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Baguenaudant ces deux derniers matins dans les rues ombragées du vieux Montpellier, je fis d’étranges rencontres, celles de fantômes que j’avais enfouis dans les tréfonds de ma mémoire.

Mercredi.

Ahanant, soufflant, transpirant sur une bicyclette hors d’âge semblable à celle sur laquelle Jean Robic s’illustra il y a fort longtemps dans les lacets du col du Tourmalet, une sorte de moinillon tentait de gravir la rue fort pentue qui conduit jusqu’à l’échoppe où officient des boulangers d’exception.

(Une « sorte », car je dois l’aveu de mon ignorance des rôles et fonctions de la quasi-totalité des personnels de la Vaticancanerie.)

Zigzagant même dans les dix derniers mètres, au point que je ne craignis alors qu’il ne finisse de même façon que Tom Simpson sur les pentes du mont Ventoux.

Aussi l’applaudis-je lorsqu’il passa devant moi, visage écarlate, la livrée retroussée sur de maigres mollets, le crucifix accroché à une ceinture sur laquelle il avait enfilé des noyaux d’olives (référence évangélique).

Indifférent à mes applaudissements, il relança son effort en direction du Palais de Justice et de la Cathédrale.

D’où le tonitruant « A bas la calotte » que je proférai et qui arracha un sourire à une quadragénaire pressée de gagner l’abri des murailles derrière lesquelles s’enseignent, me semble-t-il, les arts dramatiques.

Ce jeudi.

Imprudentes mais obstinées, deux religieuses défient la rame dorée du tram qui descend à vitesse modérée le boulevard du Jeu de Paume.

Elles lui grillent la politesse au niveau de la rue saint Guilhem, tout en esquissant, chacune à sa façon, ce qui prend les apparences d’un entrechat devant le regard éberlué du traminot.

« Des apparences », tant il est vrai que mon imagination supplée à ce que dissimulent les robes (appelle-t-on cela des robes chez les spécialistes des vaticancaneries ?) et qu’elle me donne à voir, ma déclinante imagination, des gambettes façon Moulin Rouge (plutôt que Crazy Horse).

Je m’étends.

Je m’égare.

C’est que l’ostentatoire adossé au prosélyte suscite en moi moult remous.

Moindre que ceux qu’auraient provoqués les simagrées auxquelles se livrent, chaque  15 août, les adeptes de saint Roch fort nombreux en cette bonne et belle ville de Montpellier, si je m’étais trouvé dans l’obligation de les observer.

En ces circonstances-là, point d’émotions médiatouilleuses.

Pas un seul cri d’orfraie.

Le moinillon, les deux religieuses, les foules enfiévrées gesticulant derrière la représentation iconographique de saint Roch, les normes franchouillardes ne sont pas outrepassées.

Ne survit-on pas dans cette merveilleuse nation que d’aucuns considèrent toujours comme la fille ainée de l’Eglise cathodique ?

Mais qu’une hérétique osasse s’immerger dans les eaux si pures non pas du Jourdain mais de la Méditerranée, une hérétique engluée dans d’étranges atours, et voilà que la Grosse Bertha Médiatouilleuse tonne, comme disait l’Autre, aux quatre coins de l’Hexagone.

Voilà que le Comte d’Evry, si ressemblant à Beria que je suis pris de soudaines et incompressibles nausées rien qu’à mentionner son nom, oui, voici que le Grand Chambellan disserte sur les droits des femmes (dont celui que la loi leur reconnait de s’affubler comme bon il leur semble, même pour faire trempette dans les eaux si pures, non pas du Jourdain, mais de la Méditerranée).

Je m’isole.

Je me camisole.

Ne surtout pas accompagner cette régression morale et intellectuelle qui fait de ce pays où je ne naquis que par hasard la risée des âmes bien nées qui n’ont rien égaré (donc là où il ne le faut pas) de leur esprit critique.

 

 

A Voce Rivolta !