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Mai 1968.

Cinquante ans déjà.

Des semaines d’un bonheur fou.

Les instants les plus magnifiques de mon existence.

Ceux que la vieille France réactionnaire confine aujourd’hui dans des caricatures toutes plus odieuses les unes que les autres.

Elle qui confie à la Médiatouillerie le soin de réduire les semaines d’un combat d’une âpreté exceptionnelle à de vagues anecdotes censées être à la source du mal-vivre des sociétés occidentales.

Tellement commode pour tous ces fabricants d’idéologies frelatées, serviteurs des destructeurs patentés de ce qui donna autrefois du sens à la vie de ces dites sociétés.

Il n’est rien pour me surprendre dans les pages des journaux – des journaux qui se disent « grands » - qui commémorent à leur façon les cinquante ans d’évènements qui pourtant ébranlèrent le monde.

De Mexico  à Prague, de New-York à Paris, en passant par Tokyo.

La Bayletterie atteint sur ce sujet les sommets de l’abjection.

Ce dont témoigne sa très récente édition dominicale.

Laquelle confia au Grand Absent le soin de ne rien exprimer dans ce qu’elle intitule un « Billet ».

Laquelle laissa un Besogneux le soin de piocher puis de copier/coller de brefs résumés des principaux jalons d’un pourtant grand moment de l’Histoire.

Mais le pire de ce que contient cette édition dominicale est proféré par un donneur de leçon, un vieillard dont le grand fait d’arme fut de traverser la quasi-totalité de l’an 1968 en la compagnie de Milos Forman.

Un certain scénariste que je tins en estime.

Pitoyable caricaturiste au demeurant.

Passe encore qu’il manifestât ce médiocre talent-là dans son survol planétaire.

Passe encore qu’il moquât la jeunesse américaine d’alors, celle qui s’allongeait, selon les dires du vieillard, dans Central Park « avec un joint de Marijuana, sans rien faire », imaginant ainsi que cela « allait changer le monde et stopper la guerre du Vietnam ».

Sinistre.

Imbécile.

Comme une trahison de l’esprit des combats que mena cette jeunesse.

Face au capitalisme mortifère, face à l’impérialisme lui-même américain qui de Hanoï à Saigon massacrait tant et plus.

Et puis son mépris à l’encontre des mouvements qui en France firent vaciller le pouvoir gaullien.

Le vieillard n’avait entraperçu que les reflets que lui renvoyait la société des nantis à laquelle il était viscéralement lié, dont il n’a jamais cessé de défendre les intérêts.

Lui qui ne vit rien du « vrai » Paris de 1968.

Lui qui, avec le recul nécessaire, n’observa que la partie visible de l’iceberg, celle sur laquelle trônèrent d’inconséquents « leaders » récupérables par la Machinerie étatique.

Lui qui n’a pas marché au milieu des foules de gens ordinaires.

Lui qui n’a pas chanté au beau milieu de ces foules-là, avec tous ces gens dont les rêves dépassaient sans aucun doute son entendement.

Lui qui n’a pas vibré aux instants du bonheur partagé par des multitudes de femmes et d’hommes montant à l’assaut des citadelles à l’abri desquelles la classe capitaliste faisait régner « son » ordre politique et social.

Lui qui n’a pas goûté à ce parfum de liberté qui enivra les damnés de la terre de France.

Au point qu’il oublie de ne serait-ce mentionner dans son énumération des « choses profitables » qui émergèrent de Mai 1968 les conséquences des grèves ouvrières.

La grande peur de la classe capitaliste, associée à celle des hommes politiques de droite, laquelle poussa le Général aux bras si longs, celui-même qui dix ans plus tôt avait reconquis le pouvoir au lendemain d’un coup d’état fomenté par un quarteron d’Engalonnés qui n’avaient alors pas hésité à trahir les idéaux de la République.

Les acquis pas si négligeables que cela qui résultèrent des accords de Grenelle.

Et surtout, oui, surtout, cette conviction désormais inscrite dans les mémoires que rien ne serait impossible.

Le vieillard, face à ce beau chambardement, en est resté au récit dont Louis Malle fit un film insignifiant.

« Milou en mai ».

Ce titre ne vous dit rien ?

Cela n’a aucune importance.

Les histoires d’héritage de nantis provinciaux sont du genre ennuyeux.