourtant du bien commun, de la richesse collective.

Les lycéens de Mantes-la-Jolie furent humiliés pour l’exemple.

Pour peu que la situation empire, d’autres, demain, seront exterminés.

Tant il est vrai que les forces censées assurer la sécurité du peuple sont formatées pour la seule défense des Puissants et de leurs subordonnés.

Celles-là obéiront aux ordres de leurs Maîtres.

Sans états d’âmes.

Du temps des Communards jusqu’à celui des Algériens manifestant paisiblement dans les rues de Paris, la Seine prit l’habitude de charrier les pauvres morts des combats pour la liberté.

Le cynisme et la brutalité qui sont le lot commun de ceux qui gouvernent la France d’aujourd’hui laissent appréhender le pire.