COMEDIE....

 

Flatulences de France me reproche de ne pas lui avoir réglé la facture qui soldait ma consommation de gaz à Palavas.

(Palavas et ses deux nains de jardin, voilà que je commençais à les oublier, ces deux-là!)

J'ai donc téléphoné au service des récriminations de l'entreprise devenue capitaliste à l'insu de son plein gré.

Un jeune homme, sans doute fort mal rétribué, un jeune homme peut-être installé dans une soupente a décroché son téléphone au terme d'une minute et cinquante trois secondes de babillages insipides susurrés par une voix à la sensualité approximative.

J'ai expliqué à ce jeune homme tout autant courtois que diligent qu'il m'avait été impossible de payer une facture que je n'avais pas reçue.

Le jeune homme a farfouillé dans la mémoire de sa machinerie informatique.

Au terme de ses recherches, il m'a annoncé que quatre courriers qui m'étaient destinés étaient revenus au siège de Flatulences de France avec la mention "n'habite pas à l'adresse indiquée".

(A savoir la rue qui porte le nom d'une vieille crapule militarocolonialiste....)

Puis, dans la foulée, ce jeune homme (qui n'était peut-être qu'une boîte vocale intelligente?) m'a récité mes numéros de téléphone et adresse de messagerie intégrés dans la mémoire de la machinerie informatique de Flatulences de France.

Donc Flatulences de France disposait des moyens de me contacter et de m'interroger sur la validité de mes coordonnées postales montpelliéraines.

Ce qu'il s'est évité de faire.

Flatulences de France m'a par contre transmis le courrier qui suinte le mépris que porte le capitaliste sûr de son bon droit à l'encontre du présumé mauvais payeur.

Un courrier qui, par je ne sais quel prodige, fut déposé dans ma boîte aux lettres le mercredi 19 janvier.

 

 

COMEDIE...

 

La librairie Sauramps recevait, le mardi 18 janvier, l'écrivain haïtien Dany Laferrière.

Un écrivain hors normes.

Peu soucieux, cet écrivain-là, de s'engluer dans les angoteries qui font les délices des épiciers en édition et de leurs adjuvants.

(Voilà un an environ, j'avais recommandé à mes correspondantes et mes correspondants la lecture de ce que je considère comme le plus accompli des romans de Dany Laferrière, "L'énigme du retour".)

La rencontre eut pour cadre le salon du Belvédère, sorte de verrue greffée au sommet du Corum.

Un cadre détestable, un cadre indigne tant du talentueux écrivain que de ses lecteurs, aussi modestes fussent-ils. Un cadre misérabiliste, enlaidi par des sièges si inconfortables que quarante-huit heures après l'évènement, ma colonne vertébrale peine toujours à retrouver sa verticalité.

 

 

COMEDIE...

 

Toujours ce mardi 18 janvier, à l'issue de la rencontre avec Dany Laferrière, j'emprunte le tram afin de regagner mon domicile.

Le tram? Une poubelle multicolre! Des détritus abandonnés jusque dans les plus petits recoins.

(Dont les pages de ces torche-cul qui se prétendent gratuits.)

Enfermé dans son bocal, le conducteur ignore le peu ragoûtant spectacle. Il ne lui appartient en effet pas de diffuser des notions de citoyenneté aux passagers (et passagères?) invertueux.

Mais peut-être se compta-t-il parmi les grévistes qui protestèrent il y a quelques semaines contre des actes d'incivilité d'une autre nature.

(Si oui, je lui garantis mon soutien.)

Reste tout de même que lui, mais surtout les syndicats qui le représentent devraient élargir le champ de leurs revendications.

Et si dans les trams comme dans les bus, les patrons de la Tam, gestionnaires scrupuleux sur un mode respectueux des seules règles du capitalisme triomphant, si ces patrons-là avaient enfin la bonne idée de mettre en place des personnels chargés du dialogue avec les usagers?

Plutôt que d'enclore dans la solitude un conducteur?

De remettre de l'humanité dans l'espace si particulier des transports publics?

De l'humanité, donc du dialogue, donc de la persuasion?