RAPPEL: 3 juin 2003.

(Nouvelle publication de l'article mis en ligne en 2008.)

Le Midi-Libre consacre une pleine page à l'évènement.

Dont une photo qui n'est pas sans évoquer les temps lointains des premiers conquérants de l'or noir: le jaillissement d'un geyser. Non pas de pétrole. Mais d'eau gazouillante. A Palavas. Une sorte de miracle. Dans les profondeurs de la terre, les techniciens de la chose sont parvenus à retrouver la trace de la source Jeanne d'Arc. Le 2 juin 2003 s'élance vers le ciel un magma d'eau et de boues.

L'enthousiasme est alors à son comble. Le journaliste, convié à immortaliser l'instant, ose un titre dans lequel le verbe n'est pas sans évoquer une autre source, celle de Vergèze.

ÇA PÉTILLE A PALAVAS!

Puis le témoin privilégié précise: "Après trente ans d'arrêt, la source d'eau minérale dite "Jeanne d'Arc" a été rouverte hier matin."

Soit donc le lundi 2 juin 2003.

Voilà bientôt cinq ans.

Dans une colonne qu'un secrétaire de rédaction place sur la gauche d'une page tout entière consacrée à ce qui prélude à la Révolution palavasienne, le journaliste, en toute indépendance de coeur et d'esprit, délivre quelques informations utiles sous un titre qui résume l'essentiel et l'accessoire: "Une eau gazeuse qui aide à digérer".

Après quoi, il précise: "Une eau gazeuse reconnue à l'époque pour ses qualités "minérales, toniques, digestives et curatives"....." Des qualités dont notre professionnel s'interdit de penser qu'elles aient pu être, depuis, affectées par les pollutions, puisqu'il ajoute: "... (une eau) que le député-maire a bien l'intention de remettre dans le circuit. Commercial, s'entend."

Eh oui! Christian Jeanjean siégeait encore au Palais Bourbon. Ou, du moins, était sensé y siéger. Un député-maire qui, s'il faut en croire celui qui ne s'est tout de même pas hasardé à rédiger son article en alexandrins, exprimait alors des ambitions dont aucun des lecteurs ne pouvait douter qu'elles assureraient la prospérité de Palavas (et induiraient de juteux contrats publicitaires pour le quotidien régional?). "Côté commercialisation, la construction d'une petite chaîne d'embouteillage est également prévue, si les analyses bactériologiques sont satisfaisantes."

Si!

Où en est-on, cinq ans plus tard?

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Foutre dieu!

Le Miracle ne s'est pas accompli. L'eau de la fontaine Jeanne d'Arc n'est toujours pas potable.

Alors que Christian Jeanjean lui-même l'avait annoncé au journaliste du Midi-Libre comme une certitude: "Nous avons déjà des contacts avec des Russes qui sont des gros consommateurs d'eau pétillante", annonçait hier, Christian Jeanjean, sous les embruns..."

Oui! Les Russes! Les nouveaux riches d'alors.

(Gageons que l'opération, si elle se renouvelait en 2008, susciterait l'intérêt des Chinois!)

Mieux encore! Le laudateur rétribué ajoute les trois points sur les "i": "Une fois l'autorisation d'exploitation en poche, Christian Jeanjean souhaite aussi mener à terme (sans jeu de mots!) son projet de balnéothérapie, sur la plage des Roquilles. Un projet qui devrait voir le jour dès l'an prochain."

Tiens , tiens! J'ai la mémoire qui flanche. En 2003, Christian Jeanjean ne promettait pas la thalassothérapie, mais la balnéothérapie! Et pour cause! L'état sanitaire de l'eau de mer n'aurait probablement pas permis de recourir à la première dénomination!

Et puis, notez: "... dès l'an prochain." ! Soit donc, si mes calculs sont exacts, en 2004.

Nous sommes en avril 2008. Il y a quelque chose qui cloche, non?

Le Midi-Libre a oublié.

Tant de gens ont oublié.

Telle cette envolée lyrique extraite de la présentation du sujet: "Comme il y a un siècle, Palavas-les-Flots retrouvera alors sa vocation de station balnéaire et le public pourra librement profiter comme autre fois, sur place, des vertus thérapeutiques de son eau...."

Cinq longues années.

Dans un quotidien aussi pointilleux sur le problème de la déontologie, si sourcilleux sur la question des libertés de la presse et de son indépendance, personne n'a eu l'idée de revenir enquêter. Sur un sujet qui avait tout de même mérité une pleine page, le mardi 3 juin 2003.

Pour conclure, je n'aurai de cesse d'omettre un point de détail, lui aussi évoqué par le journaliste. Je cite: "Située juste derrière l'église Saint-Pierre, la source sera aménagée, dans les prochaines semaines, par une fontaine agrémentée d'une statue équestre de la Pucelle d'Orléans."

La source, je le confirme, fut bien aménagée.

La preuve.

DSCN3845

Mais observez bien le monument.

Où se trouve donc la statue équestre de la Pucelle???

J'ai parfois croisé, lors de mes errances matutinales, une grenouille ou crapaud de fontaine (puisqu'il ne s'agit nullement d'un bénitier, le curé de la paroisse ne me contradira pas!).

Mais pas la moindre trace de la Pucelle d'Orléans chevauchant un vaillant destrier.

C'est à y perdre son latin!

De Messe.......