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Cher Rodrigo !

Voilà donc que le Grand Chambellan t’inflige une volée de bois vert.

L’ardent et vindicatif défenseur de la francitude n’a pas supporté quelques-unes de tes confidences, celles qu’un quotidien espagnol reproduisit dans ses colonnes.

Du style : « Les gens aimaient avoir leur petit théâtre de province, leurs œuvres classiques qui les rassuraient, même s'ils s'endormaient dans leur fauteuil. »

Malheureux !

Tu as moqué ces braves gens que le Grand Chambellan s’évertue à séduire, ces moitiés de moribonds qui sont convaincus que le Théâtre n’est rien d’autre qu’une chose morte avant eux et qui applaudissent par convenance lorsque tombe le rideau de l’antépénultième représentation des « Fourberies de Scapin ».

Alors même que ces moitiés de moribonds pataugent déjà dans les marinasseries, qu’ils ne disposent d’autre référence que leur très vieille, leur si cacochyme France.

Et que les marinasseries, le Grand Chambellan y mit les pieds au plein cœur de l’été 2013, sans que trop de Consciences s’en soient alors émues.

(Je radote, cher Rodrigo, mais certaines phrases proférées par Celui-là me restent encore en travers de la gorge.)

Cet ancien Grand Chef des Argousins a saisi l’opportunité que lui offraient quelques phrases ironiques pour intenter contre toi un tant vil que médiocre procès.

C’est que ce tout petit personnage est doté des prédispositions qui en d’autres temps lui auraient permis d’assumer les sinistres fonctions d’Inquisiteur.

Mais au-delà de la saillie indigne d’un homme que l’on dit d’état, il est patent que le Grand Chambellan fournit des armes à tous ceux qui ici, en la bonne ville de Montpellier, rêvent de t’exterminer dans les plus brefs délais.

Ils te haïssent, Rodrigo.

La haine que vouent les médiocres, les pauvres d’esprit, les momifiés à l’encontre de ceux qui incarnent la vie, le mouvement, l’intelligence, la beauté.

Tu l’as peut-être observé : ils sont laids, hors d’âge, mesquins, ladres, si facilement apeurés.

Ils s’insupportent contre tout ce qui pourrait remettre en cause ce qu’ils estiment relever de leurs seuls privilèges.

Ils sont des ectoplasmes, familiers des discours infantilisants (les seuls qu’ils puissent entendre), que ce soient ceux qu’éructe le Grand Chambellan ou ceux que s’égosille à prononcer la toujours Fille à son Père.

Mais leurs affligeantes péroraisons prouvent à mes yeux une chose essentielle : tu as raison, Rodrigo.

Tu as raison de frayer des voies nouvelles, d’explorer l’avenir, d’essayer d’inventer un théâtre qui ne soit pas enclos dans les périmètres restreints d’une culture pétrifiée.

Les hommes de demain ont grand besoin de se confronter à ce qui est plus que l’innovation, à ce qui décille leur regard face aux violences, à l’intolérance, à l’arbitraire.

Les résidus du passé qui pétitionnent contre toi n’ont, eux, d’autre exigence que de t’éliminer du paysage culturel montpelliérain.

Un paysage dont ils ont l’outrecuidance d’affirmer qu’il est leur propriété exclusive.

Il n’est donc aujourd’hui que deux alternatives : soit leur laisser le terrain libre et leur confier la gestion du dépérissement culturel, soit mobiliser les forces vives, celles des hommes de demain, afin que la belle aventure que tu viens à peine d’initier soit enfin en mesure d’imprégner une société que les autres, tes contempteurs, sclérosent.

Ma conclusion coule de source, non ?

Bien fraternellement.