SAURAMPS

 

 

 

 

 

 

Sauramps le proclame en une de son site : « L’ART D’ENTRER EN IMMERSION CULTURELLE ».

Chez eux.

Au Triangle.

Depuis le mardi 20 mars, je sais que cette proclamation est fallacieuse, voire même mensongère.

Le Liseur qui pénètre dans l’enceinte de la librairie Sauramps découvre désormais ce qui présente toutes les apparences de l’officine  d’une quelconque STASI remodelée à la sauce fontessienne.

Je m’explique.

Mardi 20 mars.

Je concrétise mon intention de faire l’acquisition de deux, trois, peut-être même quatre romans parmi ceux qui sont parus au cours dernières semaines.

J’entre par la porte du rez-de-chaussée.

J’ai à peine le temps d’atteindre la première table d’exposition des ouvrages – celle qui rassemble les auteurs francophones – qu’une Bécassine m’interpelle.

Plus que sa requête, son exigence ?

Savoir ce que contient mon cartable.

Un contenu qui n’appartient qu’à moi, qui relève exclusivement de ma vie privée, qui m’accompagne parce que je suis un Liseur susceptible à tout moment de s’en revenir au roman qu’il découvre depuis quelques heures déjà.

Je refuse.

Je suis un honnête homme et je n’ai pas à me soumettre aux exigences arbitraires de la flicaille « maison » installée au cœur de la librairie par des sbires fontessiens.

Je ne fréquente pas une quelconque épicerie mais une librairie.

J’entends m’immerger dans la culture sans avoir à me justifier de quoi que ce soit.

Je suis un homme libre.

Une affirmation qui dépasse l’entendement de la Bécassine laquelle s’en va illico quérir du renfort.

En l’occurrence, l’agent exécutif de la STASI interne.

Pire que celui qui, en 1967, à mon entrée à Berlin Est, prétendit prendre connaissance du nom des auteurs et du titre des ouvrages que j’avais alors emportés avec moi.

Là encore dans mon cartable.

Suintant, cet agent-là, la mauvaise vaseline par tous les pores de sa peau.

Susurrant les phrases toutes faites à lui inculquées par les sbires fontessiens.

Chef de la malheureuse Bécassine, mais vil et obséquieux serviteur de ses maîtres.

Méprisable et donc méprisé.

Tant il est vrai qu’il existe des fonctions indignes, et que celle qui consiste à porter atteinte à la dignité de l’individu qui ne manifeste qu’une envie immodérée d’immersion culturelle, que cette fonction résiduelle de chien de garde édenté et bafouillant n’a pas à être respectée.

Le mardi 20 mars, Sauramps, désormais flicardisé, a perdu un vieux et fidèle client.

J’irai m’immerger en d’autres lieux, auprès de gens qui n’éprouvent pas encore le besoin de suivre à la trace ceux qui revendiquent haut et fort leur liberté.