02 novembre 2009
Justes
Celui qui a la certitude de devenir, en mars prochain, le Grand Vizir du Languedoc-Roussillon avait décrété, en des temps qui ne sont pas immémoriaux, qu'il valait mieux héberger Le Pen à Palavas.
Plutôt que Antigone, dans une représentation programmée quelques mois auparavant.
Le Pen étant, à ses yeux, beaucoup plus rentable politiquement que l'héroïne de Sophocle et d'Anouilh.
Le Pen, le négationniste!
Depuis, il a coulé un peu d'eau sous les ponts du Lez.
Le futur candidat aux élections régionales considéra peut-être, au printemps dernier, qu'il serait judicieux de tenter de se concilier des hommes et des femmes qui, après tout, sont des électeurs et des électrices.
Il fit donc apposer, boulevard Sarrail, une plaque commémorative rappelant le séjour à Palavas des enfants d'Izieu (voir article).
Mais voilà, à Palavas, il arrive que l'on ait la mémoire courte.
Voire même qu'à l'insu de son plein gré on l'abandonne, cette mémoire, aux outrages du temps.
Voici donc une plaque apposée il y a à peine plus de six mois qui se dégrade à grande vitesse.
Non seulement le socle, mais la plaque elle-même.
"Toi qui passe garde la trace...
Et de ces évènements conserve le mot tolérance..."
La trace pourrait bien très vite disparaître.
Du moins dans la mémoire friable de ceux qui l'apposèrent à la va vite.
Comme celle des Justes.
Avec cette autre plaque, apposée elle aussi à la va vite et qui est essentiellement remarquable par son peu de visibilité.
Il faut donc s'approcher, dans l'hypothèse ou l'on a remarqué sa présence, pour lire:
Il y a quelque chose qui cloche, non?
Enfants d'Izieu
Palavas se souvient....
Palavas se souvient que quelques dizaines d'enfants juifs séjournèrent de 1941 à 1942 dans ce qui fut l'ancien Solarium marin....
Palavas se souvient, et je m'en réjouis.
Même si j'aurais souhaité un monument plus conséquent que cette simple plaque apposée boulevard Sarrail.
Quelque chose de plus lisible.
Quelque chose de plus "parlant".
La Mémoire n'est donc pas totalement occultée.
Ce qui est l'essentiel.
Celle de ces enfants, traqués d'abord et avant tout par les agents zélés du Maréchal, contraints à d'incessants déménagements pour échapper à ceux qui pourvoyaient les camps de la mort.
Celle des quelques Justes qui transgressèrent, y compris dans leurs fonctions officielles, l'ordre de collaborer avec les bourreaux.
Celle de l'abbé Prévost.
Celle de l'Oeuvre de Secours aux Enfants (OSE).
Celle d'une femme d'exception. Une infirmière militaire, Sabine Zlatin. Qui, dès la fin de l'exode, en juin 1940, se retrouva à Montpellier. Qui n'eut de cesse de faire sortir des centaines d'enfants des camps d'internements français, de leur trouver des refuges (dont Palavas).
Lorsque la Zone Sud fut occupée, en novembre 1942, par les nazis, la traque s'accélèra. La Gestapo et la Milice se lancèrent aux trousses de leurs victimes potentielles.
Sabine Zatlin, avec l'aide du sous-préfet Wiltzer, fonda alors à Izieu (tout près de Bugey, dans l'Ain), la "Colonie des enfants réfugiés de l'Hérault".
Le 6 avril 1944, Klaus Barbie et ses sbires firent irruption dans le petit village. Les 44 enfants et les sept adultes furent embarqués sans ménagement. Direction Drancy et Auschwitz.
Pas un seul de ces enfants ne survécut
La Mémoire s'est donc écrite de fort modeste façon à Palavas.
Il reste à veiller à ce qu'elle ne l'ait pas été de façon provisoire.
Pour moi qui n'ai pas la mémoire courte, je ne puis m'interdire de ressentir une certaine gêne.
Palavas n'est-elle pas la commune languedocienne qui, sous la houlette de son Edile, offrit à celui qui qualifia la Shoah de "détail" un hébergement pour les meetings au cours desquels ce sinistre personnage proféra ses diatribes racistes et xénophobes? Un certain 6 mars, Antigone y fut sacrifiée au profit du négationniste.
NB/ Pour mieux comprendre et ressentir ce que fut le climat si particulier de ces années si sombres, je suggère la lecture du bouleversant "Journal" qu'une jeune juive, Hélène Berr, écrivit entre 1940 et 1944 (Editions Tallandier).
NB/ Le Passe-Plats qui officie au titre de localier dans le Libre Midi n'eut même pas la décence de vérifier l'orthographe de la petite commune d'où furent déportés les enfants juifs: Izieu (qu'il gratifie d'un "y")!






































