Palavazouilleries

Ce blog s'est voulu éphémère. Il rebondit. Avec pour mission d'éclairer, d'informer sur ce qui se passe à Palavas. Donc d'enquêter, de mettre à nu un système qui repose sur le népotisme.

05 août 2008

SAUR

La ville de Palavas a concédé à la Saur la gestion de notre eau.

Il n'est donc pas inintéressant de connaître ce qu'il advient de la société qui a la confiance de notre Edile.

Je reproduis ci-dessous l'article publié dans le Canard Enchaîné du mercredi 23 juillet. Sous le titre: "Ruineuse remise à flot d'un marchand de flotte", Jean-François Julliard fournit d'utiles informations que ce même Edile n'ignore sans doute pas.

La Caisse des Dépôts a-t-elle gaspillé de l'argent public par dizaines de millions en arrachant un marchand d'eau française des griffes de l'étranger? C'est l'accusation que portent plusieurs industriels  de l'environnement depuis la prise de contrôle de la Saur par le petit groupe Séché, avec l'aide de la Caisse. Une bien belle histoire qui pourrait s'intituler: "Comment le petit poisson a gobé la baleine".

En 2001, Séché est encore une PME, spécialisée dans les déchets. Son savoir-faire attire l'attention de l'Etat qui lui vend une entreprise de traitement de produits toxiques. Aussitôt imité par la Caisse des Dépôts qui lui cède son "pôle environnement". Subitement, l'entreprise quadruple son volume.

Mais elle ne change vraiment de dimension qu'en 2007, lorsque la Saur, numéro trois de l'eau en France, est mise en vente. Naguère filiale du groupe Bouygues, la Saur est la propriété du fonds d'investissement PAI, contrôlé par Paribas, qui l'a acquise, deux ans plus tôt, pour 1 milliard d'euros. Elle représente 5,5 millions de clients (souvent ruraux) et 14 000 emplois. C'est une banque australienne, Macquarie, qui se propose de la racheter 2,3 milliards. Cette banque ne regarde pas à la dépense: elle vient d'allonger 8 milliards pour s'offrir le groupe anglais Thames Water.

Cash à l'eau

Un étranger dans l'eau française, ce serait une première depuis les débuts de la distribution privée, voilà cent cinquante ans. Et le marché des autres "métiers de l'environnement" est tout aussi verrouillé. Alertés par des élus locaux, vieux complices des groupes tricolores et inquiets de confier leurs déchets, égouts et eaux à des étrangers, l'Association des Maires de France, le Sénat et l'Elysée décrètent le "no pasaran".

Bras financier de l'Etat, la Caisse des Dépôts monte illico un tour de table avec Séché, puis l'assureur Axa propose 2,3 milliards et rafle la mise. Sur cette somme, PAI ne touchera "que" 1,7 milliard car la Saur est lourdement endettée. Le fonds d'investissement réalise quand même une jolie plus-value de 700 millions en deux ans. Le liquide, il n'y a que cela de vrai.

De leur côté, industriels et banquiers - y compris au sein de la Caisse des Dépôts - le constatent: le groupe aquatique, dopé par les enchères venues d'Australie, a été largement surpayé. Et en bonne partie aux frais du contribuable.

Le petit Séché se retrouve donc actionnaire à 33% (la Caisse contrôle 47% et Axa 20%) d'un groupe quatre fois plus gros que lui. Mais le conte de fées n'est pas terminé. A la fin de mai dernier, la Caisse des Dépôts propose une "option de vente" à Séché pour qu'il puisse atteindre 51% dans le capital de la Saur. Ordinairement, l'achat d'un paquet d'actions permettant d'acquérir, comme ici, la majorité absolue d'une boîte se paie très au-dessus de la valeur théorique de cette participation. Rien de tel dans le cas présent. En revanche, cette prise de contrôle s'accompagne d'une augmentation de l'endettement, déjà colossal, de Séché.

La Saur nous essore

Pourquoi l'Etat a-t-il ainsi comblé de bienfaits cette modeste entreprise, hier encore simple exploitant de décharges en Mayenne? D'abord, on l'a vu, pour fermer nos frontières aux agresseurs. Ensuite, parce que le marché de l'environnement entre dans une zone de turbulences. Primo, Suez, numéro deux du secteur, fusionnera bientôt avec Gaz de France. Et sa filiale Suez Environnement court le risque d'être vendue. Secondo, de grands contrats vont, dans les prochaines années, être rediscutés. La remise à flot de la Saur pourrait donc garantir une vraie concurrence.

Beaucoup en doutent. Et prédisent à Veolia, numéro un français (et mondial) des "services à l'environnement", et à Henri Proglio, son pédégé, un avenir serein. "Une Saur très endettée ou un Suez affaibli n'ont, a priori, pas les moyens de piquer à Veolia beaucoup de contrats en France. Encore moins à l'étranger", souligne le dirigeant d'une filiale concurrente.

D'autres vont plus loin, qualifiant le nouveau marchand d'eau de faux nez de Veolia. Leur argument: la défection inattendue de deux proches collaborateurs de Proglio, Olivier Brousse et Eric de Ficquielmont, recrutés par Saur-Séché. Mais surtout: le premier actionnaire (à 10%) de Veolia n'est autre que .... la Caisse des Dépôts. Comme si les petits conflits d'intérêts, si chers au capitalisme français, étaient la preuve de grands complots....

Posté par Palavazouilleux à 14:57 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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