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Vous lirez ou vous ne lirez pas (voir ci-dessous) cette longue contribution d’Elsa SABADO (Médiapart) intitulée « A Montpellier, Philippe Saurel reconfigure le paysage politique à marche forcée ».

Une contribution utile, qui contient des analyses pertinentes, mais qui laisse également entrevoir des « lacunes de complaisance ».

Le Baron de Machinchose, Hercule des Foires électorales, fut élu Maire de Montpellier de défaut, les Montpelliérains qui votèrent ayant rejeté le candidat des Solférinistes plus qu’ils ne firent confiance au chirurgien-dentiste (élu avec moins de 20% des inscrits)

Un score quasiment invariable au cours des derniers scrutins.

Ce qui signifie qu’en trois ans de mandat, Philippe Saurel n’a pas su élargir sa base électorale.

Normal : il est une sorte de résidu, voire même de scorie, du vieux système politique dont prétendent s’extraire les farfadets de « La France en Marche ».

Philippe Saurel tente depuis plus de trois ans de rattraper le temps perdu, lui qui ne fut qu’une roue de secours destinée à tenir en équilibre, avec quelques autres, la machinerie conçue par Georges Frêche.

Trente longues années comme le rappelle Elsa SABADO !

Féal du Comte d’Evry, il fit de Montpellier et de l’Agglomération, dès son élection, une sorte de laboratoire politique destiné à tester les outils de la conquête du parti qui n’était déjà plus socialiste.

Puisque lui, Phiphi, ne fut jamais socialiste, mais simplement membre d’une « fraternelle » pressée de dilapider l’héritage de Jaurès.

Il accompagna Valls jusqu’à ce que l’Hystérique soit ratatiné par ses pairs.

Puis il chercha très vite refuge du côté du probable vainqueur, l’ancien commis aux écritures de la banque Rothschild.

Bien accueilli par Manu, le Phiphi de Montpellier.

La suite, celle qui concerne les territoires languedociens, Elsa SABADO la décrit plutôt bien.

Sauf que je trouve quelque peu indécent d’accorder le beau rôle au maire de Grabbels, fidèle compagnon du camarade Santerre.

Car enfin, dans ces structures de copinage que sont les Agglomérations et les Métropoles, qu’en est-il de la démocratie ?

Pourquoi ce compagnonnage entre des gens auxquels le suffrage universel n’a pas concédé le pouvoir de gérer les affaires communes ?

Quels intérêts communs qui aient pu les rapprocher sinon l’espoir de gagner un peu de notoriété à travers ce jeu des images diffusées avec tant de complaisance non seulement par les outils de la propagande communautaire mais également par la presse locale (Midi-Libre et Gazette de Montpellier) ?

Pourquoi Veolia et ce marché de dupe auquel a consenti le fidèle compagnon du camarade Santerre ?

Saurel aurait-il été en mesure de manœuvrer comme il le fit dès le départ si le maire de Grabbels n’avait entretenu avec lui une liaison qui virginisa l’ambitieux et si empressé maire de Montpellier ?

Saurel qui dès les premières semaines de son mandat se révéla ce qu’il avait toujours été : un homme de droite.

Au nom du respect de ce qui fait outrage à la démocratie (à savoir des assemblées non élues au suffrage universel), le fidèle compagnon du camarade Santerre a permis au Baron de Machinchose de se camoufler et d’entretenir l’illusion qu’il était l’homme d’un nouvel art d’agir en politique.

Alors même qu’il fut et qu’il reste un acteur inconséquent et somme toute fort médiocre de la si vieille façon de faire de la politique.

 

 

 

 

 

« Voix étranglées, larmes, éclats et invectives… L’atmosphère du conseil de Montpellier Méditerranée Métropole, ce matin du 5 juillet, était au mélodrame. Les élus étaient d’abord restés cois de surprise lorsque Philippe Saurel, président de cette assemblée, leur avait annoncé le 26 juin, en conférence des maires, que seuls les vice-présidents acceptant d’entrer dans un groupe « En Marche et apparentés » garderaient leur fonction de vice-président et leur délégation. Depuis, la nouvelle avait fait son chemin dans les consciences, et ce matin de juillet, chacun avait fourbi ses mots, comme autant de piques, pour dénoncer le « changement de stratégie » de Philippe Saurel, d'autant plus inattendue que lui-même n'est pas membre du mouvement d'Emmanuel Macron, qu'il a pourtant soutenu à la présidentielle.

L’amertume est à la mesure de l’espoir que le maire de Montpellier avait suscité dans la population, a fortiori chez les maires des communes avoisinantes. En 2014, Isabelle Touzard gagne les élections municipales de Murviel-lès-Montpellier dès le premier tour avec 55 % des voix pour sa liste divers gauche, citoyenne et écologiste. Cette directrice adjointe de l’école Montpellier SupAgro gagne l’élection sur son opposition à la construction d’une ZAC de 500 logements dans son village. Au lendemain du second tour de l’élection, Philippe Saurel l’appelle. « Ce que vous faites est très intéressant. Je vais prendre la présidence de l’agglomération, et j’aimerais vous avoir dans mon exécutif, car je veux mettre en place une gouvernance à l’image de nos listes, paritaire, et en donnant plus de poids aux communes », lui expose-t-il. « Il m’a attribué la délégation que je voulais, celle de l’agriculture. Avec les membres de ma liste, on n’était pas branchés politique, on n’avait pas de parti et pas d’expérience. Du jour au lendemain, je suis devenue maire de Murviel et vice-présidente de l’agglomération », reprend l’édile.

À Montpellier même, Philippe Saurel vient d’emporter les élections municipales contre Jean-Pierre Moure. Avec Hélène Mandroux, les deux hommes se partageaient l’héritage de Georges Frêche. Mandroux a renoncé, Moure a obtenu l’investiture du PS à l'issue d'une primaire militante, quand Saurel a refusé d’y participer, convaincu qu’elle allait de toute manière être l’objet de « tripatouillages ». Le dissident constitue alors une liste « citoyenne » opportunément intitulée « Montpellier, c’est vous », et mène une campagne au cours de laquelle il se présente comme « anti-système », appelant à un Podemos français « aux racines radicales-socialistes », s’insurgeant contre les « diktats de Solférino ». Il intègre même dans son programme le retour à la régie publique de l’eau, une proposition portée par René Revol, maire de la commune voisine de Grabels et figure locale du Parti de gauche, puis de La France insoumise. « Il est arrivé avec un programme politique bigarré, qui sortait de l’ordinaire, un discours au-delà des partis… “de type macronien”, en disant aux gens : “Vous pouvez faire de la politique ailleurs, l’important, c’est que l’on fasse ensemble en métropole”… un modèle que théorisera Macron », analyse Emmanuel Négrier, chercheur au Centre d’études politiques de l’Europe latine. Et il gagne l’élection, à 37 % contre 27 % pour l’officiel du PS.

Malgré ses trente ans dans l’ombre de Georges Frêche, et bien qu’il renonce le soir même de sa victoire à sa première promesse, celle de ne pas présider l’agglomération, Philippe Saurel avait réussi à faire croire au « nouveau » Philippe Saurel. Jusque dans son look : désormais, il ne rentrerait plus sa chemise dans son pantalon. Outre cette mesure radicale, pendant trois ans, il conduit l’agglomération sans anicroche. Son exécutif est pluriel et paritaire, et surtout, il met en place un « pacte de confiance des maires ». Celui-ci garantissait la « souveraineté communale » et associait les communes aux décisions : avant d’être votés à l'échelon intercommunal, les projets devaient être votés à la majorité devant une conférence des maires, où s’exerçait le principe « un maire égale une voix ».

Grâce à ce système, Philippe Saurel parvient à transformer l’agglomération en métropole. L’institution révise le schéma de cohérence territoriale, remet l’eau en régie publique, relance Amétyst, l’entreprise chargée du traitement des déchets… « On discutait vraiment le fond des dossiers, les vice-présidents maîtrisaient leurs sujets », raconte Isabelle Touzard, un brin nostalgique. La politique politicienne était laissée à la porte, croyait-elle.

Mais le temps a passé, et les élections aussi. La cote de popularité de Philippe Saurel s’érode inexorablement. En 2015, aux élections départementales, il « surfe » sur sa victoire aux élections municipales et emporte quatre des cinq cantons de l’Hérault. Aux régionales, où il présente une liste indépendante, il réalise seulement 5 % des suffrages. Aux présidentielles, l’aiguillon du « socialiste sans parti » a du mal à trouver le nord. Il jette tour à tour son dévolu sur Juppé, soutient, avant de s'en désolidariser, deux jours avant la primaire du parti socialiste, son « ami » Manuel Valls, tresse des lauriers à Jean-Luc Mélenchon pour finalement s’arrêter, en janvier 2016, sur Emmanuel Macron.

« Avec lui, nous prolongeons l'expérience citoyenne de Montpellier », expliquait-il à la presse en annonçant son entrée dans le staff de campagne du futur président. La suite, c’est Joël Raymond, maire de Montaud et « marcheur » de la première heure qui nous la raconte : « Puis Emmanuel Macron est élu. En contrepartie de son soutien, Philippe Saurel veut avoir un œil sur toutes les investitures aux législatives dans la région. Il essaie de dealer cela en direct avec Emmanuel Macron. Mais le staff de Gérard Collomb, responsable des investitures pour En Marche!, trouve qu’il est un peu trop gourmand et lui accorde seulement deux circonscriptions sur les quatre de Montpellier. »

Une question de confiance

Dans la première circonscription, Patricia Mirallès, conseillère municipale de la majorité « saureliste » à Montpellier, se présente. Dans la seconde, où vote la grande majorité des montpelliérains, Stéphanie Jannin, une des adjointes de Philippe Saurel, se porte candidate, avec le soutien de Philippe Saurel. Coralie Dubost et Nicolas Démoulin, d’authentiques macronistes sans rapport avec Saurel, seront quant à eux investis sur la troisième et la huitième circonscription de l’Hérault.

En juin dernier, la seconde circonscription sera le théâtre du drame de Philippe Saurel. « Sa » candidate est opposée à Murielle Ressiguier et son suppléant René Revol, compagnon de route de Jean-Luc Mélenchon et leader local de La France insoumise, qui a fait l’un de ses meilleurs scores à Montpellier à la présidentielle, remportant 31 % des suffrages. En pleine campagne, Stéphanie Jannin est renvoyée devant le tribunal correctionnel pour prise illégale d’intérêt. Pourtant, au soir du premier tour, elle mène la danse, avec 28 % des voix, devant Muriel Ressiguier, à 22 %. Au second tour, c'est pourtant cette dernière qui emporte la députation avec 52 % des voix. Une gifle d’autant plus forte que, dans la troisième circonscription, c’est Coralie Dubost qui remporte le mandat avec 60 % contre La France insoumise. Philippe Saurel est fragilisé, pris en étau entre La France insoumise et « En Marche! ».  

« Dans cette situation, il ne peut pas rester inerte sans subir », relève Emmanuel Négrier. En effet : « C’est là qu’il a décidé de prendre le taureau par les cornes. Il nous a dit : “Je change de stratégie” », rapporte Isabelle Touzard. Lors de la conférence des maires du 26 juin, Philippe Saurel expose sa nouvelle doctrine à l’agglomération, qui tient en un mot : il a besoin d’avoir « confiance » en son exécutif pour les trois ans de mandat qui lui restent… et surtout pour sa réélection en 2020. Il exige donc des vice-présidents qu’ils entrent dans son nouveau groupe baptisé « En Marche et apparentés », sans quoi il leur ôte leur fonction et leur retire leur délégation.

Finie la politique de la « société civile » jusqu'ici déployée sur les ruines dépolitisées du frêchisme. Certains jugent alors que Philippe Saurel est emporté par sa folie. Dans un portrait de Libération, il répondait : « J’ai une chance dans la vie, c’est que personne ne me prend au sérieux. » « Saurel est quelqu’un qui fait de la politique très rationnellement, préfère croire un cadre du PS local. En prenant cette décision, il devient le président de la seconde collectivité macroniste du sud de la France, avec un milliard de budget. Il ne demande l’autorisation à personne, et met “En Marche!” devant le fait accompli. Il devient le patron de la métropole, et empêche Coralie Dubost de prendre son autonomie, en mettant le territoire en coupe réglée. En trois ans, il rattrapera les quelques maires qu’il a froissés par sa manœuvre. Enfin, il met sous pression Carole Delga, la présidente socialiste de la région Occitanie, pour les prochaines régionales en 2021. » Il faut ajouter à toutes ces explications son souhait d’éliminer politiquement René Revol. « Il a senti le vent du boulet, pense le dirigeant de la FI de l’Hérault. Avec les législatives, il a compris que nous pouvions être un danger, et préfère nous empêcher d’agir. »

À l'issue du revirement stratégique de Saurel, six vice-présidents refusent d’entrer au nouveau groupe « En Marche et apparentés ». Ils refusent également de démissionner. C’est donc en séance que Philippe Saurel fait voter, un à un, leur destitution. C’est l’occasion pour chacun d’amener ses arguments contre cette nouvelle stratégie, dans une ambiance lourde. Catherine Dardé y exprime ainsi son désarroi, la voix pleine de larmes : « Nous nous connaissons depuis longtemps, je croyais à une confiance et une estime réciproques, j’ai cru en votre considération et même avec un peu d’amitié. Lorsque vous avez dit que nous reprendrions les réunions normalement après les élections législatives, j’ai eu la naïveté de le croire. C’est cela aussi, la société civile. » « En quoi ai-je trahi votre confiance? En quoi ai-je failli dans ma présidence ? », martèle alors ensuite Isabelle Touzard au micro.

Même Jean-Pierre Grand, conseiller métropolitain et proche de longue date de Dominique de Villepin, n’en revient pas : « En 34 ans et demi de mandat, jamais, jamais je ne me suis fait avoir comme ça ! Je suis le roi des cons ! Et dire qu’il nous a vendu sa salade en disant qu’il respectait tout le monde ! », tonne-t-il dans son bureau. Ces accusations de trahison ne ternissent pas l’éclat du sourire de Philippe Saurel. Elles accentuent même la malice qui anime son regard. « Que voulez-vous, je fais de la politique, assume-t-il au 8e étage de sa grande mairie. Il est bien évident que je choisirai l’exécutif qui m’accompagnera jusqu’en 2020 aux élections municipales et à la métropole, un exécutif en qui j’ai confiance. Quand on va au combat, on s’entoure de généraux de confiance. (...) Et puis, personne n’est propriétaire de son mandat. Il faut toujours se souvenir que tout peut s’arrêter du jour au lendemain »… Le “nouveau Philippe Saurel” n’aura tenu que trois ans.

Cyril Meunier, maire sans étiquette de la ville de Lattes, une des plus grosses villes de la métropole, faisait partie des meubles de l’institution, où il siégeait depuis 16 ans. Il est l’une des victimes de Philippe Saurel. « Depuis la création du district, il y a 52 ans, nous n’avions jamais politisé la gestion de l’intercommunalité, raconte-t-il. Les maires y représentent leur commune. Un mois avant les législatives, Saurel avait réuni l’ensemble des maires au château de Castries en maintenant qu’on ne politiserait pas la métropole, qu’on continuerait à travailler sans esprit partisan. »

Il poursuit : « Juste après les législatives, Saurel nous explique que Macron a envoyé un message. Que le président veut que des groupes “En Marche!” se constituent dans les grosses collectivités. Et qu’il veut lui-même créer un groupe “En Marche et apparentés” pour qu’on soit les premiers à faire ce genre de chose. Mais ça ne correspond pas à notre philosophie ! » « Il crée un groupe s’il veut. Mais ce qui est inadmissible, c’est que ce groupe truste l’ensemble des vice-présidences », conclut le maire de Lattes, se proclamant le plus « macron-compatible » d’entre tous. « Vous sabordez le pacte de confiance des maires, vous sabordez la pluralité politique, fondement de toute intercommunalité, vous blessez la démocratie locale, vous sonnez le glas de l’esprit de décentralisation et de l’entente intercommunale », s'emporte Catherine Dardé. René Revol y voit une rupture du « service public communal », et reproche à Philippe Saurel, outre la manœuvre politique, de ne pas préserver l’institution qu’il préside en mettant un frein brutal au travail amorcé.

« Une majorité de plat de lentilles »

La discussion en séance a aussi porté sur les modalités du vote. Les vice-présidents sur la sellette demandent que les conseillers métropolitains puissent voter à bulletin secret avec isoloir. Ils soupçonnent Philippe Saurel d’exercer des pressions en faisant surveiller les votes des conseillers par les membres de son cabinet, placés sur les balcons. Le président Saurel refuse. Finalement, les six vice-présidents seront démis par une cinquantaine de voix contre une trentaine. Puis remplacés par six nouveaux vice-présidents en qui Philippe Saurel croit pouvoir « faire confiance ». Six nouveaux qui ont, en tout cas, fait allégeance à son groupe métropolitain.

« Ce sont des gens qui ont promis de ne rien dire. Dudieuzère, Vendargues sont connus pour être à droite de la droite, analyse René Revol. D’autres appartiennent, dans d’autres collectivités, aux groupes LR. C’est une “majorité de plat de lentilles”. Elle ne marchera que s’il ne rencontre pas plus fort en face. » « À ce moment, Saurel fait sortir de l’exécutif des élus importants, qui ont de réelles compétences : le maire du Crès, François Bonnal pour le personnel, le maire de Lattes, pour les remplacer par des gens qui en ont beaucoup moins, et à qui il ne peut pas déléguer, relève Emmanuel Négrier. C’est un retour au frêchisme, mais dans un contexte différent. Cela appauvrit l’action métropolitaine. Un grand gâchis. »

 En conditionnant la participation à l’exécutif à l’adhésion à un groupe, Philippe Saurel anticipe aussi le passage des métropoles au suffrage universel et direct, prévu pour 2020. Il joue sur le statut de transition de la métropole : aujourd’hui un établissement public de coopération intercommunal, demain, une collectivité. « Hier, on faisait de la gestion, aujourd’hui, on fait de la politique », dit simplement Saurel. Sauf qu’entre hier et aujourd’hui, il n’y a pas eu d’élections. « Quand bien même je serais d’accord avec En Marche!, j’ai reçu un mandat de mes administrés. Je ne peux pas, au beau milieu de ma mandature, rentrer dans un groupe politique sans les trahir », explique Isabelle Touzard, la maire de Murviel. Pour autant, faire un recours au tribunal administratif ne fait pas partie de leurs options. Les six vice-présidents et les conseillers qui les soutiennent formeront tout au plus à la rentrée un groupe de « défense des intérêts des communes ».

Tout aurait pu s’arrêter là. S’il n’y avait pas, outre le renvoi de René Revol dans l’opposition et la préparation des municipales, une troisième bande dans la partie de billard de Philippe Saurel : la prise du leadership d’En Marche! dans la région. « Il offre symboliquement sa métropole à La République en marche, en montrant au national qu’il peut compter sur Montpellier », souligne Emmanuel Négrier. Ce à quoi il s’attendait peut-être moins, c’est à trouver en travers de son chemin… des « marcheurs ».

Car les macronistes montpelliérains se sont divisés en deux face la stratégie du maire de Montpellier. Gilbert Pastor, ancien socialiste, l'a suivi, tandis que Joël Raymond, suppléant de Coralie Dubost, la députée qui est aussi référente départementale du mouvement En Marche!, s'y refuse. « Ce groupe créé par Saurel est une totale OPA sur En Marche!. C’est un kidnapping. Il s’est dit qu’il allait prendre cet espace avant que d’autres, Coralie Dubost, par exemple, ne prennent le leadership au niveau du département, ou au niveau de la ville. Il ne veut pas d’ombre pour 2020 », explique ce maire En Marche!. Philippe Saurel réplique : « C’est dans mon groupe qu’on compte le plus de personnes “En Marche!”, les sept conseillers départementaux du mouvement sont rentrés dans mon groupe, c’est moi qui suis majoritaire. »

Une situation ubuesque qu’il appartiendrait donc à la direction nationale d’En Marche! de régler, en distinguant ses marcheurs légitimes des usurpateurs. Pour les conseils municipaux, afin d'éviter la « cacophonie », la secrétaire générale Catherine Barbaroux l’a déclaré le 2 juin lors d'une convention du mouvement : « La République en marche s'opposera à toutes les initiatives destinées à créer un groupe sous cette étiquette dans les conseils existants. » Quid des intercommunalités ? La direction d’En Marche! peut-elle se passer d’un réseau tel que celui du maire de la septième ville de France, quand son opposant, bien que « canal historique », dirigerait un village de 1 000 personnes ?

« Le “cas Montpellier” n’est pas encore remonté aux oreilles du national », explique Arnaud Leroy, membre du comité politique d’En Marche!. Mais il rappelle la règle : « En Marche! a nommé des référents départementaux. Ce sont eux les animateurs politiques du mouvement. On a mis en place des règles qui permettent de s’affranchir des grands élus sur les territoires. » Puis il nuance : « Maintenant, il y a de grands élus. On ne va pas déboulonner Saurel. » Avant de faire la synthèse : « On verra comment on gérera ça. Il faudrait trouver un moyen de travailler en bonne intelligence. Il y a une ville et une agglomération, il y a de quoi faire, et sûrement de quoi trouver un terrain d’entente. »

Pour l’ensemble des interlocuteurs rencontrés, il est exclu que Macron ait fait de l’agglomération de Montpellier un « poisson-pilote » de ce que serait la stratégie d’implantation dans les territoires du mouvement d'Emmanuel Macron. Ce qui pourrait en revanche être « pilote », c’est le traitement qu’En Marche! réserve à cette situation. Il semble difficile, au vu de l’animosité qui oppose Joël Raymond (et a fortiori Coralie Dubost) à Philippe Saurel, qu’un accord soit trouvé dans l’immédiat. Une solution difficile se présente au mouvement : adouber un notable local au puissant réseau, ou faire confiance à ses adhérents de la première heure, qui ont justement rejoint En Marche! par rejet de la « politique politicienne », pour « casser les codes » et renouveler la politique.

Le calcul de Philippe Saurel est-il le bon ? Va-t-il réussir à éliminer La France insoumise, tout en prenant le leadership local sur En Marche! ? La trahison des petits maires, à qui il avait promis une politique « ouverte », laissera-t-elle des traces dans les consciences des électeurs montpelliérains ? S’en souviendront-ils au moment de voter en 2020 ? « C’est à la fin des vendanges qu’on compte les comportes », estime l'édile au sourire goguenard. »