Une-hors-serie-Charlie-Hebdo-FN-janvier-2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Historique ».

Le mot s’affiche, se décline sur tous les tons, en mode majeur le plus souvent.

Avec tout ce qu’il faut de charge émotionnelle, celle qui bouleversa tant et tant de mes concitoyens.

« Historique » ?

Peut-être, sans doute même.

Mais ce matin, je n’obtiens ni dans mes lectures ni dans mes auditions pas de réponse satisfaisante sur la question que je me pose : dans quel sens, dans cet après auquel ne cesse de faire allusion le Grand Chambellan, oui, dans quel sens va s’orienter cette Histoire, notre commune Histoire ?

Dans le sens des Lumières ?

Dans le sens des Ténèbres ?

C’est qu’au sein des foules de ce dimanche, des opinions souvent antagoniques ont cohabité l’espace de quelques heures, mais aussi qu’à l’issue des défilés, rien ne permet d’affirmer que cet antagonisme ait, comme par enchantement, disparu.

L’œcuménisme, le consensus sont des leurres.

Même s’ils restent ancrés dans la vision politique que partagent ceux qui gouvernaient hier et une bonne part de ceux qui gouvernent aujourd’hui.

Les premiers éléments de réponse ne vont pas tarder à nous parvenir.

Peut-être étaient-ils déjà contenus en germe dans le discours que prononça samedi matin, à Evry, le Grand Chambellan.

Car les mots ont un sens, et ceux dont celui-ci fit alors usage suscitent en moi une très vive inquiétude.

Je pressens l’imminence de l’adoption, à travers ces mots-là, d’un nouvel arsenal législatif destiné à limiter et voire même à nous priver d’une partie de nos libertés.

Sous le prétexte de cette « guerre » contre le terrorisme dont la France deviendrait, en quelque sorte, et sur le modèle américain, la référence.

Je n’ai pas manifesté, car je refuse de participer à toute action destinée à entretenir la confusion.

Un positionnement personnel qui ne me conduit en aucune façon à mettre en doute la bonne foi de celles et ceux qui manifestèrent.

Chacun voit midi à sa porte.

Mais j’ai besoin, moi, que ma porte soit large ouverte afin que puisse entrer un maximum de lumière.

Cheminer auprès de gens qui se réclament de l’ancien Monarque, lui qui attisa tant de haines susceptibles d’alimenter les brasiers les plus insensés, cela m’était impossible.

Cheminer en la compagnie de gens qui se reconnaissent dans le Grand Chambellan, lui qui osa prononcer à l’encontre des Roms des propos que toute conscience authentiquement républicaine aurait dû condamner avec la plus extrême rigueur, cela m’eut été impossible.

Cheminer dans la proximité de Ministres qui, au nom des intérêts prétendument supérieurs de la France entretiennent des liens affectueux avec les Tyrans qui règnent du côté du Golfe Persique,  ces mêmes Tyrans qui financent les groupes terroristes, cela m’eut été impossible.

Cheminer sous l’ombre tutélaire non seulement d’Angela, de David et de l’Avatar du Franquisme, mais aussi (et entre autres) de ce premier ministre turc qui embastille en son pays et sans le moindre état d’âme les journalistes récalcitrants, cela m’eut été impossible.

J’ai porté le deuil de gens (dont certains me furent proches) dans l’intimité familiale.

Je ne parviens toujours pas à me résoudre que dans un proche avenir  j’ouvrirai les quelques journaux que je fréquente encore sans y retrouver les dessins de Cabu, de Wolinski, d’Honoré…

J’ai la rage au ventre.

Mais cette rage-là n’avait pas la moindre chance d’être entendue par celles et ceux que je viens d’évoquer.

Je n’ai pas déserté.

Je me suis abstenu, afin de ne pas ajouter de la confusion à la confusion.

Je me répète : je ressens une impérieuse nécessité de vivre en pleine lumière.

Cette lumière que me refusent ceux qui pilotent la machinerie étatique.

Tant je crains que ne me soit (que ne vous soit ?) dissimulée et peut-être même refusée la révélation de la vérité vraie sur cette sanglante affaire.

Je n’ai en effet pas d’autre alternative que de prendre pour argent comptant la thèse officielle, celle que rien ne viendra contredire puisque rien ne peut s’opposer à la « raison » d’Etat.

Malgré mes doutes, en dépit de mes interrogations non seulement sur le déroulement des évènements mais aussi et surtout sur leur interprétation.

Parmi les multiples fèces de boucs qui embaument ce qu’il est convenu d’appeler les réseaux sociaux, j’ai découvert des lambeaux de phrases à travers lesquels quelques-uns et quelques-unes se refusaient à se ranger dans la catégorie des « manipulés ».

Et pourtant…

Dès les premières minutes des tragiques évènements, l’information, celle qui consiste à ne relater que des faits avérés, a très vite laissé la place à la supputation plus qu’à l’analyse et au commentaire.

Quoique nous prétendions, nous avons subi et nous continuons à subir un matraquage de tous les instants dont aucun d’entre nous ne sortira totalement indemne.

Non point tant dans le fait que la Médiatouillerie servile ait récupéré la mort des Indociles que dans l’ancrage à la machinerie de l’idéologie dominante devenue en l’espace de vingt ans pensée unique.

Les pilotes de cette machinerie-là ont très vite compris tout le bénéfice qu’ils pouvaient tirer de la mise en scène de la dramaturgie.

En agissant de telle manière que l’immense majorité des gens ne disposent ni du temps ni des moyens d’exercer leur libre-arbitre.

A titre personnel, j’ai l’impression d’avoir vécu depuis plus de cinq jours la plus exceptionnelle opération visant à entraver ma liberté de penser.

Et cela dans le contexte de l’offensive incessante menée par les sbires qui ont reçu mission de diffuser la pensée unique.

Alors oui, je hasarde l’hypothèse selon laquelle l’Histoire ne cheminera pas dans la direction dont rêvent celles et ceux qui se réclament du Progrès et des Lumières.

Non que je sois par nature pessimiste.

Mais en raison même du délitement dans le pays où le hasard me fit naître des forces du Progrès, de la volonté même pas dissimulée par ceux qui nous gouvernent sous la bannière du socialisme qu’ils renièrent voilà fort longtemps de réduire à l’inertie ces forces-là.

Je crains, je redoute par-dessus-tout que les seuls et vrais bénéficiaires de cette longue et sanglante semaine ne soient les forces de l’Obscur, ces avatars des pages les plus noires d’une Histoire infiniment plus chaotique, infiniment moins fraternelle et si peu libertaire que celle qui s’enseigne à nos enfants.

Le Grand Chambellan a affirmé qu’il y avait eu un avant « Charlie » et qu’il y aurait donc un après « Charlie ».

Peut-être serait-il judicieux que les femmes et les hommes de Progrès, si elles et ils ne veulent pas être broyés par la machinerie qui concourt à la victoire de l’Obscur, se préparent d’ores-et-déjà à s’opposer à la mise en œuvre d’une sorte de « Patriot Act » à la française ?

Telles sont mes interrogations et mes craintes au lendemain de cette journée dont je ne fus, par choix, que témoin.

 

Pace è Salute !