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Mes amis emmurés…

Mes quasi camarades…

Mes Frères tuméfiés…

Vous tous, qui détenez la Vérité.

La Vérité que je n’ai ni le pouvoir ni l’envie de récuser, puisqu’elle se conjugue à l’autre Vérité, l’Officielle, celle qui se proclame urbi et orbi depuis la ville capitale jusqu’aux plus reculées des campagnes du pays de France.

Je vous ai compris.

Il n’est que vous qui fassiez barrage contre le fascisme.

Vous qui apporterez votre suffrage à l’Avorton tout en feignant de vous tenir à distance de ce Farfadet, en vous bouchant (oui, je l’ai lu) vos naseaux si sensibles aux inconvenants remugles et même (là encore, je l’ai lu) en vous voilant la face.

Voilà donc que vous vous préparez à mettre à profit l’instant électoral pour exprimer la répulsion que vous inspirent la Gorgone et ses affidés.

Vous, intellectuels, maîtres à penser, analystes, politotologues, défaiseurs d’opinions, transfuseurs d’idéologies conformes.

(Les Médiatouilleurs, quant à eux, appartenaient, avant même cet instant électoral, à la corporation qui œuvra tant et plus pour que la Gorgone et ses affidés atteignent à ce stade à partir duquel l’irréversible, à tout instant, risquait de survenir.)

Et pourtant, cette menace qui vous fait tant frémir et vous conduit à vous indigner, elle n’est pas apparue en ces journées d’avril, lorsque le Peuple fut convié à participer à la Farce au terme de laquelle est élu le Monarque.

Elle ne résulte pas de je ne sais quelle génération spontanée.

Elle est une constante.

Une constante qui n’indifféra peut-être pas les belles âmes que vous êtes, mais tout de même une constante dont vous vous accoutumâtes, ce qui lui laissa le temps d’étendre son emprise sur la société française.

(Comme elle s’étend, ce qu’il serait indécent d’oublier, à la presque totalité des sociétés européennes, jusqu’à celles qui vous semblaient être des modèles de vertu démocratique et sociale.)

Croyez-vous, en votre intime conviction, que l’instant électoral qui vous a sorti de votre torpeur, pour peu qu’il vous délivre de vos infantiles angoisses dès lors que l’Avorton accéderait au Trône, croyez-vous, disais-je, que cesserait d’un coup d’un seul la pourtant résistible ascension de la Bête immonde ?

(Oui, je vous lis, et j’ai honte pour les quelques ceux d’entre vous qui s’en vont puiser chez Brecht les quelques lambeaux de phrases destinés à camoufler vos silences et vos renoncements antérieurs.)

Il n’y eut pas de génération spontanée.

La Bête immonde prospère d’abord et avant tout sur les reniements et les trahisons perpétrés par tant et tant de vos amis.

A commencer par ce Monarque finissant englué aujourd’hui dans des postures morales mais qui outragea le Peuple par le renoncement à ses promesses électorales, dont la plus symbolique d’entre elles que vous n’avez sans doute pas oubliée, dès le lendemain de son investiture.

Je suis d’Ardenne, je l’ai déjà rappelé.

Ce pays de vieilles industries semble s’être converti au culte de la Bête immonde.

Les résultats électoraux font en effet froid dans le dos.

Dans cette Vallée Rouge d’autrefois qui, depuis Charleville, monte plein nord vers le pays flamand, là où il y a cinquante ans des fleurons de l’industrie française (Arthur Martin, ça vous parle, non ?) donnaient de l’emploi à des milliers d’ouvriers, il n’est plus désormais que ruines.

La destruction systématique.

L’anéantissement.

Et pourtant !

Durant tant et tant d’années, via les multiples scrutins, les ouvriers de la Vallée Rouge ont continué à accordé leur confiance au parti communiste, puis à ce parti qui était encore un peu socialiste.

Combien d’affronts ont-ils dû subir, combien d’outrages, avant qu’ils n’entérinent leur rupture avec le vieux parti bolchevique finissant, avec le parti de Jaurès colonisé par une armada d’aventuriers et de carriéristes ?

Combien d’humiliations avant qu’ils n’osent franchir le pas et qu’ils ne clament leur colère via ce vote que vous récusez, que vous blâmez ?

Ils ne sont pas plus racistes que vous ou moi.

Ils le sont infiniment moins que celles et ceux avec lesquels vous allez vous acoquiner sous le fallacieux prétexte de sauver la République.

Une République qui, elle-même, n’est plus que ruines.

Puisque les Puissants auxquels vos amis se sont soumis en ont voulu ainsi.

Ce monde des ouvriers ne s’est pas converti.

Il n’est pas prêt à combattre au nom des valeurs abjectes de je ne sais trop quel nouveau Reich.

Il lutte, avec l’arme qu’il lui reste, pour sa survie.

Cette arme désuète, le vote qui s’inscrit dans le processus qu’analysa non sans pertinence voilà 50 ans l’homme et ancien Monarque qui fut enterré à Jarnac : celui du Coup d’Etat Permanent.

Vos hurlements frénétiques, l’hystérie de vos propos leur font injure, comme ils font injure partout en France à celles et ceux qui sont aussi des humiliés.

Vous voterez pour l’Avorton.

C’est votre droit.

Mais de grâce, cessez d’assassiner celles et ceux qui sont les victimes de la barbarie capitaliste, celle-là même que vous ne dénoncez pas, celle qui vous convient peut-être dans la mesure où elle vous nourrit.

Ceux-ci et celles-là, d’Ardenne ou d’ailleurs, sont mes frères humains.

Je ne puis tolérer qu’au nom de vos bassesses, de vos renoncements, de vos trahisons, vous instruisiez à leur encontre un procès dont les relents un tantinet fascisants m’exaspèrent.

 

A Voce Rivolta !